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Livre : Madame Cécile Bruyère, la vie spirituelle et l'oraison
Il est trop vrai que ces distinctions n'existent plus extéri...
Il est trop vrai que ces distinctions n'existent plus extérieurement aujourd'hui, non plus que les relations qui étaient à l'origine établies entre les portions diverses du peuple fidèle et les degrés correspondants de la hiérarchie. Mais les âmes n'en sont pas moins devant Dieu, au point de vue de leur avancement, dans l'une de ces trois régions de la vie spirituelle dont nous avons parlé.
A ces rapports de l'âme avec Dieu, répond exactement la mesure de son action sur les hommes. Si nos yeux pouvaient contempler les choses invisibles, ils verraient que les âmes ont une influence qui leur est proportionnée. Plus elles s'élèvent et plus leur influence s'étend au loin ; leur puissance se répand avec une énergie qui est en raison de leur proximité de Dieu. Leur nature ne change pas ; mais ainsi qu'un objet s'échauffe à mesure qu'il se rapproche d'un foyer, et rayonne lui-même dans une plus grande étendue, ainsi en est-il pour l'âme en raison de son voisinage du foyer divin. C'est en ce sens que nous lisons au psaume xviii° : Et occursus ejus usque ad summum ejus; nec est qui se abscondat a calore ejus. - et sa course va jusqu'à l'autre extrémité, et il n'y a personne qui se dérobe à sa chaleur.
L'âme exerce un ministère correspondant à son état, et rayonne diversement tout autour d'elle sur les âmes qui appartiennent à la vie purgative, illuminative ou unitive. L'expérience même démontre que souvent les âmes franchissent les degrés de la vie spirituelle plus facilement et avec moins de dangers et d'épreuves, quand elles sont aidées par une autre âme dont l'état est supérieur à leur propre état. L'histoire de la sainteté étudiée à ce point de vue est très éloquente ; on s'explique ainsi comment les saints sont rarement isolés. Vrais pontifes, ils attirent à eux pour unir à Dieu ; ils sanctifient en s'inclinant vers ceux qui appartiennent à une région inférieure.
Heureuses les âmes qui savent exploiter le trésor que contient la liturgie sacrée, non pour lui porter un amour stérile et purement extérieur, mais pour attirer et reproduire en elles-mêmes les symboles et les formes qui renferment de si vivantes réalités ! Dieu n'aimait rien tant dans l'ancienne loi que le temple ; mais il blâmait énergiquement par la bouche du prophète Jérémie, ceux qui se croyaient tout permis parce qu'ils possédaient le temple : Bonas facite vias vestras, et studia vestra, et habitabo vobiscum in loco isto. Nolite confidere in verbis mendacii, dicentes : Templum Domini, templum Domini, templum Domini est! - Redressez vos voies et vos penchants, et J'habiterai avec vous dans ce lieu. Ne vous fiez pas à des paroles de mensonge, en disant : C'est ici le temple du Seigneur, le temple du Seigneur, le temple du Seigneur ! (Jr 7,3-4) Autrement, continue le prophète, si vous ne cessez de grandir votre présomption, croyant que le temple vous tient lieu d'obéissance à mes préceptes, voici quel sera votre châtiment : Faciam domui huic, in qua invocatum est nomen meum, et in qua vos habetis fiduciam, et loco quem dedi vobis et patribus vestris, sicut feci Silo - Je traiterai cette maison, où mon nom a été invoqué et en laquelle vous mettez votre confiance, et ce lieu que J'ai donné à vous et à vos pères, comme J'ai traité Silo. (Jr 7,14) Assurément la nation qui possède le temple est la nation privilégiée, mais le temple ne saurait dispenser de la fidélité ; et, avant d'être honoré dans le temple. Dieu exige qu'on l'adore et le serve dans le sanctuaire invisible qu'il s'est bâti en nous.
Nous devons donc répéter avec le roi Salomon : Dixisti me aedificare templum in monte sancto tuo, et in civitate habitationis tuae altare, similitudinem tabernaculi sancti tui quod praeparasti ab initio; - Vous m'avez dit de bâtir un temple sur votre montagne sainte, et un autel dans la cité où vous habitez, sur le modèle de votre tabernacle saint que vous avez préparé dès le commencement. (Sg 9,8) C'est notre tâche sur la terre ; déjà elle avait été montrée à Moïse : Inspice, et fac secundum exemplar quod tibi in monte monstratum est. - Regardez et faites tout selon le modèle qui vous a été montré sur la montagne. (Ex 25,40) Saint Etienne la rappelait aux Juifs dans le grand discours qui lui valut la palme du martyre. Édifions donc ce tabernacle selon l'exemplaire et le modèle, Notre-Seigneur Jésus-Christ ; que tous entrent dans cette unité liturgique qui reçoit de l'Esprit-Saint son mouvement, sa beauté, sa consommation, et fait dire à toute créature dans le ciel et sur la terre, et même dans les profondeurs de l'océan : Sedenti in throno, et Agno, benedictio et honor, et gloria, et potestas in saecula saeculorum. A Celui qui est assis sur le trône et à l'Agneau, bénédiction, honneur, gloire et puissance dans les siècles des siècles. (Apc 5,13).