Feria V 9 Iulii 2026, Hebdomada XIV per annum,
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Livre : Madame Cécile Bruyère, la vie spirituelle et l'oraison

CHAPITRE II

CHAPTER II
What is spiritual life?
Lorsque l'Écriture sainte établit, comme elle le fait en maint endroit, une opposition entre ce qu'elle appelle l'homme charnel ou animal, et l'homme intérieur, céleste ou spirituel, elle ne prétend, chacun le voit tout d'abord, qu'à définir des états, non à créer des catégories ou comme des castes réelles. La distinction si nette de ces deux états est née originellement de ceci : au début du christianisme, les magnificences du baptême éclataient au milieu de la gentilité avec une splendeur telle qu'elles plaçaient dans un jour très vif la supériorité de l'homme régénéré sur l'homme animal. Il arriva même que l'erreur s'empara de ces distinctions pour les exagérer, pour fausser la doctrine, en poussant jusqu'à l'extrême une opposition d'ailleurs trop réelle.
Animal man.
L'homme animal, c'est, selon l'Ecriture, tantôt celui qui, s'enfermant dans un abject matérialisme ou simplement dans le sensualisme pratique, se persuade que rien n'est réel que ce qui se sent, ce qui se touche, ce qui se manie. Tantôt même, dans le chrétien dont la vie supérieure est incomplètement développée, l'Apôtre donnera le nom d'homme animal à cet ensemble de tendances désordonnées ou purement humaines, dont la basse attraction nous fait souvent échapper à l'esprit surnaturel. Ceux-là en effet sont vraiment hommes intérieurs et enfants de Dieu, qui vivent sous l'influence obéie de l'Esprit de Dieu :
Quicúmque enim Spíritu Dei agúntur, hi fílii Dei sunt.
Car tous ceux qui sont conduits par l’Esprit de Dieu sont enfants de Dieu. (Rom, 8,14)
Des autres, l'Ecriture dira :
Hi sunt qui ségregant, animáles, Spíritum non habéntes.
Ce sont eux qui se séparent eux-mêmes, êtres sensuels (hommes de vie animale), n’ayant pas l’Esprit. (Jud, 1,19)
Telle est en effet la ligne de démarcation entre l'homme animal et l'homme spirituel. Saint Paul le dit ailleurs plus clairement encore :
Animális autem homo non pércipit, quae sunt Spíritus Dei, stultítia enim sunt illi, et non potest intellégere, quia spiritáliter examinántur.
L'homme animal ne conçoit point les choses qui sont de l'Esprit de Dieu : elles lui paraissent une folie ; et il ne peut les comprendre, parce qu'on n'en peut juger que par une lumière spirituelle. (Rom 8, 14)
c'est-à-dire de cette vie supérieure qui nous est communiquée par le baptême.
The spiritual man
L'homme spirituel est donc celui de notre régénération, celui qui a reçu l'esprit d'adoption et qui est entré dans la société du Père et de son Fils Jésus-Christ. Celui-là vit spirituellement et de la plénitude de la vie spirituelle, s'il accomplit tout ce que requiert de lui cette vie très haute. Car l'Apôtre n'hésite pas à classer aussi parmi les hommes charnels ceux qui répudient dans leur conduite les mœurs que leur impose le baptême :
Cum enim sit inter vos zelus et conténtio, nonne carnáles estis et secúndum hóminem ambulátis?
Puisqu'il y a parmi vous des jalousies, des disputes, n'est-il pas visible que vous êtes charnels, et que vous vous conduisez selon le vieil homme ? (1Cor, 3,3)
Ce sont donc, au sens de l'Apôtre, les mouvements de l'âme, c'est-à-dire ses actions, qui révèlent la nature de sa vie.
La vie spirituelle ou intérieure nous est donnée en principe par le baptême qui est une véritable renaissance, et, suivant saint Denys, « le principe de l'action sacrée des très saints sacrements, qui transforme nos dispositions animales pour nous rendre aptes à recevoir les autres sacrements. »
Cette vie spirituelle est susceptible, comme la vie naturelle, d'accroissement et de développement. Du jour où l'âme en reçoit le principe, jusqu'à celui où elle arrive à l'âge parfait du Christ, se déroule une longue et laborieuse carrière composée de phases fort diverses.
Entre les nombreux passages de saint Paul qui décrivent cette marche de l'âme, il en est un, emprunté à l'Epître aux Éphésiens, qui nous paraît renfermer un programme très complet de la vie spirituelle. Il est d'ailleurs exposé sous une forme solennelle qui démontre bien l'importance qu'y attachait l'Apôtre :
Huíus rei grátia flecto génua mea ad Patrem, ex quo omnis patérnitas in caelis et in terra nominátur, ut det vobis secúndum divítias glóriae suae virtúte corroborári per Spíritum eíus in interiórem hóminem, habitáre Christum per fidem in córdibus vestris, in caritáte radicáti et fundáti, ut valeátis comprehéndere cum ómnibus sanctis quae sit latitúdo et longitúdo et sublímitas et profúndum, scire étiam supereminéntem sciéntiae caritátem Christi, ut impleámini in omnem plenitúdinem Dei.
C'est dans ce but que je fléchis les genoux devant le Père de Notre-Seigneur Jésus-Christ, de qui vient toute paternité au ciel et sur la terre ; afin qu'il vous accorde, dans sa glorieuse libéralité, que l'homme intérieur se fortifie en vous par la vertu de l'Esprit; que le Christ habite dans vos cœurs par la foi : de telle sorte qu'établis et enracinés dans la charité, vous appreniez avec tous les saints la longueur, la largeur, la sublimité des desseins de Dieu ; puis enfin que vous entriez dans cet amour du Christ qui est au dessus de toute science et de toute parole, pour y être remplis de la plénitude de Dieu. (Eph 3,14-19)
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