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Livre : Madame Cécile Bruyère, la vie spirituelle et l'oraison
Mais ce qui est plus sûr encore, c'est de pouvoir consulter ...
Mais ce qui est plus sûr encore, c'est de pouvoir consulter un guide expérimenté, afin d'éviter les tâtonnements et le temps perdu ; c'est le conseil de nos livres saints :
Cum viro timoráto assíduus esto, quemcúmque cognóveris observántem mandáta, cuíus ánima est secúndum ánimam tuam, et qui, cum titubáveris in ténebris, condolébit tibi.
Tiens-toi sans cesse auprès d’un homme saint, que tu auras reconnu (lorsque que tu en auras connu quelqu’un de) fidèle à la crainte de Dieu, dont l’âme a de l’affinité avec la tienne, et qui, lorsque tu auras fait un faux pas dans les ténèbres, aura pour toi de la sympathie (douleur). (Eccli.,37, 15-16)
C'est aussi ce que recommandent les maîtres de la vie spirituelle.
Il nous semble qu'en ces matières il est sage de renoncer à la curiosité, à la lecture indéfinie, pour ne pas surcharger son intelligence d'une trop grande quantité de notions diverses ; car, de même que notre estomac est fatigué par une nourriture surabondante, ainsi notre âme peut être comme étouffée sous l'exubérante surcharge que lui cause une avidité de science sans mesure et sans frein. Il convient, même dans le bien, de garder toujours une certaine sobriété, suivant la sentence du Sage :
Noli esse justus multum, neque plus sápias quam necésse est.
Don't be too fair, and don't be wiser than thou need to be. ( Eccl., 17)
C'est un conseil semblable que fait entendre l'Apôtre relativement à l'usage des dons spirituels :
Dico enim per grátiam quæ data est mihi, ómnibus qui sunt inter vos, non plus sápere quam opórtet sápere, sed sápere ad sobrietátem: et unicuíque sicut Deus divísit mensúram fídei.
Je vous recommande à tous, en vertu de la grâce qui m'a été donnée, ne veuillez point être sages et intelligents à l'excès, mais avec sobriété, et chacun dans la mesure de la foi que Dieu vous a donnée. (Rom.,12,3)
D'ailleurs, il est certain que l'avancement de l'âme dans la perfection ne dépend pas du nombre des notions dont elle se charge, mais bien de l'assimilation active qu'elle s'en fait. Une seule sentence de l’Evangile peut conduire à la sainteté ; c'est la doctrine de notre Maître :
Díliges Dóminum Deum tuum ex toto corde tuo, et in tota ánima tua, et in tota mente tua. Hoc est máximum, et primum mandátum. Secúndum autem símile est huic: Díliges próximum tuum, sicut teípsum. In his duóbus mandátis univérsa lex pendet, et prophétæ.
Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme, et de tout ton esprit. C’est là le plus grand et le premier commandement. Mais le second lui est semblable: Tu aimeras ton prochain comme toi-même. Dans ces deux commandements sont renfermés la loi et les prophètes. (Mt., 22,37,40)
Un des plus éminents docteurs de la vie spirituelle, saint Jean de la Croix, se plaisait à inculquer les mêmes principes :
« Ce qui manque, dit-il, si tant est qu'il manque quelque chose, ce n'est ni d'écrire, ni de parler, ce qui se fait ordinairement à profusion, mais bien de se taire et d'agir... Lorsqu'on a fait connaître à une âme tout ce qui est nécessaire à son avancement, elle n'a plus besoin ni de prêter l'oreille aux paroles des autres, ni de parler elle-même. Il ne lui faut plus alors que mettre en pratique ce qu'elle sait, avec générosité, application et en silence, avec humilité, charité et mépris de soi-même, sans s'inquiéter de chercher toujours des choses nouvelles, qui ne servent qu'à satisfaire l'appétit des consolations extérieures sans pouvoir le rassasier, et qui laissent l'âme faible, vide, dénuée d'esprit intérieur et de véritable vertu. Il en est de cette âme comme de celui qui recommencerait à prendre de la nourriture avant d'avoir digéré la précédente. La chaleur naturelle, en se partageant sur tous ces aliments, n'a pas assez de force pour lui assimiler le tout et le convertir en substance ; et c'est de là que s'engendrent les maladies. » ( Œuvres spirituelles, Lettre III)
Rien en effet ne vaut, dans la vie spirituelle, que ce qui est conduit jusqu'à la pratique. Les belles pensées, les grands sentiments qui ne produisent pas les vertus solides, sont sans aucune valeur ; et la preuve de la doctrine se fait dans les actes. Aimer à s'instruire dans la science surnaturelle est sans doute montrer un esprit bien fait ; mais se borner à scruter la vérité, sans mettre jamais en œuvre, par la volonté, les richesses que possède l'intelligence, c'est faire preuve d'illogisme et accuser une médiocre conviction.
Notre foi a cela de particulier qu'elle entraîne à appliquer toutes les vérités qu'elle nous enseigne. Elle ne renferme aucune théorie qui ne doive se transformer en pratique ; les rêveurs, les faiseurs de systèmes n'y ont point d'avenir ; elle ne façonne que ceux qui agissent comme ils croient. Les hommes au cœur droit, qui tirent toutes les conséquences logiques de leur croyance, ne vivent que de la foi ; en un mot, les vaillants, sont ceux que saint Paul appelle les saints.
Qu'on ne s'étonne donc pas de trouver dans les pages qui vont suivre beaucoup plus de principes que de sentiments ; des vérités, plutôt destinées à favoriser l'action qu'à satisfaire l'esprit. L'auteur n'a point cherché à donner un aliment à la curiosité, même la plus légitime, mais à faire croître dans les âmes le désir de s'unir, dès ce monde, à Dieu pour la gloire du Père, du Fils et du Saint-Esprit, qu'elles doivent contempler éternellement.