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Livre : Madame Cécile Bruyère, la vie spirituelle et l'oraison
Le dernier terme et le but unique de ces trois mouvements es...
Le dernier terme et le but unique de ces trois mouvements est toujours de revenir à la Vérité éternelle, ramenant tout à Dieu au dedans et au dehors. La contemplation consiste donc à vivre en face de Dieu, considéré soit en lui-même, soit en ce qu'il a fait à l'égard des hommes. Elle consiste encore à voir et à goûter ces choses de préférence à tout, suivant l'invitation du psaume : Accédite ad eum, et illuminámini ; et fácies vestræ non confundéntur. … Gustáte et vidéte quóniam suávis est Dóminus ;-. Approchez-vous de lui, et vous serez éclairés … Goûtez et voyez combien le Seigneur est doux. (Ps 33,6.9)
La contemplation n'est donc pas la science qui n'intéresse que l'intelligence : elle est un regard de l'âme entière, intelligence et volonté tout à la fois, vers la lumière divine ; à son premier degré, elle semble éveiller surtout en nous le don de piété, sous la forme d'une tendresse de dévotion plus ou moins habituelle qui ferait dire volontiers avec saint Pierre : Dómine, bonum est nos hic esse : si vis, faciámus tria tabernácula, - Seigneur, il nous est bon d’être ici ; si vous le voulez, faisons-y trois tentes. (Mt 17,4). L'âme n'a plus de longs discours ; quelque chose lui révèle le Seigneur, elle le goûte, elle en jouit ; en un mot, elle ressent ce que l'on éprouve avec un être aimé. Sans doute ce plaisir qui réjouit l'âme n'est ni entièrement sensible, ni toujours parfaitement spirituel dans la contemplation acquise ; mais c'est le premier anneau d'une chaîne mystérieuse qui aboutit au ciel. L'âme commence à trouver un charme particulier aux vérités les plus communes qui s'offrent à elle sous des aspects nouveaux, et qu'elle s'étonne de n'avoir point aperçus autrefois ; et bien qu'elle n'ait conscience d'aucune illumination extraordinaire, elle trouve, dans ces mêmes vérités à la fois anciennes et nouvelles, une splendeur inaccoutumée et une suavité qui la ravit.
La contemplation, non plus que la foi, n'est abondante en considérations. A mesure qu'elle s'élève et devient plus parfaite, sa simplicité supprime tout discours : l'âme se rend de jour en jour plus souple sous l'influence du divin Esprit ; elle s'adapte à un mode d'opération tout-nouveau, elle finit par voir tout en Dieu, c'est-à-dire en un ; et elle voit cet un en tout.
Néanmoins la contemplation de l'homme se ressent de sa nature et ne ressemble point absolument à celle de l'ange, qui n'a pas à s'affranchir de la servitude du corps et de l'imagination, et dont l'intelligence est douée d'une admirable fermeté. L'homme ne parvient habituellement à la contemplation que par de longs efforts et de nombreux moyens ; et c'est pour cela que nous avons parlé des préparations prochaines et éloignées, de la pratique des vertus, de la prière, de la méditation, parce que le degré de la contemplation dépend de la pureté de l'âme. L'obscurité de notre entendement, la malice de notre volonté, le dérèglement de nos passions et de nos sens, les images des choses sensibles dont nous sommes remplis forment un nuage très épais, qui nous empêche de voir Dieu par la contemplation et de nous unir à lui. Plus nous parvenons à triompher de ces obstacles, à guérir les plaies que le péché originel a ouvertes en nous et que les fautes actuelles ont élargies encore et ulcérées, plus aussi la voie de la contemplation s'aplanit devant nous : j'entends cette forme de la contemplation qui vient de nous : Beáti mundo corde : quóniam ipsi Deum vidébunt. Bienheureux ceux qui ont le cœur pur, car ils verront Dieu. (Mt 5,8). Quant à la contemplation infuse, il est clair qu'elle vient directement de Dieu et que nul effort ne peut la produire ; mais comme Dieu est juste, il ne laisse pas nos travaux sans récompense. Lors donc que le chemin est débarrassé des obstacles, le Seigneur ne trompe pas sa créature qu'il a aimée le premier ; il en -surpasse régulièrement toutes les espérances.
Sainte Thérèse montre le lien étroit qu'il y a entre la réforme de soi et les progrès dans la contemplation : « Plaisante manière, en vérité, de chercher l'amour de Dieu ! dit-elle. On le veut dans toute sa perfection et sur-le-champ, et l'on conserve cependant ses affections ; on ne fait aucun effort pour exciter les bons désirs, ni pour achever de les soulever de terre, et avec cela on ose prétendre à beaucoup de consolations spirituelles ! Cela ne saurait être, et de telles réserves sont incompatibles avec le parfait amour. Ainsi, c'est parce que nous ne faisons pas à Dieu le don total et absolu de nous-mêmes qu'il ne nous donné pas tout d'un coup le trésor d'un parfait amour » (Vie, t. I, ch. IX)
La charité est en effet le principe et la fin de la contemplation ; celle-ci tire toute sa perfection de celle-là et augmente à mesure des progrès que l'âme accomplit : Contemplationis desiderium procedit ex amore objecti : quia ubi amor, ibi oculus, dit le docteur angélique. « Le désir de la contemplation procède de l'amour de l'objet qui doit être contemplé ; car là où est l'amour, là se porte le regard » (III Sent., dist. XXV, art2).
Saint Denys trace aussi le chemin que l'âme doit parcourir pour atteindre la plus haute contemplation. « Il faut avant tout que la prière nous conduise vers le bienfaisant Créateur, et que, approchant de lui sans cesse, nous soyons initiés de la sorte à la connaissance des trésors de grâces dont il est comme environné. A la vérité, il est présent à toutes choses ; mais toutes choses ne se tiennent pas présentes à lui. Quand nous l'appelons à notre aide par une prière chaste et dégagée d'illusions, le cœur préparé à l'union divine, alors nous lui devenons présents. » (Des Noms divins, chap. III, n. I.)