Feria V 9 Iulii 2026, Hebdomada XIV per annum,
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Livre : Dom Chautard, l'âme de tout apostolat

Dom Chautard

Dom Chautard
Ex quo omnia,
per quem omnia,
in quo omnia. 
O Dieu très grand et très bon, admirables et éblouissantes sont les vérités que la Foi nous découvre sur Votre vie intime.
Père Saint, Vous Vous contemplez éternellement dans Votre parfaite image le Verbe – Votre Verbe tressaille ravi de Votre Beauté, – et de Votre commune extase jaillit un embrasement d’amour, l’Esprit-Saint.
Vous seule, ô Trinité adorable, êtes la Vie intérieure parfaite, surabondante infinie.
Bonté sans limites, Vous voulez répandre au dehors Votre Vie intime. Vous dites : et Vos œuvres s’élancent du néant pour manifester Vos perfections et chanter Votre gloire.
Un abîme existe entre Vous et la poussière animée par Votre souffle, Votre Esprit d’amour veut le combler ; Il aura ainsi le moyen de satisfaire son immense besoin d’aimer et de se donner.
Il provoque donc en Votre Sein le Décret de notre divinisation. Cette boue façonnée par Vos Mains pourra, ô prodige, être déifiée et avoir part à Votre bonheur éternel.
Votre Verbe s’offre pour accomplir cette œuvre.
Et Il se fait chair pour que nous devenions des dieux. 
Et pourtant, ô Verbe, Vous n’avez pas quitté le Sein de Votre Père. Là, subsiste Votre Vie essentielle, et c’est de cette Source que découleront les merveilles de Votre Apostolat.
O Jésus, Emmanuel, Vous confiez à Vos Apôtres Votre Évangile, Votre Croix, Votre Eucharistie, et Vous leur donnez mission d’aller engendrer à Votre Père des fils d’adoption.
Puis Vous remontez vers Votre Père.
C’est à Vous, Esprit divin, qu’incombe désormais le soin de sanctifier et de gouverner le Corps mystique de l’Homme-Dieu. 
Pour faire descendre du Chef dans les membres la Vie divine, Vous daignez choisir pour Votre Œuvre des collaborateurs. Embrasés par les feux de la Pentecôte, ils iront semer partout dans les intelligences le verbe qui éclaire et dans les cœurs la grâce qui enflamme, et ainsi communiquer aux hommes cette Vie divine, dont vous êtes la Plénitude.
* * *
O Feu divin, excitez en tous ceux qui participent à Votre Apostolat les ardeurs qui transformèrent les heureux retraitants du Cénacle. Ils seront alors non plus de simples prédicateurs du dogme et de la morale, mais des « transfuseurs » vivants du Sang divin dans les âmes.
Esprit de lumière, gravez cette vérité en traits indélébiles dans leurs intelligences, à savoir : que leur apostolat ne sera efficace que dans la mesure où ils vivront eux-mêmes de cette Vie surnaturelle intime dont Vous êtes le Principe souverain et Jésus-Christ la Source.
O Charité infinie, allumez dans leurs volontés une soif ardente de la Vie intérieure. Pénétrez leurs cœurs de vos suaves et puissants effluves, et faites-leur sentir que, même ici-bas, il n’y a de vrai bonheur que dans cette Vie, imitation et participation de la Vôtre et de celle du Cœur de Jésus dans le Sein du Père de toutes les miséricordes et de toutes les tendresses.
* * *
O Marie Immaculée, Reine des Apôtres, daignez bénir ces modestes pages. Obtenez à tous ceux qui les liront de bien comprendre que, s’il plaît à Dieu de se servir de leur activité comme d’un instrument régulier de sa Providence, pour répandre ses biens célestes dans les âmes, cette activité pour amener quelque résultat, devra participer en quelque façon de la nature de l’Acte divin, tel que Vous le contempliez dans le Sein de Dieu, lorsque s’incarna dans Vos entrailles virginales Celui à qui nous devons de pouvoir Vous appeler notre Mère.
Être souverainement libéral est un apanage de la nature divine. Dieu est Bonté infinie. La Bonté n’aspire qu’à se répandre et à communiquer le bien dont elle jouit.
La vie mortelle de Notre-Seigneur ne fut qu’une continuelle manifestation de cette inépuisable libéralité. L’Évangile montre le Rédempteur semant sur son chemin les trésors d’amour d’un Cœur avide d’attirer les hommes à la vérité, à la vie.
Cette flamme d’apostolat, Jésus-Christ l’a communiquée à l’Église, don de son amour, diffusion de sa vie, manifestation de sa vérité, resplendissement de sa sainteté. Animée des mêmes ardeurs, l’Épouse mystique du Christ continue à travers les siècles l’œuvre d’apostolat de son divin Exemplaire.
