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Livre : Madame Cécile Bruyère, la vie spirituelle et l'oraison
CHAPITRE X
CHAPTER X
The divine office and mental prayer.
Dieu a créé l'homme pour entrer en société avec lui et contracter un lien d'amour et d'intimité qui aura au ciel sa perfection et son achèvement. Jusque-là, le principal intérêt de la vie présente n'est-il pas de réaliser en nous, par nos efforts aidés de la grâce, les conditions de cette union parfaite, et de nous essayer, comme nous le pouvons faire, à notre vie de l'éternité ?
Mais encore le pouvons-nous ? Oui, sans aucun doute. Le péché du premier homme n'a pas rompu complètement la douce intimité du paradis terrestre. Dieu n'a point cessé de se communiquer aux hommes ; et ceux-ci ont pu traiter encore avec la divine majesté. La promesse du Rédempteur ayant suivi immédiatement la faute, l'homme s'est trouvé réintégré dans plusieurs de ses privilèges surnaturels, en raison même des mérites futurs de son Sauveur. Depuis l'accomplissement des mystères, cette intimité avec Dieu, il faut le dire, a pris des proportions beaucoup plus larges : les serviteurs sont devenus des amis et des frères ; et, à l'esprit de servitude et de crainte qui dominait l'ancienne loi, a succédé l'esprit d'adoption qui nous fait dire : « Père, Père ; » <em>Abba, Pater</em> (Rm 8,15).
La prière, qui résume les rapports de l'âme avec Dieu dans l'état de voie, est donc un objet digne d'attirer l'attention de ceux qui savent pour quelle fin ils ont été créés. Aussi ne sera-t-il pas inutile d'exposer brièvement les formes générales de la prière, ne fût-ce que pour montrer l'unité parfaite du plan divin, jusque dans les voies diverses et multiples qui peuvent conduire l'âme à l'union divine.
L'âme humaine peut traiter avec son Seigneur sous deux formes de prière : la prière liturgique, déterminée par l'Église, et la prière individuelle. En soi, il est hors de doute que la première forme l'emporte de beaucoup sur la seconde, en dignité, en autorité, en étendue et en puissance. Quelques éclaircissements suffiront pour le faire comprendre.
L'hommage officiel et social rendu par l'Église militante au Dieu, Père, Fils et Saint-Esprit, cet ensemble de formules parlées, de chants et de cérémonies qui est comme l'accompagnement nécessaire du sacrifice éternel, constitue certainement la partie la plus noble du culte divin, qui est le tribut essentiel d'adoration, d'action de grâces, de louange et d'impétration.
Même au milieu des figures de l'ancienne loi, l'importance de cette prière, dont les paroles ont été pour la plupart inspirées par Dieu, dont les formes générales ont été fixées par l'Église, n'était pas ignorée ; et il serait presque impossible de relever tous les passages de l'Écriture dans lesquels l'Esprit-Saint affirme les droits divins à cet égard. Moïse attache les bénédictions d'en haut à la fidélité que mettra le peuple d'Israël à garder non seulement les commandements de Dieu, mais jusqu'aux moindres détails du culte :
Custódi præcépta Dómini Dei tui, ac testimónia et cæremónias, quas præcépit tibi.
"Keep the precepts of thy God, the ordinances and ceremonies he hath prescribed for thee". (Deut 6:17)
Le livre de l'Ecclésiastique en louant les grands hommes, relève comme un mérite principal la sollicitude qu'ils ont montrée pour le culte rendu au vrai Dieu (Eccli 44) -. Enfin, Esther, cherchant à toucher la miséricorde divine, fait valoir cet argument décisif :
Volunt tua mutáre promíssa, et delére hæreditátem tuam, et cláudere ora laudántium te, atque extínguere glóriam templi et altáris tui.
"They want to make thy promises lie, to destroy thy heritage, to shut the mouths that sing thy name, to ruin the glory of thy temple and altar." (Is 14:9)
Notre-Seigneur lui-même, durant toute sa vie mortelle, a confirmé par son exemple l'importance de la prière publique et sociale. Ses visites fréquentes à Jérusalem n'avaient pas d'autre but ; et son exactitude à remplir les prescriptions de la loi mosaïque jusque dans les moindres formes, révèle avec évidence la place que doit occuper, dans notre pensée et dans notre pratique, la prière de l'Église. Les premiers chrétiens à leur tour ont largement montré que Notre-Seigneur était venu non pour abolir les rites de la Synagogue, mais pour réaliser ce qu'ils avaient de figuratif, et trouver à son Père des adorateurs en esprit et en vérité. Les Épîtres, les Actes des Apôtres indiquent quel était l'usage des premiers chrétiens, et la place que tenait chez eux la prière sociale. Les Pères ont ensuite conservé dans leurs écrits, avec le souvenir de l'importance donnée par les âmes fidèles à l'élément dont nous parlons ici, les formes mêmes qu'il a successivement revêtues ; et la sainte Église, en obligeant les clercs à la récitation de l'Office divin, prouve assez l'intention de l'Esprit-Saint qui la régit et l'anime sans cesse.
Enfin l'Évangile, en nous rapportant certaines sévérités de Notre-Seigneur à l'égard des Juifs, nous enseigne à quel point Dieu s'intéresse à la pureté de l'hommage officiel qu'il attend de ses créatures. Le Sauveur rappelle le langage du prophète Isaïe, et dit :
Pópulus hic lábiis me honórat : cor autem eórum longe est a me. Sine causa autem colunt me, docéntes doctrínas et mandáta hóminum.
These people honor Me with their lips, but their hearts are far from Me; they worship Me in vain, teaching human doctrines and ordinances (Mt 15:9).
Or, sur les lèvres du divin Maître, ce reproche prend un accent tout spécial de gravité ; il s'adresse aux âmes entachées de pharisaïsme, à celles qui font tout consister dans un culte purement extérieur, et qui n'assurent à Dieu, avec beaucoup d'ostentation, que la moindre partie de l'homme.
Notre-Seigneur se plaignait de ce culte tout matériel et partant frauduleux, par lequel les lèvres humaines, ne prononçant que des mots, se trouvent, par le fait, en désaccord avec les pensées de l'esprit et les sentiments du cœur. Cette forme de mensonge est d'autant plus odieuse qu'elle s'adresse à celui devant qui toutes choses sont nuda et aperta - nues et ouvertes ; et elle devait, pour ce motif, attirer la vigilante sollicitude de celui qui venait tout restaurer à la gloire de son Père. En vain les pharisiens offriront ils la perfection de la forme et une contrefaçon servilement exacte ; ils ne tromperont pas la majesté divine :
Numquid ergo spelúnca latrónum facta est domus ista, in qua invocátum est nomen meum in óculis vestris ? Ego, ego sum : ego vidi, dicit Dóminus.
Has this house become a den of thieves, where my name has been invoked before thy eyes? I, who am, have seen, says the Lord. (Jer 7:11)