Feria V 9 Iulii 2026, Hebdomada XIV per annum,
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Livre : Madame Cécile Bruyère, la vie spirituelle et l'oraison

L'erreur vient souvent de ce que dans la vie contemplative o...

L'erreur vient souvent de ce que dans la vie contemplative on prend toute grâce infuse pour une grâce d'union, ce qui est une grave illusion, ce qui fait concéder trop souvent la perfection à des âmes qui n'y sont pas arrivées encore ; et c'est pour éviter cette illusion qu'il faut faire grande attention à constater les effets de la charité parfaite dans l'âme, avant de conclure en faveur de l'entrée dans la vie d'union. Notre-Seigneur le dit clairement dans l'Évangile : Non omnis qui dicit mihi, Dómine, Dómine, intrábit in regnum cælórum : sed qui facit voluntátem Patris mei, qui in cælis est, ipse intrábit in regnum cælórum. Multi dicent mihi in illa die : Dómine, Dómine, nonne in nómine tuo prophetávimus, et in nómine tuo dæmónia ejécimus, et in nómine tuo virtútes multas fécimus ? Et tunc confitébor illis : Quia numquam novi vos : discédite a me, qui operámini iniquitátem. - Ce ne sont pas tous ceux qui me disent : Seigneur, Seigneur, qui entreront dans le royaume des Cieux ; mais celui qui fait la volonté de mon Père qui est dans les Cieux, celui-là entrera dans le royaume des Cieux. Beaucoup me diront en ce jour-là : Seigneur, Seigneur, n’avons-nous pas prophétisé en votre nom, et chassé les démons en votre nom, et fait de nombreux miracles en votre nom ? Et alors Je leur dirai hautement : Je ne vous ai jamais connus ; retirez-vous de Moi, vous qui commettez l’iniquité. (Mt 7,21-23)
Ce grand nombre, multi, avait donc reçu des faveurs très réelles, des grâces gratuitement données ; mais l'union avec Dieu n'avait pas été atteinte encore, faute d'une conformité parfaite avec la volonté du Père céleste, qui a toujours pour indice la pratique généreuse de la vertu. Parmi les fruits de la contemplation, la grâce d'union est quelque chose de si élevé et qui change si profondément l'âme humaine, que cette faveur est reconnaissable surtout à ses effets. Saint Denys semble avoir décrit une grâce de cette sorte en deux passages que nous donnons successivement :
 « Car, dit-il d'abord, comme l'ignorance et l'erreur créent la division, ainsi la lumière spirituelle, en apparaissant, rappelle et ramasse en un tout compact les choses qu'elle atteint ; elle les perfectionne, les tourne vers l'Être réel, corrige leurs vaines opinions, ramène leurs vues multiples ou plutôt leurs imaginations capricieuses en une connaissance unique, véritable, pure, simple, et les remplit d'une lumière qui est unité et qui produit l'unité. » (Des Noms divins c. IV, n. 6). Il s'agit ici de l'action sur l'intelligence, mais il parle ensuite de l'action sur la volonté.
« L'amour divin ravit hors d'eux-mêmes ceux qui en sont saisis, au point qu'ils ne sont plus à eux, mais bien à l'objet aimé. Cela se voit dans les supérieurs qui se dévouent au gouvernement des inférieurs ; dans les égaux qui s'ordonnent l'un par rapport à l'autre ; dans les moins nobles qui s'abandonnent à la direction des plus élevés. De là vient que le grand Paul, enivré du saint amour dans un transport extatique, s'écriait : « Je vis ou plutôt ce n'est pas moi, c'est Jésus-Christ qui vit en moi. » (Ibid. c. IV n. 13)
Il s'agit évidemment non d'une opération divine qui effleure seulement l'âme humaine, comme beaucoup de faveurs très réelles et très surnaturelles de la contemplation ; mais bien d'une place qui la pénètre profondément, la renouvelle, la redresse, la corrige, et peut aller jusqu'à la transformer entièrement.
L'erreur sur ce point est fréquente dans ceux qui sont chargés de la conduite des autres, et c'est un grand danger. Car si on croit à une grâce d'union là où elle n'est pas, on aura pour celui qui en est l'objet des exigences excessives, qui feront tomber dans le découragement une pauvre âme qui ne peut faire que des pas mesurés à sa taille. Ou bien on mettra en doute la nature même des grâces qu'elle a reçues, sous prétexte qu'elle n'a pas obtenu aussitôt la sainteté et la perfection. Les faveurs de la contemplation sont graduées, il ne faut jamais l'oublier, et chacune a des effets correspondants à son élévation. Or les grâces d'union sont de la nature la plus élevée et supposent pour l'ordinaire une longue succession de grâces et une fidèle coopération à ces grâces.
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