Feria V 9 Iulii 2026, Hebdomada XIV per annum,
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Livre : Madame Cécile Bruyère, la vie spirituelle et l'oraison

CHAPITRE XXII

CHAPITRE XXII
Que l’Eglise dans son ensemble offre un type sublime à l'âme contemplative.
Dans son admirable Épître aux Éphésiens l'apôtre saint Paul développe l'économie du mystère de notre salut qu'il appelle « le mystère du bon plaisir divin », sacramentum voluntatis suae, secundum beneplacitum ejus ; - le mystère de Sa volonté, selon Son bon plaisir (Eph 1,9) et il le présente sous la forme de noces célébrées entre le Fils de Dieu et l'humanité. Tantôt, en effet, l'Apôtre, faisant allusion au mariage qui n'est que la figure de cette union divine, veut que cette figure reproduise dignement l'auguste réalité ; tantôt, il ramène son enseignement à l'union individuelle de chaque âme avec Dieu ; tantôt enfin, il prend en masse l'humanité régénérée et montre le mystère des noces sous sa forme la plus vaste et la plus complète, qui est l'union de l'Eglise avec Notre-Seigneur Jésus-Christ, son chef et son Epoux : Omnia subjecit sub pedibus ejus : et ipsum dedit caput supra omnem ecclesiam, quae est corpus ipsius, et plenitudo ejus, qui omnia in omnibus adimpletur. « Il a mis toutes choses sous ses pieds, et il l’a donné pour chef à toute l'Église qui est son corps, et sa consommation à lui qui complète tout en tous . »  (Eph 1,22-23)
Ce mystère de l'union divine paraît ineffable à saint Paul ; il y voit la continuation et le complément des mystères de l'Incarnation et de la Rédemption : Quod aliis generationibus non est agnitum filiis hominum, sicuti nunc revelatum est sanctis apostolis ejus et prophetis in Spiritu. « Ce qui n'a point été découvert aux enfants des hommes, dans les générations précédentes, comme il l'est maintenant dans le Saint-Esprit à ses saints Apôtres et à ses prophètes. » ‘Eph 3,5) Comme l'Ancien Testament en a eu la révélation par les auteurs sacrés, le Nouveau Testament en a la diffusion par les Apôtres, le Saint-Esprit opérant dans les uns et les autres et formant les hommes à une même vérité, avant et après la venue du Seigneur. Les premiers ont annoncé l'Épouse du Seigneur; les seconds n'en sont pas seulement les hérauts, mais ils veillent sur elle, semblables aux soixante guerriers qui entouraient le char du roi Salomon. Les générations favorisées sont celles qui ont vu s'ouvrir la source de la vie, c'est-à-dire le côté du Sauveur, d'où l'Eglise a été tirée au sixième jour de la semaine, ainsi qu'Eve fut tirée du côté du premier Adam.
La grande Épouse collective du Fils de Dieu est donc l’adjutorium simile sibi ;(l’aide qui lui est semblable – Cf. Gn 2,18) c'est à elle que le vrai Pacifique adresse ces suaves paroles : Una est columba mea, perfecta mea, una est matris suae, electa genetrici suae. - Elle est unique, ma colombe, ma parfaite; elle est l'unique de sa mère, la préférée de celle qui lui a donné le jour.  (Ct 6,8) Elle montre avec une ampleur sublime tout ce que nous avons pu décrire des caractères propres à l'union parfaite ; le sommet de la contemplation et la consommation de la charité se trouvent en elle, avec une certitude, une stabilité, une permanence qui est un constant prodige et l'empreinte de la divinité qu'elle conservera usque ad consommationem saeculi (jusqu’à la consommation des siècles).
Cette union indivisible de l'Eglise avec Dieu n'est point une union autre que celle contractée individuellement avec Dieu par les âmes qui forment l'Église. Toutefois, il ne saurait être inutile de considérer l'union consommée, telle qu'elle apparaît réalisée dans l'Eglise militante ; les leçons y abondent, et celui qui chercherait les enseignements de sa vie spirituelle dans un traité de Ecclesia serait très assuré de ne pas faire fausse route. L'âme qui a atteint l'union consommée est une exacte réduction de l'Église une, sainte, catholique et apostolique ; plus elle s'identifie à sa Mère, plus elle gagne sûrement le cœur de celui qui a tout fait en ce monde pour son Epouse collective, et qui, dans la réalisation de ses desseins, n'a qu'un seul type. Donc, en étudiant l'Eglise comme le parfait modèle de la vie spirituelle, nous achèverons tout ce que nous nous proposions de dire sur cet objet.