Admirable dessein, loi universelle établie par la Providence ! C’est par l’homme que l’homme doit connaître le chemin du salut.  Jésus-Christ seul a versé le sang qui rachète le monde. Seul aussi, il aurait pu en appliquer la vertu et agir sur les âmes d’une façon immédiate, comme il le fait par l’Eucharistie. Mais il a voulu des coopérateurs à la dispensation de ses bienfaits. Pourquoi ? Sans doute la Majesté divine l’exigeait ainsi, mais non moins l’y poussaient ses tendresses pour l’homme. Et s’il convient au plus éminent des monarques de ne gouverner le plus souvent que par ses ministres, quelle condescendance de la part d’un Dieu de daigner associer de pauvres créatures à ses labeurs et à sa gloire !
Née sur la croix, sortie du côté transpercé du Sauveur, l’Église par le ministère apostolique perpétue l’action bienfaisante et rédemptrice de l’Homme-Dieu. Voulu par Jésus-Christ, ce ministère devient le facteur essentiel de la diffusion de cette Église parmi les nations et l’instrument le plus ordinaire de ses conquêtes.
Pour cet apostolat figure au premier rang le clergé dont la hiérarchie forme le cadre de l’armée du Christ ; clergé illustré par tant d’Évêques et de Prêtres saints et zélés et honoré si glorieusement par la récente béatification du saint Curé d’Ars.
A côté de ce clergé officiel, se sont levées, dès l’origine du christianisme, des compagnies de volontaires, véritables corps d’élite dont la perpétuelle et luxuriante végétation sera toujours l’un des phénomènes les plus manifestes de la vitalité de l’Église.
Ce sont d’abord, aux premiers siècles, les Ordres contemplatifs dont la prière incessante et les rudes macérations contribuèrent si puissamment à la conversion du monde païen. Au moyen-âge, surgissent les Ordres prêcheurs, les Ordres mendiants, les Ordres militaires, les Ordres voués à l’héroïque mission du rachat des captifs au pouvoir des infidèles. Enfin les temps modernes voient naître en foule : Milices enseignantes, Instituts, Sociétés de Missionnaires, Congrégations de toutes sortes, dont la mission est de répandre le bien spirituel et corporel sous toutes ses formes.
En outre, à toutes les époques de son histoire, l’Église a rencontré des collaborateurs précieux dans les simples fidèles, tels ces fervents catholiques, aujourd’hui légion, « personnes d’œuvres » suivant l’expression consacrée, cœurs ardents, qui, sachant unir leurs forces, mettent sans réserve au service de notre Mère commune, temps, capacités, fortune, souvent sacrifient leur liberté, et parfois leur sang.
Spectacle admirable, certes, et fortifiant, que celui de cette providentielle efflorescence d’œuvres naissant au jour voulu et si merveilleusement adaptées aux circonstances ! L’histoire de l’Église le prouve : tout besoin nouveau à satisfaire, tout péril à conjurer, a vu invariablement apparaître l’institution réclamée par les nécessités d’alors.
Ainsi à notre époque, nous voyons s’opposer à des maux d’une particulière gravité, une foule d’œuvres à peine connues hier : Catéchismes préparatoires à la première communion, Catéchismes de persévérance, Catéchismes pour les enfants abandonnés, Congrégations, Confréries, Réunions et Retraites pour hommes et jeunes gens, pour dames et jeunes filles, Apostolat de la prière, Apostolat de la charité, Ligues pour le repos dominical, Patronages, Cercles catholiques, Œuvres militaires, Écoles libres, Bonne Presse, etc., toutes formes d’apostolat, suscitées par cet esprit qui embrasait l’âme d’un saint Paul : Ego autem libentissime impendam et superimpendar ipse pro animabus vestris,  et qui veut répandre partout les bienfaits du sang de Jésus-Christ.
Que ces humbles pages aillent aux soldats, qui, tout zèle, tout ardeur pour leur noble mission, s’exposent, en vertu même de l’activité qu’ils déploient, au péril de n’être point, avant tout, des hommes de vie intérieure, et qui, s’ils en étaient un jour punis par des insuccès en apparence inexplicables, autant que par de graves dommages spirituels, seraient alors tentés d’abandonner la lutte et de rentrer découragés sous la tente.
Les pensées développées dans ce livre nous ont aidé nous-même à lutter contre l’extériorisation par les œuvres. Puissent-elles éviter à quelques-uns ces déboires, et mieux guider leur courage, en leur montrant que jamais le Dieu des œuvres ne doit être délaissé pour les œuvres de Dieu, et que le : Vae mihi si non evangelizavero  ne nous donne pas le droit d’oublier le : Quid prodest homini si mundum universum lucretur, animae vero suae detrimentum patiatur. 
Les pères et mères de famille pour qui l’Introduction à la vie dévote n’est pas un livre suranné, les époux chrétiens qui se considèrent comme obligés l’un envers l’autre à un apostolat qu’ils exercent en même temps sur leurs enfants pour les former à l’amour et à l’imitation du Sauveur, peuvent eux aussi s’appliquer facilement l’enseignement que donnent ces modestes feuillets. Puissent-ils mieux comprendre la nécessité d’une vie non seulement pieuse mais intérieure pour rendre leur zèle efficace, et pour embaumer leur foyer de l’esprit de Jésus-Christ et de cette paix inaltérable qui, en dépit des épreuves, restera toujours l’apanage des familles foncièrement chrétiennes.
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