Feria V 9 Iulii 2026, Hebdomada XIV per annum,
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Livre : Madame Cécile Bruyère, la vie spirituelle et l'oraison

Or la prière individuelle ou l'oraison mentale, quoique d'un...

Or la prière individuelle ou l'oraison mentale, quoique d'une dignité moindre, a sur la prière sociale cet avantage de pouvoir durer toujours, de s'offrir à Dieu en tout temps, en tout lieu, dans la maladie comme dans la santé, la nuit comme le jour. Établir entre ces formes de la prière catholique un parallèle jaloux, les isoler l'une de l'autre dans une sorte de rivalité, ne saurait avoir aucun avantage ; et nous cherchons vainement comment elles pourraient se nuire ou s'exclure. Heureux qui les unit toutes deux dans un commun amour ! Que l'une et l'autre demeurent à leur rang dans la pratique et dans l'estime des enfants de l'Église. Au palais d'un souverain, les formes solennelles, déterminées par le cérémonial des cours, sont indispensables pour rehausser la dignité royale ; mais elles n'interdisent pas les effusions de l'amitié ou de la tendresse. Ainsi notre grand Roi, le <em>Rex regum et Dóminus dominántium</em> - Roi des rois et Seigneur des seigneurs (Apc 19,16), en même temps qu'il a droit à toute la splendeur du service d'une cour souveraine, veut aussi lire dans le cœur des siens la tendresse dévouée, l'amour dans son épouse, la piété filiale dans ses enfants, l'affection fraternelle dans ceux qu'il honore du nom d'amis.
Il veut voir dans le cœur du dernier de ses courtisans, non la servilité qui se plie extérieurement aux emplois du palais, mais l'amour qui rehausse ces emplois et les fait accomplir avec un soin plein de recherches.
Ainsi nous n'ignorons pas que la prière individuelle peut s'alimenter à une source privée ; mais il n'en est pas moins vrai que la principale et la plus abondante source de la contemplation se trouvera toujours dans l'Office divin. Et comment en serait-il autrement, si nous en croyons l'Apôtre :
Nam quid orémus, sicut opórtet, nescímus : sed ipse Spíritus póstulat pro nobis gemítibus inenarrabílibus.
"For we do not even know how to pray worthily: but it is the Spirit of God who prays in us with ineffable groanings." (Rom 8:26)
Comment l'âme, préparée et formée par le divin Esprit, ne saurait-elle pas, mieux qu'une autre, converser avec Dieu dans l'intimité de son cœur, lorsque, revenue à sa solitude, elle emporte comme une abeille le suc de tant de fleurs? Comment ne connaîtrait-elle pas le vrai langage qu'elle doit tenir à Dieu lorsque, tout imprégnée du Verbe, elle est rendue à elle-même ? La contemplation sous la forme la plus élevée n'est-elle pas simplement l'épanouissement des belles affirmations que nous offre la prière de l'Église ? Lorsque l'âme emprunte son expression au langage humain, elle ne saurait trouver rien de plus exact pour traduire la vérité qu'elle a contemplée, que les formes de la prière liturgique qui se prêtent à la fois, et avec une égale souplesse, aux premiers bégaiements de l'âme qui cherche Dieu, comme aux effusions ravies de l'âme qui l'a trouvé.
Il est donc superflu d'établir une opposition entre la prière liturgique, déterminée par l'Église, et la prière individuelle, libre dans son allure et ses procédés. La première n'existe pas pleinement sans la seconde ; la seconde emprunte ses forces à la première et s'appuie sur elle avec sécurité. L'Église ne mutile pas l'âme humaine, ni ne diminue ses aptitudes pour aller vers Dieu, Elle fixe et détermine les formes de la prière officielle, et laisse ensuite aux âmes la liberté de leurs effusions personnelles avec Dieu ; elle n'exclut rien de ce qui peut ici-bas préparer l'union divine, et consent volontiers à trouver, jusque dans le beau physique, un précieux auxiliaire pour nous acheminer vers la source unique de toute beauté.
Non sans doute que l'esprit de prière puisse ressembler jamais à l'émotion vague et simplement esthétique qui parfois saisit l'âme en face des beautés de la liturgie ; ces impressions peuvent atteindre même les incroyants; mais nous voulons dire seulement que la sainte Église se sert de toutes les énergies naturelles qu'elle trouve dans l'âme pour l'élever vers Dieu.
