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Livre : Madame Cécile Bruyère, la vie spirituelle et l'oraison
Concluons donc que si la tentation est violente et soudaine,...
Concluons donc que si la tentation est violente et soudaine, il faut la repousser avec vigueur et promptitude. Mais elle ne revêt pas toujours cette forme, et elle n'est pas moins dangereuse, lorsqu'elle s'insinue doucement, l'ennemi exploitant notre légèreté et notre somnolence. C'est comme préservatif à ce genre de tentation que Notre-Seigneur disait à ses apôtres :
Aussi le prince des Apôtres dira-t-il plus tard aux chrétiens :
Il est bon de remarquer, du reste, que le démon n'a que très rarement la permission de nous surprendre. Malgré la puissance de son intelligence, malgré son expérience, ses connaissances acquises et son esprit d'observation, les ténèbres dans lesquelles il se meut lui font fréquemment prendre le change. Cependant s'il réussit une fois, on peut être sûr qu'il reprendra la même voie :
Notre-Seigneur n'a point dit ces paroles pour nous décourager, mais pour nous engager à fortifier notre point faible, celui que le démon connaît déjà pour y avoir passé, et qui sera le premier attaqué. S'il trouve bien close cette porte, jusque-là ouverte devant lui, il y fera un grand sabbat, clabaudant, se démenant, allant chercher du renfort pour emporter la position. Laissons-le faire, et pratiquons ce que dit l'apôtre saint Jacques :
C'est une vérité certaine et très consolante, que rien au monde n'a la puissance de nous arracher à Dieu : Certus sum enim quia neque mors, neque vita, neque ángeli, neque principátus, neque virtútes, neque instántia, neque futúra, neque fortitúdo, neque altitúdo, neque profúndum, neque creatúra ália póterit nos separáre a caritáte Dei, quæ est in Christo Jesu Dómino nostro. - Car je suis certain que ni la mort, ni la vie, ni les anges, ni les principautés, ni les puissances, ni les choses présentes, ni les choses à venir, ni la violence, ni ce qu’il y a de plus élevé, ni ce qu’il y a de plus profond, ni aucune autre créature, ne pourra nous séparer de l’amour de Dieu, manifesté dans le Christ Jésus Notre Seigneur (Rm 8,38-39), dit l'Apôtre qui avait eu souvent l'occasion de le constater. Mais notre certitude s'accroît notablement en raison de ce que nous nous éloignons des œuvres de ténèbres pour revêtir les armes de lumière. On ne saurait trop le répéter : toute la force de l'ennemi n'est que dans notre connivence. C'est ce que dit saint Augustin : Latrare postest, sollicitare potest, mordere omnino non potest, nisi volentem. « Il peut aboyer, il peut solliciter, il ne peut mordre que celui qui le veut - (Aug., de Civit. Dei, livre. XX) si nous sommes fidèles à nous couvrir en toutes circonstances du bouclier de la foi, nous devenons invulnérables : In ómnibus suméntes scutum fídei, in quo possítis ómnia tela nequíssimi ígnea extínguere. Prenant par-dessus tout le bouclier de la foi, au moyen duquel vous pourrez éteindre tous les traits enflammés du malin. (Eph 6,16)
On peut remarquer que les trempes orgueilleuses, raides, dures au prochain, se prêtent à l'ennemi par une sorte d'affinité et lui donnent prise ; tandis qu'il a horreur de l'humilité, de la condescendance raisonnable et de la douceur. Ce n'est pas autrement que la très aimable Vierge Marie, Mère de Dieu, a constamment échappé à sa malice et qu'elle a pu chanter : Dispérsit supérbos mente cordis sui .. et exaltávit húmiles. - Il a dispersé ceux qui s’enorgueillissaient dans les pensées de leur cœur … et il a élevé les humbles. (Lc 1,51-52)
On dirait que l'enflure du monstrueux orgueil de Satan lui a fait contracter une impuissance totale pour saisir tout ce qui est ténu et petit. C'est au même sens que la pauvreté d'esprit, l'abnégation, en nous dépouillant non seulement de tout, mais encore de nous-mêmes, nous rendent insaisissables à sa malice. Car comme le lutteur, dans les jeux antiques, combattait sans vêtement pour mieux échapper à son adversaire, ainsi l'âme, vraiment dépouillée par le renoncement et réduite à sa simple expression, se soustrait sans peine à son ennemi qui n'a plus où la saisir.