← Retour aux livres
Livre : Madame Cécile Bruyère, la vie spirituelle et l'oraison
CHAPITRE VIII
CHAPTER VIII
A treatise on prayer given by Our Lord Jesus Christ.
C'est par le moyen de la prière que l'homme se met en rapport avec Dieu ; aussi lui fut-elle proposée dès le commencement, et l'Ancien Testament tout entier nous montre assez la place qu'occupe la prière dans la vie humaine.
Notre-Seigneur, venant en ce monde pour nous enseigner toute vérité, devait nous apporter des lumières nouvelles sur la prière, moyen puissant de l'union à Dieu. Il nous en a donné l'exemple dans sa très sainte vie. Nous le voyons consacrer à l'oraison tantôt la nuit entière et tantôt des heures déterminées du jour : il prélude par la prière à ses miracles et au choix de ses Apôtres ; il rend grâces à son Père à haute voix ; il se recueille en lui-même ; enfin il est l'éclatant exemple d'une vie dévouée à la plus parfaite oraison.
Mais, non content d'avoir fourni le modèle, il a de plus confié à ses disciples un enseignement précis, et leur a laissé la méthode divine de la prière.
Un jour que notre divin Sauveur sortait de l'oraison, ainsi que le rapporte saint Luc, l'un de ses disciples s'approcha et lui dit :
Dómine, doce nos oráre, sicut dócuit et Joánnes discípulos suos. Et ait illis : Cum orátis, dícite : Pater, sanctificétur nomen tuum. Advéniat regnum tuum. Panem nostrum quotidiánum da nobis hódie. Et dimítte nobis peccáta nostra, síquidem et ipsi dimíttimus omni debénti nobis. Et ne nos indúcas in tentatiónem.
Lord, teach us to pray, as John taught his disciples. And he said unto them: When thou prayest, say: Father, hallowed be thy name; thy kingdom come; give us this day our daily bread. And forgive us our sins, for we also forgive anyone who owes us a debt; and lead us not into temptation. (Lk 11, 1-4)
La question des Apôtres, dans sa forme naïve, renferme de précieux renseignements. On y voit clairement que, même dans l'ancienne loi, la prière était la matière d'un enseignement régulier, donné par les prophètes à leurs disciples; et que peut-être, sur ces questions, il pouvait germer entre les écoles de petites rivalités. Un maître en l'art de l'oraison était recherché ; et sans doute déjà on avait remarqué tout le fruit que peut apporter l'expérience d'un homme versé dans l'oraison, en faisant éviter les tâtonnements et les erreurs.
Saint Matthieu, qui ne parle pas de la demande des Apôtres, nous donne cependant l'oraison dominicale ; et son texte plus complet a été choisi par l'Église comme formule de la prière. Cet Évangéliste nous transmet en outre les précieux enseignements sur la préparation à la prière dont le Seigneur accompagna l'oraison dominicale.
Le premier danger signalé par le Maître, c'est l'ostentation ou la vanité, vices trop communs d'une prière tout humaine :
Cum orátis, non éritis sicut hypócritæ qui amant in synagógis et in ángulis plateárum stantes oráre, ut videántur ab homínibus : amen dico vobis, recepérunt mercédem suam.
When thou prayest, don't be like the hypocrites, who like to pray standing in the synagogues and on the corners of public squares, to be seen by men. Verily, I tell thee, they have received their reward. (Mt 6:5)
La prière est de soi méritoire, mais l'homme n'en assure pourtant l'efficacité que selon la pureté d'intention qui l'anime et la vivifie : si la prière est souillée de vues humaines, elle sera nulle ou de peu d'effet. Il est juste que, dans cet entretien intime avec Dieu, l'homme bannisse tout alliage et toute préoccupation étrangère à Dieu.
Aussi le Seigneur insiste-t-il :
Tu autem cum oráveris, intra in cubículum tuum, et clauso óstio, ora Patrem tuum in abscóndito : et Pater tuus, qui videt in abscóndito, reddet tibi.
But when thou prayest, go into thy room and, having shut the door, pray to thy Father in secret: and thy Father, who sees in secret, will reward thou. (Mt 6:6).
« Nous prions dans notre chambre, dit Cassien, lorsque nous bannissons de notre cœur le bruit de nos pensées et de nos inquiétudes, pour offrir à Dieu nos prières dans le secret de l'amour. Nous fermons notre porte, lorsque nous fermons nos lèvres, pour prier en silence celui qui écoute le cœur plus que les paroles. Nous prions en secret, lorsque nous exposons à Dieu nos demandes, de tout notre cœur, de toute notre âme, sans que notre ennemi puisse même reconnaître ce que nous demandons ; car nous devons prier en silence, non seulement pour ne pas distraire nos frères présents par nos soupirs et nos cris, et les empêcher eux-mêmes de prier ; mais encore pour cacher nos intentions aux démons, qui nous attaquent surtout pendant la prière » (Cassien., Coll. IX, ch. XXXV.)
The secrecy of our intimate dwelling, the closed door, the recollection of our soul before God, the truce imposed on every foreign thought - these are the conditions that the Savior first demands. The soul can then humbly address Him whom it rightly calls its Father, since it hath received the Spirit of adoption, and speak to Him in abscondito [in secret]; and this secret is certainly something other than the material solitude created around us, clauso ostio [closed door]: it expresses those mysterious shadows of faith where our prayer is uttered, shadows which are, for God our Father, brighter than day. In this prayer of pure and simple faith, the soul evermore receives its reward and ascends surely to God.
Prier son Père dans le secret, n'est-ce pas encore chercher Dieu au fond de son âme, dans cette demeure secrète que le saint baptême a créée en nous ? Ce mouvement vers le fond de l'âme est une des premières impressions que nous recevons, lorsque nous commençons à sortir de la vie des sens et à fortifier en nous l'homme intérieur par le Saint-Esprit. Alors, au lieu de chercher Dieu au dehors et dans quelques symboles ou images, l'âme rentre comme au dedans d'elle-même pour l'y trouver. Saint Benoît et tous les anciens inclinaient à réprimer les éclats extérieurs dans la prière. (Regul., Ch. XX)