« Ces saints docteurs des premiers siècles, ces divins patriarches de la solitude, dit dom Guéranger, où puisaient-ils la lumière et la chaleur qui étaient en eux et qu'ils ont laissées empreintes dans leurs écrits et dans leurs œuvres, si ce n'est dans ces longues heures de la psalmodie, durant lesquelles la vérité simple et multiforme passait sans cesse devant les yeux de leur âme, la remplissait à grands flots de lumière et d'amour ? » (<em>Année liturgique</em>, Préface générale)
Selon la pratique ancienne, aux prières de l'oratoire succédait ce qu'ils appelaient la méditation et la lecture attentive des saintes Écritures ; et nul ne disconviendra qu'il n'y ait là tous les traits de ce que nous appelons actuellement l'oraison mentale. Il suffit de citer quelques exemples : « Les solitaires joignent leurs veilles particulières à celles que leur impose l'Office, et ils s'y appliquent même avec plus de soin, afin de conserver cette pureté qu'ils ont acquise par la prière et de préparer, par leurs méditations de la nuit, cette force et cette vigilance qui doivent être leur sauvegarde pendant le jour. » (Cassien, Inst., livre. II, Ch. XIII)
« Ils joignent aussi à leurs veilles le travail des mains, pour que l'oisiveté ne les livre pas au sommeil, et ils ne l'interrompent non plus que la méditation. Ils exercent également les facultés de l'âme et du corps, pour associer les efforts de l'homme extérieur au progrès de l'homme intérieur -. » (Ibid. Ch. XIV)
Cette méditation, qui remplit les intervalles de l'Office divin, est gardée par saint Benoît comme une tradition de grand prix :
Quod vero restat post vigilias, a fratribus qui psalterii vel lectionum aliquid indigent, meditationi inserviatur. «
Whatever time remains after vigils will be used to study the psalter or lessons by those brethren who need them." (Regul., Ch. VIII)
 Certainement il ne s'agit point ici d'une simple et sèche étude de mémoire, mais bien d'un travail de l'intelligence et du cœur, où l'âme se nourrissait de la sainte Écriture et des vérités surnaturelles, pour se rendre plus apte à célébrer l'œuvre de Dieu. La Règle de saint Benoît est ainsi éclairée par le constant usage des anciens, qui consacraient tous à la méditation le temps qui suivait les vigiles.
L'oraison mentale, telle que nous la comprenons aujourd'hui, est donc évidemment le moyen indispensable de célébrer dignement l'Office divin et de rendre à Dieu l'hommage d'une louange parfaite. C'est là que l'âme se dresse, comme dans une sorte de préparation et d'exercice, à entrer parfaitement dans les quatre fins du sacrifice de louange ; elle s'y dispose de telle façon que, l'heure venue, elle peut, comme un instrument bien accordé, vibrer à la gloire du Père, du Fils et du Saint-Esprit. Car, pour bien célébrer l'Office divin, il ne faut pas seulement une intention générale de s'y prêter, mais encore une attention actuelle que l'âme ne saurait obtenir ni garder, si elle n'est avancée dans l'esprit de prière, et si elle n'a perdu l'habitude de se répandre au dehors. C'est ainsi que l'exercice de l'oraison mentale fixe et asseoit l'âme pour le temps de l'Office divin.
Ce que nous disons ici n'est pas une simple opinion. La prière que l'Église place elle-même. comme préparation, sur les lèvres de ceux de ses enfants qu'elle députe pour la louange divine, exprime bien dans quelles conditions elle entend qu'ils paraissent devant Dieu :
Ut digne, attente, ac dévote hoc officuum recitare valeam.
- so that I may recite this service with reverence, attention and devotion.
This same formula also asks God to grant that not only vain and evil thoughts, but also foreign ones, may be removed from the heart, and that the Lord may deign to illuminate the intellect and inflame the affections, which is the direct request of contemplation. The Church wherefore trusts that souls will bring to this divine service all the aptitudes of contemplation, and that a living homage will be offered to God, not just an outward one.
Ainsi, par un double courant qui consiste à faire l'oraison pour mieux célébrer l'Office divin et à chercher dans l'Office divin la source de l'oraison mentale, l'âme arrive sans secousse, sans bruit, presque sans effort, à la véritable contemplation. Ces deux formes de prière ne sauraient jamais être ni opposées ni séparées dans la pratique de ceux qui sont voués par état à la vie contemplative.
C'est par l'usage de ces divers moyens combinés ensemble et se soutenant l'un l'autre, que l'âme de jour en jour s'élève vers Dieu. Cette marche était bien connue des anciens. « Quand, par les charmes de l’harmonie, dit saint Denys, le cantique des vérités sacrées aura préparé les puissances de notre âme à la célébration immédiate des mystères, et que, les ayant soumises, pour ainsi dire, dans l'entraînement de ce concert aux cadences d'un unanime et divin transport, elle nous aura accordés avec Dieu, avec nos frères et avec nous-mêmes, alors ce que les chants pieux n'offraient qu'en raccourci et sous l'ombre des figures, la lecture des saintes Lettres le développera heureusement en des tableaux et des récits plus larges et plus manifestes. Là, le regard du contemplateur religieux verra toutes choses concourir à une parfaite unité, sous l'influence d'un seul Esprit » (Hier, eccl. Ch. III,5)
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