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Livre : Madame Cécile Bruyère, la vie spirituelle et l'oraison
CHAPITRE VII
CHAPTER VII
Remote preparation for prayer.
Le grand intérêt de la vie humaine est donc, comme nous avons cherché à le démontrer jusqu'ici, l'avancement dans la vie spirituelle jusqu'à son plus haut degré ; aussi croyons-nous utile d'examiner en détail les moyens les plus sûrs d'y atteindre ; non, encore une fois, pour créer en nous ce qui ne peut être obtenu que par le Saint-Esprit, mais pour lui frayer la voie et réaliser en nos âmes les conditions qu'il exige le plus ordinairement.
Pour cela, nous lirons avec fruit ce que pensaient les anciens Pères de la perfection et des voies par lesquelles elle s'obtient : « La fin de tout religieux, dit Cassien, sa plus haute perfection consiste à persévérer dans la prière, et à conserver, autant que la faiblesse humaine peut le permettre, la paix de l'âme et la pureté du cœur. C'est vers ce bien si précieux que doivent tendre tous les efforts de notre corps et toutes les aspirations de notre esprit ; et il y a entre ces deux choses, la prière et la perfection, des rapports intimes et nécessaires. Tout l'édifice des vertus ne s'élève que pour atteindre la perfection de la prière ; et, s'il n'arrive à ce couronnement qui unit et lie toutes les parties ensemble, il n'aura aucune solidité, aucune durée. Sans les vertus, il est impossible d'acquérir cette paisible et continuelle prière ; et, sans cette prière, les vertus qui en sont le fondement n'atteindront pas leur perfection » (Cassien, Coll. IX, Ch. 11)
La prière, voilà donc le sanctuaire secret où Dieu s'unit à nous; mais la prière, à son tour, doit être préparée par la pureté de toute notre vie, suivant l'avis du Sage :
Ante orationem praepara animam tuam, et noli esse quasi homo qui tentat Deum
Before thee pray, prepare thy soul, and don't be like the man who puts God unto the test. (Eccli, 18, 23)
And no one should be surprised by this condition; we cannot deceive the eye of God, which scrutinizes hearts and minds; our soul has no secrets from him:
ómnia autem nuda et apérta sunt óculis ejus, ad quem nobis sermo.
but all is laid bare and uncovered in the eyes of him to whom we must give account. (Hebr. 4,13)
The hour of prayer is indeed one when the soul, finding itself more attentive to God, is also more apt to receive his operation; but it findeth itself there with its habitual imperfections and the remnants of its dissipation outside; so many obstacles to its relations with God.
Souvent même Notre-Seigneur attend ce moment d'intimité pour châtier ou récompenser, selon qu'ils le méritent, nos actes extérieurs. Saint Benoît connaissait bien tous ces secrets de la science spirituelle, lorsque, pour former dans ses moines l'esprit de prière, il leur donnait ce conseil :
Actus vitae suae omni hora custodire.
"Watch over the actions of his life at all hours." (Regula monachorum IV, 48)
En cela, le saint Patriarche résumait la doctrine des anciens, telle que nous la trouvons dans Cassien : « Il faut construire cet édifice de toutes les vertus et préserver son esprit de toutes sortes de distractions, afin qu'il puisse s'accoutumer peu à peu à la contemplation de Dieu et à la vue des choses célestes. Tout ce qui occupe notre âme avant l'heure de l'oraison, se présente nécessairement à notre pensée quand nous prions. Il faut donc nous mettre à l'avance dans les dispositions où nous désirons être pendant la prière. Nous retrouverons, au milieu de nos œuvres de piété, l'impression des paroles et des actes qui les auront précédés. Leur souvenir se jouera de nous et nous rendra colères ou tristes, si nous l'avons été.
Nous retrouverons les désirs et les pensées qui nous occupaient, et qui nous feront retomber, à notre honte, dans la distraction, ou bien rire sottement d'une parole ou d'une action plaisante. » (Cassien., Coll. IX, Ch. III)
Nous reconnaissons dans ces leçons si pratiques les trois instruments des bonnes œuvres de la règle de saint Benoît :
Multum loqui non amare. Verba vana aut risui apta non loqui. Risum multum aut excussum non amare.
"Don't like to talk a lot. Don't say words that are vain or that only lead to laughter. Do not like laughter that is too frequent or too loud." (Regul., IV, 53-55.)
Nous devons donc, pour développer en nous la vie spirituelle et obtenir l'esprit de prière, non seulement connaître nos défauts et les combattre, mais de plus écarter les préoccupations vaines et réprimer la multitude et la confusion des pensées inutiles, tout ce qui tient à la légèreté et à la mobilité de notre esprit ; mortifier la curiosité, c'est-à-dire le désir de savoir, de voir et d'entendre, qui disperse notre âme et la répand au dehors, en lui faisant perdre le goût des choses spirituelles. L'admirable loi du silence, établie dans les Ordres religieux, n'a point d'autre but que de forcer l'âme à se recueillir, et de la retirer peu à peu de la vie des sens ; mais, on le comprend aisément, cette loi du silence extérieur serait vaine, si l'âme ne s'appliquait à régler l'imagination; le péril, pour être moins extérieur, n'en serait que plus redoutable. C'est là une infirmité que les anciens connaissaient beaucoup moins que nous, mais avec laquelle il faut sérieusement compter maintenant.
Les éducations d'aujourd'hui sont rarement fortes et viriles. On habitue les enfants à une oisiveté morale qui est le fruit de l'ignorance dans laquelle on les abandonne. De là vient que trop souvent la piété n'est plus qu'une rêverie sentimentale, nébuleuse et vague, qui est la mort de l'esprit de prière. En outre beaucoup de chrétiens, après s'être dévoués avec zèle aux bonnes œuvres, se trouvent envahis par les frivolités et les puérilités. Comment s'étonner ensuite que l'heure de la prière arrivant, l'âme ne soit pas aussitôt arrachée à ces rêves creux, qu'elle ne puisse s'appliquer sans peine et sans effort aux mystères de notre sainte foi, et que le recueillement ne fonde pas sur elle comme à l'improviste !