Lorsque la lumière prophétique éclairait saint Jean à Patmos, elle lui montra la grande Épouse du Seigneur, celle qui est remplie de toute la sainteté et de toute la perfection que l'humanité peut atteindre, assistée par l'Esprit-Saint. Il lui fut dit qu'elle était le tabernacle de Dieu avec les hommes. Et, en effet, son union consommée avec son chef la rend un seul esprit avec lui, dans une si admirable unité qu'elle n'opérera pas d'autres œuvres que celles qu'il lui suggérera : Paraclitus autem Spiritus Sanctus, quem mittet Pater in nomine meo, ille vos docebit omnia, et suggeret vobis omnia quaecumque dixero vobis. - Mais le Paraclet, l'Esprit-Saint, que le Père enverra en Mon nom, vous enseignera toutes choses, et vous rappellera tout ce que Je vous ai dit. (Jn 14,26). C'est ce qui fait l'unité et la sainteté de l'Église ; et, quels que soient les temps, les lieux et les circonstances où elle déploie son activité, elle n'a jamais que cet unique moteur, tant son union avec Dieu est stable et permanente.
Quoique vivant encore dans le temps par sa partie militante, la seule qui nous occupe en ce moment, l'Eglise donc a déjà quelque chose de l'éternité par son union fixe avec Dieu et par sa catholicité. En effet, comme elle s'étend non seulement à tous les temps mais encore à tous les lieux, les jours dans son sein ne semblent pas succéder aux jours, et simultanément, à la même heure, elle jouit du bénéfice de toutes les divisions du temps. Enfin, elle est vraiment apostolique ; car c'est en la personne des Apôtres qu'elle a commencé, au jour de la Pentecôte, cette vie d'union parfaite avec Dieu, cet ineffable mariage spirituel que rien n'a jamais pu briser ni altérer ; et c'est par son intimité si étroite avec l'Esprit consommateur qu'elle obtiendra la victoire finale et la venue de l'Epoux céleste, afin que l'union ne soit plus seulement dans la foi, mais dans la vision. En la considérant donc comme une, sainte, catholique et apostolique, nous surprenons en elle les effets de sa vie unitive au degré suprême. Il serait toutefois très insuffisant d'étudier les effets sans remonter à la cause. Le Père convoite la beauté de cette Vierge splendide ; mais cette beauté n'est pas extérieure seulement, ou plutôt l'extérieur n'est que le rayonnement de l'éclat intérieur : Omnis gloria ejus filiae regis ab intus. Toute la gloire de la fille du Roi est au dedans (Ps 44,14) Ainsi toute la puissance de la sainte Église ; toute la beauté de sa marche à travers les âges ; toutes les splendeurs qu'elle répand sur ses pas jusque dans les choses humaines, les lettres, les arts, les sciences ; la vie qu'elle communique à tout ce qui s'attache à elle ; tout, jusqu'au progrès de la vraie civilisation, tout procède du dedans, c'est-à-dire de son union étroite avec Dieu. Cette puissance exubérante apparut en elle dès le début, et les incrédules se méprenant sur sa source disaient : Musto pleni sunt isti. – Ils sont pleins de vin nouveau. (Ac 2,13) Mais Pierre, le représentant visible du Chef invisible, défendait l'Épouse : Non enim, sicut vos aestimatis, hi ebrii sunt, cum sit hora diei tertia : sed hoc est quod dictum est per prophetam Joel : Et erit in novissimis diebus, dicit Dominus, effundam de Spiritu meo super omnem carnem : et prophetabunt filii vestri, et filiae vestrae, et juvenes vestri visiones videbunt, et seniores vestri somnia somniabunt. « Ceux-ci ne sont pas ivres comme vous le pensez, puisqu'il n'est que la troisième heure du jour ; mais c'est ce qui a été dit par le prophète Joël : Et il arrivera que dans les derniers jours, dit le Seigneur, je répandrai de mon Esprit sur toute chair. » (Ac 2,15-17)
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