Feria V 9 Iulii 2026, Hebdomada XIV per annum,
Retour aux livres
Livre : Madame Cécile Bruyère, la vie spirituelle et l'oraison

CHAPITRE XIV

CHAPITRE XIV
Des peines intérieures qui forment la première purification de l’âme
Les conditions dans lesquelles s’accomplit notre pèlerinage sur la terre exposent tous les hommes à une certaine somme de souffrances et de peines, auxquelles nul ne peut complètement échapper. Ce n’est pas seulement le fait de la déchéance originelle et les lois nécessaires de l’expiation qui nous soumettent à beaucoup de maux : le chrétien doit aussi achever dans sa chair, selon l’expression hardie de l’Apôtre, ce qui manque à la passion du Seigneur (Cf. Col 1,24).
L'Apôtre, écrivant aux Romains, expose la même doctrine sous un autre aspect :
CHAPITRE XIV
Écoutons aussi le prince des Apôtres : In quo exsultábis, módicum nunc si opórtet contristári in váriis tentatiónibus : ut probátio vestræ fídei multo pretiósior auro (quod per ignem probátur) inveniátur in laudem, et glóriam, et honórem in revelatióne Jesu Christi : quem cum non vidéritis, dilígitis : in quem nunc quoque non vidéntes créditis : credéntes autem exsultábitis lætítia inenarrábili, et glorificáta. « Tressaillez donc de joie, encore que, durant le cours rapide de cette vie, vous ayez à endurer bien des maux : votre foi, plus précieuse que l'or qui est éprouvé par le feu, vous méritera louange, honneur et gloire à l'avènement glorieux de Jésus-Christ, que vous aimez, quoique ne l'ayant point vu, en qui vous croyez, bien que vous ne le voyiez point encore » (1 P 1, 6-8)
A côté de ces raisons générales qui font de l'épreuve et de la douleur une nécessité pour tous les hommes, les saintes Écritures nous ont parlé encore de lois spéciales et en quelque sorte privilégiées, qui guident le Seigneur dans la distribution de la souffrance. Nous savons qu'il est des douleurs glorieuses pour l'homme, des douleurs qui ne sont pas un châtiment : In paucis vexáti sunt, in multis bene disponéntur, quóniam Deus tentávit eos, et invénit illos dignos se.- Il les a mis à l’épreuve comme l’or dans la fournaise, il les a agréés comme une hostie d’holocauste, et quand leur temps sera venu le temps, il les regardera favorablement. (Sap. 3,5) Qui ne se souvient de la scène si dramatique par laquelle s'ouvre le livre de Job : Le Seigneur se glorifiant devant l'ennemi de la fidélité de son serviteur : « N'as-tu point considéré mon serviteur Job ? Certainement il n'a pas d'égal sur la terre ; c'est un homme simple et droit qui craint Dieu et s'éloigne du mal ; » Satan lui répondit : « Est-ce donc en vain que Job craint Dieu ? N'avez-vous pas environné de tous côtés comme d'un rempart sa personne, sa maison et tout son bien ?... Mais étendez un peu votre main et frappez tout ce qui est à lui, et vous verrez s'il ne vous maudira pas en face. » (Job., 1, 8-12)
 Le Seigneur répondit à Satan : « Va, tout ce qu'il a est en ton pouvoir ; mais je te défends d'étendre la main sur lui » Et après une effroyable énumération de maux, le texte sacré conclut : In ómnibus his non peccávit Job lábiis suis, neque stultum quid contra Deum locútus est. - En tout cela Job ne pécha pas par ses lèvres, et il ne dit rien d’insensé contre Dieu. (Job, 1, 22)
Le juste Tobie fut aussi frappé de cécité au moment même où il était héroïquement fidèle à la loi sainte : « Dieu permit que cette tentation lui arrivât, dit l'Écriture, afin que sa patience servît d'exemple à la postérité, comme celle du saint homme Job. Car, ayant toujours craint Dieu dès son enfance et ayant gardé ses commandements, il ne murmura pas contre Dieu qui l'avait privé de la vue, mais il demeura immobile dans la crainte du Seigneur, rendant grâces à Dieu tous les jours de sa vie. » (Tob 2, 12-14) Et quand l'indiscrétion de ses amis les porte à se railler de ses bonnes œuvres, il leur répond : « Ne parlez pas de la sorte ; car nous sommes les enfants des saints, et nous attendons cette vie que Dieu doit donner à ceux qui ne violent jamais la fidélité qu'ils lui ont promise ^ »
Nous remarquerons en passant que les épreuves du temps perdent, à la lumière de la foi, leur aspect accablant, il semble que le Saint-Esprit veuille nous élever au-dessus de nous-mêmes et nous aguerrir, en nous montrant la magnificence du terme où nous tendons. Ces épreuves sont appelées, comme nous venons de le voir, le momentáneum et leve [momentané et léger] par saint Paul, in paucis vexati [quelques tribulations] dans la Sagesse ; comme si Dieu voulait éloigner de nous, chrétiens, par l'attente assurée des biens futurs, les airs dolents et sacrifiés : In omni dato hílarem fac vultum tuum,
 et in exsultatióne sanctífica décimas tuas. - Fais tous tes dons avec un visage joyeux, et sanctifie tes dîmes par l’allégresse. (Eccli. 35,11) Dieu ne nous éprouve que pour nous redresser, nous guérir et nous sauver ; n'est-il pas juste que nous recevions de sa main paternelle, avec soumission, douceur et sérénité, ce qu'il juge nécessaire à notre sanctification ?
Retour en haut