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Livre : Madame Cécile Bruyère, la vie spirituelle et l'oraison
Aussi Notre-Seigneur, venant accomplir toute justice, repren...
Aussi Notre-Seigneur, venant accomplir toute justice, reprenait-il les paroles de son prophète, en chassant les vendeurs du temple et leur disait-il :
Scriptum est : Domus mea domus oratiónis vocábitur : vos autem fecístis illam spelúncam latrónum.
It is written: My house shall be called a house of prayer; but thou hast made it a den of thieves. (Mt 21:13)
Cette maison de prière est principalement l'âme vouée par état au culte de Dieu ; mais comment pourrait-elle satisfaire pleinement à son obligation, sans réunir dans un même acte la prière vocale et la prière mentale ? C'est ce que saint Benoît indique si parfaitement dans ces quelques mots :
Mens nostra concordet voci nostrae.
"Let our spirit agree with our voice." (Reg., cap. XIX )
Là se trouve vraiment tout le programme des anciens relativement à l'oraison mentale. On peut lire dans cette pensée les chapitres de la Règle de saint Benoît, De disciplina psallendi, De reverentia orationis, où le saint Patriarche énumère surtout les dispositions intérieures que l'âme doit apporter dans la divine psalmodie, et témoigne hautement de la préparation attentive que nos Pères jugeaient nécessaire à l'œuvre de Dieu. Toute leur vie s'y employait ; toute l'observance s'y rapportait.
Durant assez longtemps, à, la vérité, les deux modes de prières dont nous parlons se sont mêlés, et il n'est pas inutile, pour bien saisir le langage ancien, de se reporter aux habitudes liturgiques antérieures à saint Benoît, et qui ont laissé une trace profonde dans les écrits des Pères. Il paraît évident qu'à l'origine de l'Église, la prière publique était interrompue à certains moments, et en particulier après les psaumes, pour laisser place à une oraison aux allures plus libres, sans formules précises, où l'âme parlait à Dieu, où Dieu quelquefois se révélait à l'âme par l'inspiration. Les ridicules contrefaçons des sectes protestantes ne doivent pas nous empêcher de reconnaître la vérité historique de ces premiers âges.
C'est aussi à ce genre de prière improvisée, si conforme au génie antique, et dans laquelle les premiers chrétiens, favorisés des dons surnaturels, se prêtaient docilement à l'action divine, que se rapportent certains passages de la première Épître aux Corinthiens, peu compréhensibles avec nos mœurs actuelles. Voici ce que dit l'Apôtre :
Sic et vos, quóniam æmulatóres estis spirítuum, ad ædificatiónem ecclésiæ quǽrite ut abundétis. Et ídeo qui lóquitur lingua, oret ut interpretétur. Nam si orem lingua, spíritus meus orat, mens autem mea sine fructu est. Quid ergo est ? Orábo spíritu, orábo et mente : psallam spíritu, psallam et mente. Céterum si benedíxeris spíritu, qui supplet locum idiótæ, quómodo dicet : Amen, super tuam benedictiónem ? quóniam quid dicas, nescit. Nam tu quidem bene grátias agis, sed alter non ædificátur.
« Ainsi, puisque vous êtes si empressés pour les dons spirituels, désirez d'en être comblés, mais pour l'édification de l'Église. Que celui donc qui parle une langue étrangère, demande la grâce de l'interpréter. Car si je prie en langues, c'est mon esprit qui prie, mais mon intelligence demeure sans fruit. Que ferai-je donc ? Je prierai de l'esprit, mais je prierai aussi de l'intelligence ; je chanterai de l'esprit, mais je chanterai aussi de l'intelligence. Si tu ne loues Dieu que de l'esprit, comment celui qui ne sait que sa langue dira-t-il : Amen, sur ton action de grâces, puisqu'il ne sait pas ce que tu dis ? Sans doute ton action de grâces est bonne, mais elle n'est pas à l'édification d'autrui » (1 Cor 14,12-17)
On voit dans ce passage de l'Apôtre que les fidèles qui avaient reçu le don des langues, de la prophétie, de l'intelligence des Écritures, pouvaient, à certains moments, élever la voix dans l'église et faire part à l'assemblée chrétienne des lumières qu'ils avaient reçues, sauf à être jugés eux-mêmes par ceux qui savaient faire le discernement des esprits. Saint Paul accuse nettement sa préférence entre tous ces dons pour la prophétie ; mais il les énumère tous de cette sorte :
Quid ergo est, fratres ? Cum convénitis, unusquísque vestrum psalmum habet, doctrínam habet, apocalýpsim habet, linguam habet, interpretatiónem habet : ómnia ad ædificatiónem fiant.
« Que devez-vous donc faire, mes frères, lorsque vous vous assemblez, si l'un reçoit l'inspiration d'un cantique, l'autre une illustration de doctrine, un autre une révélation, un autre une langue, un autre enfin le don d'interpréter : que tout se fasse pour l'édification. » (1 Cor, 14,26)
He wants everything to be done with order, wisdom and propriety, without any confusion; and to this end he giveth admirable rules of prudence.
C'est à ce propos qu'il fait remarquer en particulier que les esprits des prophètes sont soumis aux prophètes, et qu'il n'y a dans l'usage de ces dons spirituels ni pression invincible, ni aliénation de notre liberté : l'Esprit-Saint n'est jamais désordonné. C'est là encore que l'Apôtre interdit aux femmes d'élever la voix dans l'église, soit parce qu'elles n'ont point de place dans la hiérarchie régulière de l'Église, soit peut-être aussi, parce que le sexe plus faible est plus exposé à prendre les rêves de son imagination pour une inspiration véritable, et, par là même, se prête davantage à l'esprit d'illusion. Pourquoi ne pas relever ici rapidement le mot <em>benedictio</em> employé par saint Paul à propos de cette improvisation semi-liturgique, à laquelle le peuple répondait : <em>Amen</em> ?
D'après des documents découverts depuis peu, il est certain que c'est ce que nous appelons maintenant la collecte, et que l'Église a définitivement fixée, enlevant ainsi à ses enfants jusqu'à l'occasion même de ces abus, qui seraient nés ensuite inévitablement de la liberté laissée à l'esprit de chacun. Il est facile de constater dans tous les anciens auteurs que, lorsque certains moments de la prière liturgique étaient livrés à l'improvisation personnelle, cette prière devait être nécessairement courte ; autrement la vanité, le verbiage et la pose pouvaient s'y introduire ; et c'est à ces abus que s'adressaient les maîtres.