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Livre : Madame Cécile Bruyère, la vie spirituelle et l'oraison
Dieu, voyant bien que cette âme ne respire plus que pour sa ...
Dieu, voyant bien que cette âme ne respire plus que pour sa gloire et le service du prochain, décuple ses forces, ses aptitudes et ses moyens. On pourrait à peine dire ce que renferme de compassion profonde, de zèle ardent et de dévouement sans bornes, une âme ainsi unie à Dieu et transformée en lui. Clément d'Alexandrie semble en avoir eu l'expérience, lorsqu'il décrit ainsi le gnostique ou le vrai contemplatif :
« Il n'est plus sujet aux passions, si ce n'est à celles qui ont pour objet l'entretien du corps, telles que la faim et la soif... Il s'est rendu maître de celles qui peuvent troubler l'âme, comme la colère et la crainte, et n'admet pas même celles qui paraissent bonnes, comme la hardiesse, la jalousie, la joie, le désir. Son âme est dans une consistance solide, exempte de tout changement...
« Il n'a aucun besoin selon l'âme, étant déjà par la charité avec son bien-aimé... L'action même de cette charité n'est point un mouvement violent, mais une union étroite de l'âme avec son bien, qu'elle embrasse sans distinction de temps ni de lieu ; elle est déjà par la charité où elle doit être, et ne désire rien, parce qu'elle a l'objet de son désir autant qu'il est possible.
« Le contemplatif n'honore pas Dieu en certains lieux déterminés ou en certains jours de fête, mais toute sa vie et en tout lieu... L'application qu'il porte à la prière et aux choses spirituelles le rend doux, affable, patient... Il lit l'Ecriture sainte... il chante des hymnes et des psaumes... il prie encore la nuit... Sa prière vocale ne consiste pas en beaucoup de paroles. Il prie en tous lieux, mais en secret dans le fond de son âme, en promenades, en conversations, dans le repos, pendant la lecture et pendant le travail... Il loue Dieu continuellement et le glorifie toujours comme les Séraphins d'Isaïe... La dignité du contemplatif (gnostique) croit encore, quand il est chargé de gouverner les autres et de leur procurer, par l'instruction, le premier de tous les biens qui est Dieu » (Clem. d'Alex., Stromat., lib. VI, cap. ix, et lib. VII, passim)
Cette plénitude de l'union avec Dieu a été la part de tous les Patriarches, des Apôtres et de tous ceux qui ont exercé sur la terre une influence étendue par leur sainteté. Néanmoins, parmi les âmes qui atteignent cette haute région, les proportions sont fort diverses ainsi que les dons. Dans ce vaste monde de la charité parfaite. Dieu prodigue ses faveurs à tous, mais dans la mesure de son bon plaisir, et l'âme de son côté peut prendre des accroissements immenses. Ce qui paraît un sommet et un terme n'est souvent en réalité qu'un nouveau commencement.
Il importe plus qu'on ne saurait le dire aux intérêts de la sainte Eglise et à la gloire de Dieu que les âmes vraiment contemplatives se multiplient sur la terre. Elles sont le ressort caché et le moteur qui donne l'impulsion sur terre à tout ce qui est la gloire de Dieu, le règne de son Fils, et l'accomplissement parfait de la divine volonté.
En vain multipliera-t-on les œuvres, les industries, et même les dévouements : tout sera stérile, si l'Eglise militante n'a pas ses saints qui la soutiennent. Les œuvres de Marthe allaient toutes au Seigneur Jésus ; mais elles n'auraient pas suffi, puisqu'elles n'étaient pas l'unique nécessaire. Les saints du ciel ne suffisent pas non plus pour attirer les bénédictions divines dans la vallée des larmes ; il en faut qui demeurent dans l'état de voie, celui que le Maître a choisi pour racheter le monde. Notre-Dame elle-même a voulu survivre à son Fils bien-aimé pour soutenir l'Église et prier pour elle ; comment aurait-elle choisi ce long martyre de quinze années, si elle n'avait vu dans la lumière divine que le profit de l'Épouse de son Fils y était attaché ? Certaines puissances et certaines fécondités sont donc inhérentes à la vie présente ; elle a, de soi, si peu de charmes qu'il n'était pas inutile d'en relever ainsi le mérite.
Aux derniers jours, lorsque les maux seront si extrêmes, et le salut rendu toujours plus difficile par la fureur de l'Antéchrist et de ses suppôts, les saints seront plus nombreux au ciel qu'aux jours les plus prospères de la société chrétienne ; pourtant les quelques âmes fidèles se plaindront en ces termes : Salvum me fac, Domine, quoniam defecit sanctus, quoniam diminutae sunt veritates a filiis hominum. Sauvez-moi, Seigneur, car il n'y a plus de saint, car les vérités ont été diminuées par les enfants des hommes. (Ps 11,2)
Inversement, la multiplication de la sainteté sur la terre est un gage de salut plus certain que toute autre apparence de prospérité.
C'est donc un devoir de provoquer, de promouvoir en soi et dans les autres ce mouvement de croissance dans l'union à Dieu, nous inspirant des paroles et des sentiments de saint Paul : Ei autem, qui potens est omnia facere superabundanter quam petimus aut intelligimus, secundum virtutem, quae operatur in nobis : ipsi gloria in Ecclesia, et in Christo Jesu, in omnes generationes saeculi saeculorum. Amen. « A celui donc qui, par la puissance qu'il exerce sur nous, peut faire avec surabondance tout ce que nous demandons, et même tout ce que nous pouvons penser, à lui soit la gloire dans l'Église et en Jésus-Christ dans toute la succession des siècles. Amen. » (Eph., 3, 20-21).