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Livre : Madame Cécile Bruyère, la vie spirituelle et l'oraison
Mais nous le répétons pour les consciences scrupuleuses : un...
Mais nous le répétons pour les consciences scrupuleuses : un tel examen, afin d'être profitable, doit se faire par le cœur et non par la tête, engendrer la confiance et le ferme propos, non le dépit et le découragement. Il convient aussi qu'il soit bref, limité au temps qui lui est assigné, et ne se prolonge pas comme une indéfinie préoccupation de soi. Il est des âmes qui ne peuvent se tourner vers Dieu sans tomber du même coup dans cet examen ; cette tendance est désastreuse et tend à ruiner, avec l'esprit de prière, tout développement de la vie spirituelle. En tout cas, la conclusion nécessaire de l'examen de conscience doit être le regret sincère et un ferme propos courageux et serein de mieux faire à l'avenir.
Généralement parlant, les actes de l'âme sont d'autant plus décisifs qu'ils sont plus prompts et plus énergiques, et que l'âme n'accorde rien à la rêverie. La lenteur de beaucoup de personnes n'est qu'une paresse déguisée, une vaine subtilité qui est l'antipode des opérations spirituelles. Il faut de la résolution et de la confiance en Dieu pour avancer ; et si analyser est une nécessité de notre lente raison, il faut se garder de pousser l'analyse et la discussion de nous-mêmes jusqu'à un excès où elles enlèvent à l'âme toute confiance en Dieu, toute fermeté, pour la laisser dans une perpétuelle et pusillanime irrésolution.
Cependant les personnes étourdies, impressionnables et mobiles, devront, en s'examinant avec plus d'attention et de loisir, donner un caractère pratique à leurs résolutions, sous peine de voir les meilleurs mouvements s'évanouir en fumée. Une bonne volonté vague et générale ne suffit pas pour aller à Dieu et se sanctifier ; il faut savoir ce que l'on veut, se le déterminer nettement et poursuivre résolument son but ; ce qui est impossible là où il n'y a pas d'examen sérieux.
Ainsi entendu, l'examen de conscience sera la meilleure des préparations au sacrement de pénitence. Accompli chaque jour, il dispensera l'âme, qui se prépare à l'accusation de ses fautes, de ces recherches interminables où plusieurs s'enfoncent avant la confession. Heureuses celles qui s'approchent de ce sacrement pleines de foi, de ferveur, de regret et de bon propos, avides de conquérir cette parfaite charité qui rachète la peine en même temps qu'elle efface la souillure. Elles arriveront promptement à cette pureté achevée, objet de leurs désirs ; et l'union avec Dieu ne tardera pas à devenir habituelle.
C'est à ce but dernier que tend la sainte Eglise ; c'est même pour suppléer à l'insuffisance de nos expiations, qu'après nous avoir invités à la réception fréquente des sacrements, elle ouvre encore si libéralement le trésor des indulgences. C'est qu'elle aspire à voir toutes choses restaurées dans nos âmes par le Christ ; c'est que pour elle, aussi longtemps qu'il reste un obstacle entre nous et Dieu, elle souffre comme d'un état irrégulier et violent ; on dirait qu'elle se répète sans cesse le Beáti mundo corde : quóniam ipsi Deum vidébunt. - Bienheureux ceux qui ont le cœur pur, car ils verront Dieu. (Mt 5,8) son amour maternel n'aura de repos et de joie que le jour où nos âmes seront devenues pures comme le cristal, aptes à recevoir et à réfléchir les rayons de la lumière incréée.
Et même alors, la très sainte épouse du Seigneur ne consentira pas à ce que ses fils renoncent jamais à l'esprit de pénitence, nécessaire à l'homme jusqu'à la fin de son pèlerinage ici-bas. Chaque année elle ramènera ses enfants, même les parfaits, à la solennité de la pénitence quadragésimale. Ceux-là en effet, qui ont atteint la perfection, ne sont jamais fixés dans la plénitude du bien, du vrai et du beau, alors qu'ils sont encore sur la terre, et c'est à eux que convient cette admirable doctrine que saint Denys applique aux esprits célestes :
« La piété permet de dire que, chez les hiérarchies angéliques, la purification, pour les intelligences moins nobles, consiste en la clarté que Dieu leur envoie touchant des choses jusque-là dérobées à leur vue; à savoir, quand il les appelle à une connaissance plus parfaite des secrets divins et que, corrigeant l'ignorance où elles sont actuellement plongées, il les fait élever par les esprits supérieurs à la gloire d'une plus profonde et plus lumineuse intuition. » (Hier, eccl., Ch. VI)
Ainsi en est-il des âmes que Dieu rassasie déjà de sa plénitude. Elles n'ont plus à expier leurs fautes ; mais aussi longtemps qu'elles sont sur la terre, elles peuvent, par les travaux de la pénitence, être admises à une possession supérieure de la divinité et se purifier toujours, en ce sens qu'elles passent à un bien plus excellent, suivant le conseil de l'Apôtre :
Æmulámini autem charísmata melióra.
Aspire unto the best gifts. (1 Cor, 12,31).