Feria V 9 Iulii 2026, Hebdomada XIV per annum,
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Livre : Madame Cécile Bruyère, la vie spirituelle et l'oraison

... II. La ferveur, l'éloignement du péché mortel

... II. Fervor, distance from mortal sin
Quels sont donc au sens spirituel ces <i>infirmi et imbeciles</i> dont parle l'Apôtre ? Saint Paul n'a pas eu pour dessein de classer absolument dans ces deux catégories tous les chrétiens qui succombent encore au péché véniel, puisqu'on ne saurait l'éviter longtemps sans un privilège, et qu'un des effets propres du sacrement est d'effacer ces fautes légères, comme d'en prévenir le retour.
Les infirmes nous semblent donc cette classe de personnes qui, en recevant la sainte communion, conservent des attaches d'amour-propre, une certaine affection à leurs défauts et imperfections, bien qu'elles en déplorent les actes. Cette erreur ou cette contradiction est fréquente dans les personnes adonnées à la vie spirituelle ; elles rejettent les fruits, mais n'arrachent pas l'arbre qui les produit. Elles ressemblent aux Hébreux qui, entrant dans la terre promise, n'exterminèrent point les peuples qu'ils y trouvèrent, ainsi que Dieu le leur avait commandé, et qui, pour avoir négligé cette précaution élémentaire, ne purent jamais jouir d'une paix parfaite dans cette terre de choix où coulaient le lait et le miel. Alors la sainte Eucharistie, trouvant dans l'âme de ces infirmes des lâchetés que la volonté ne désavoue pas, n'obtient pas son plein effet, qui est de fortifier la vie spirituelle jusqu'à lui faire atteindre la perfection de l'union avec Dieu dans la foi, selon la promesse faite par le prophète :
Et sponsábo te mihi in fide ; et scies quia ego Dóminus.
I will marry thou in faith and thou shalt know that I am the Lord. (Hos 2,20)
Ce n'est pas en effet le nombre des communions qui nous sanctifie; c'est la ferveur que nous y apportons qui assure au sacrement toute l'étendue de son action. Il est donc grandement utile à l’âme de communier, quand elle y apporte l'attention et la ferveur convenables. Il y a là un levier puissant de progrès dans la vie spirituelle : Dieu nous y tend la main ; il s'y fait lui-même notre voie, notre vie, notre force, le lait des faibles et le pain des forts.
Eloignons-nous donc avec soin de tout système qui tendrait à reléguer la sainte communion au nombre des moyens nécessaires aux imparfaits ; mais aussi de l'odieuse parcimonie qui n'accorderait ce pain vivant qu'aux âmes consommées dans la sainteté.
Comme souvent, la vérité est là entre deux erreurs. S'il est certain que le Seigneur réclame, pour donner au sacrement toute son efficacité, la ferveur actuelle de l'âme et la générosité habituelle dans le travail de la vie chrétienne, il est non moins assuré que la seule disposition indispensable pour recevoir la sainte communion avec un accroissement de charité, c'est d'avoir renoncé au péché mortel et de vouloir sérieusement persévérer dans ce propos. Moyennant cette disposition, le chrétien peut s'approcher de ce Dieu qui consent, dès ce monde, à lui offrir la pleine possession de lui-même dans le <i>mysterium fidei</i> [mystère de Foi], qui s'incline de la sorte vers sa créature, pour l'élever ensuite jusqu'à lui.
C'est la doctrine de l'Eglise, si bien exposée dans ses postcommunions de la messe, comme dans un vrai traité de l'Eucharistie ; c'est aussi celle de saint Denys, quand il dit :
« Le Seigneur, sortant du secret de sa divinité, s'est amoureusement fait semblable à nous, en prenant, mais sans l'absorber, notre humanité entière ; il revêt notre nature composée, sans altération de son essentielle unité, et, par un effet de cette même charité, il convie le genre humain à la participation de son essence et de ses propres richesses, pourvu que nous nous unissions à lui, en nous appliquant à imiter sa vie divine, car ainsi nous serons véritablement associés à la divinité, et nous partagerons ses biens » (Hier. Eccl, ch 3, n°13).
