Feria V 9 Iulii 2026, Hebdomada XIV per annum,
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Livre : Madame Cécile Bruyère, la vie spirituelle et l'oraison

Après cela on ne peut hésiter à reconnaître que l'honneur fa...

Après cela on ne peut hésiter à reconnaître que l'honneur fait à l'Ordre de saint Benoît d'être un si puissant boulevard de l'Eglise militante doit être attribué en grande partie à cette sentence de la Règle : Nihil operi Dei prœponatur. « Que rien ne soit préféré à l'œuvre de Dieu. » (Regul. Cap. xviii) L'Église reconnaît à cette maxime son propre esprit et ses propres tendances. Il lui semble goûter quelque chose de l'éternité, quand elle groupe ses enfants sur la terre en la même manière qu'elle contemple les élus dans le ciel : Ideo sunt ante thronum Dei, et serviunt ei die ac nocte in templo ejus : et qui sedet in throno, habitabit super illos : -, C'est pour cela qu'ils sont devant le trône de Dieu, et ils Le servent jour et nuit dans Son temple; et Celui qui est assis sur le trône dressera Sa tente au-dessus d'eux. (Ap 7,15)
L'état des compréhenseurs a été représenté par saint Jean comme un immense opus Dei célébré dans un temple mystérieux, devant l'autel céleste, avec des chants harmonieux et un encens vivant qui est la prière des saints, dont les Anges eux-mêmes font monter la fumée dans les encensoirs d'or. La puissance de l'Eglise consiste à faire écho ici-bas à ces merveilles du ciel, les imitant et les reproduisant autant qu'elle le peut et avec les moyens que son Epoux lui a donnés. Elle sait qu'un des grands châtiments de la justice divine est celui-ci : Et accepit angelus thuribulum, et implevit illud de igne altaris, et misit in terram : et facta sunt tonitrua. Et l'Ange prit l'encensoir et le remplit du feu de l'autel, et le jeta sur la terre; et il y eut des tonnerres, des voix, des éclairs, et un grand tremblement de terre. (Ap 8,5). Oui, quand l'encensoir destiné à faire fumer devant Dieu l'encens vivant de la prière est renversé sur la terre avec ses charbons, la colère du Seigneur se montre par la tempête, parce que Dieu ne voit plus en ce monde l'image de la Jérusalem céleste. L'Église militante apaise donc le Seigneur, comme l'âme encore dans l'état de voie l'apaise elle-même, en reproduisant, autant qu'il lui est donné, l'oraison du ciel.
Mais si en un seul jour l'Eglise militante donne le modèle le plus achevé de la marche de l'âme vers Dieu jusqu'à la consommation, elle l'offre encore d'une manière plus étendue dans la révolution du cycle liturgique.
Cette doctrine est ancienne, et elle était déjà reconnue par tous au III° siècle. Nous voulons en donner la preuve par le passage suivant : « Le chrétien parfait, dit Origène, qui, par ses paroles, ses actions et ses pensées, est constamment en union avec le Verbe de Dieu, son Seigneur et son Maître légitime, voit dans chaque jour un jour du Seigneur, et célèbre une dominicale sans fin. Quiconque se prépare à la vie véritable, s'abstient des plaisirs de cette vie, qui séduisent le plus grand nombre, et, au lieu d'alimenter la prudence de la chair, châtie son corps afin de le réduire en servitude, celui-là célèbre une vigile continuelle. Quiconque se souvient que Jésus-Christ, notre pâque, a été immolé pour nous, et qu'il faut célébrer cette fête en mangeant la chair du Verbe, célèbre aussi une paque continuelle, mot qui signifie passage, puisque, par ses pensées, ses paroles et ses œuvres, ce chrétien passe des affections de la vie présente à Dieu lui-même et se hâte d'arriver à la cité sainte. Enfin pour quiconque peut dire avec fondement : Simul resurreximus cum Christo – de même nous sommes ressuscités avec le Christ (Cf. Col 3,1) ; et encore :  conresuscitavit, et consedere fecit in caelestibus in Christo Jesu - Avec Lui Il nous a ressuscités et nous a fait asseoir dans les Cieux, en Jésus-Christ (Eph 2,6) ; pour celui-là, chaque jour est une Pentecôte continuelle, surtout lorsque, montant au cénacle avec les Apôtres de Jésus, il vaque à l'oraison et à la prière, soit pour se rendre digne de ce souffle impétueux qui descend du ciel, et par sa violence détruit la malice humaine avec tous les fruits qu'elle engendre, soit pour mériter d'avoir quelque part à ces langues de feu qui viennent de Dieu.
« Mais comme le plus grand nombre de ceux qui semblent croire ne ressemblent pas à ces chrétiens, et ne veulent ou ne peuvent célébrer tous les jours de la manière que je viens de le dire, ils ont besoin d'objets sensibles qui leur renouvellent la mémoire de ces mystères, pour empêcher qu'elle ne s'efface entièrement dans leur cœur. Telle fut à mon jugement la pensée de saint Paul, lorsqu'il appela portion de fête celles qui sont fixées à certains jours distingués des autres. Il insinue par-là que la vie toujours conforme à la parole divine, célèbre non pas une portion de fête, mais une fête entière et indéfectible. » Orig., Contra Cels., lib. VIII, Migne, P. G., t. viii, col. 846.
Pour une plus ample exposition de cette matière, nous renvoyons à l’Année liturgique de dom Guéranger, et principalement à la préface générale de cet ouvrage, où le vénérable auteur a condensé toute sa pensée d'une manière très claire et très noble.
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