C'est aux effets surtout qu'on juge si cette nourriture sur-excellente est reçue dans les conditions convenables ; non que la vie divine qu'elle nous infuse puisse être perçue par nous, ni tomber sous notre perception directe, mais elle est néanmoins reconnaissable au changement manifeste qui s'opère dans les mœurs de l'âme. Nous ne recevons pas la sainte Eucharistie pour être émus, pour entrer dans une exaltation sensible, pour surabonder de consolations dans de doux colloques, pour reconnaître à une sorte de douce agitation la présence en nous de l'hôte divin : mais, parce que les sacrements opèrent ce qu'ils signifient et signifient ce qu'ils opèrent ; parce que le pain vivant est le mystère de la foi, il nous fait vivre de Dieu, d'une vie non directement aperçue ni saisie en elle-même, mais qui se traduit par le progrès de la sainteté, par la croissance dans l'âme des vertus théologales et morales, par l'effacement graduel de tous les obstacles, par la disparition de toute autre recherche que la recherche de Dieu.
Intercession is not the primary purpose of the Eucharist
Nous conclurons de là que la fréquentation de la sainte Eucharistie ne peut être assimilée, sans irrévérence, aux autres pratiques de la piété.
Elle n'est même pas donnée comme un procédé d'intercession, encore que l'intercession puisse être plus victorieuse, lorsque nous sommes plus unis à Notre-Seigneur. C'est par son nom que nous obtenons du Père céleste tout bien parfait. Mais, comme pour bénéficier pleinement d'une institution divine, il importe d'entrer dans l'esprit de celui qui l'a établie, il nous faut reconnaître que ce sacrement a été créé pour nourrir nos âmes. Avant de nous jeter dans l'intercession et la prière qui sollicite, la charité nous inspirera de penser d'abord à Dieu et à nous, à Dieu plus qu'à nous. Nous nous établirons devant Dieu dans l'attitude et les dispositions qui conviennent et qui assureront ensuite l'efficacité de nos intercessions et de nos demandes.
Certaines tendances utilitaires de notre époque sont à cet égard un grave danger pour la sanctification des âmes même religieuses. Toute la vigueur de leur esprit est tournée vers les intérêts du prochain ; et cette charité mal réglée les porte à négliger leur propre sanctification ou, du moins, à se distraire de cette œuvre capitale qui est cependant la volonté divine. Nous ne pouvons intervertir cet ordre essentiel sans détriment. Or nos devoirs envers Dieu précèdent nos devoirs envers le prochain. Dieu a droit à notre service, droit à notre parfaite sanctification, puisqu'il nous en a assuré tous les moyens ; il veut que nous employions ces mêmes moyens pour la fin qu'il se propose.
La prière incluse dans notre communion ne sera donc fructueuse, pour les personnes et les intentions, que si cette communion est tout d'abord glorieuse pour Dieu, fructueuse pour nous-mêmes. Multiplier les communions sans autre dessein que l'intercession pour le prochain, ou même simplement par habitude, est une illusion dangereuse, souvent signalée par les directeurs des âmes qui connaissent quels désordres cette pratique peut produire. Lorsque l'Eglise prescrit la confession et la communion pour gagner une indulgence plénière, son but immédiat n'est-il pas de placer l'âme dans les conditions qui la feront bénéficier des faveurs promises ? Ces faveurs elles-mêmes ne sont-elles pas une amorce habile, une invitation à réaliser en nous les conditions préalables ? Dans la réception de la sainte Eucharistie, il est donc indispensable de songer avant toute chose à la formule divine :
Qui mandúcat meam carnem et bibit meum sánguinem, in me manet, et ego in illo.
He who eats my flesh and drinks my blood abides in me, and I in him (Jn 6:57).
Et encore :
Amen, amen dico vobis : nisi manducavéritis carnem Fílii hóminis, et bibéritis ejus sánguinem, non habébitis vitam in vobis.
Verily, verily, I say unto thee, unless thou eatest the flesh of the Son of Man and drink his blood, thou shalt not have life in thee. (Jn 6:54).
A ceux qui ne peuvent encore recevoir fréquemment la sainte communion, la pratique de l'Eglise désigne plutôt les jours de fêtes pour la réception de la sainte Eucharistie ; car la célébration des saints mystères prépare l'âme, excite en elle les pensées surnaturelles et la prédispose aux faveurs divines.
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