Feria V 9 Iulii 2026, Hebdomada XIV per annum,
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Livre : Madame Cécile Bruyère, la vie spirituelle et l'oraison

De même, quand les célestes clartés de la vie illuminative l...

De même, quand les célestes clartés de la vie illuminative l'inondent, c'est aussi avec un éclat incomparable. Elle voit clairement, car elle n'oppose aucun obstacle à la lumière dont l'énergie tend toujours à s'épanouir dans l'union divine. Cependant elle peut s'arrêter pour contempler la vérité dans la très pure lumière de la foi ; son œil fort et ferme affronte les splendeurs du Soleil de justice, initiant ainsi ceux qui ne goûtent pas encore, mais qui peuvent voir déjà ; et son initiation est une école d'autant plus sûre que, jouissant elle-même de ce qu'elle contemple, elle est une maîtresse sublime dans l'art de recevoir l'illumination intérieure.
Enfin où elle apparaît surtout expérimentée, c'est dans tous les mystères de la vie unitive : rien ne lui est caché depuis les premiers degrés jusqu'au sommet. Elle n'ignore pas davantage la nature des épreuves passives, dont on retrouve l'expression fidèle dans un grand nombre de psaumes. Mais, en même temps, elle fournit l'accent d'une généreuse abnégation, qui produit aussitôt l'effet que l'Esprit-Saint se propose en ces purifications douloureuses.
Elle atteint constamment aussi la consommation de l'union avec Dieu, par l'auguste sacrifice qui se renouvelle perpétuellement en son sein et l'établit d'une manière permanente dans son ineffable mariage spirituel. Car si saint Augustin dit : Verum sacrificium est omne opus quod agitur ut sancta societate inhœreamus Deo ; « C'est un véritable sacrifice que toute œuvre accomplie dans le but de nous unir à Dieu dans une sainte société. » (Aug., de Civ. Dei, lib. X, cap. vi.) que dire de ce sacrifice incomparable, reproduction mystérieuse et continuation de l'oblation décrite ainsi par saint Paul : Una enim oblatione, consummavit in sempiternum sanctificatos  « Car, par une oblation unique, il a rendu parfaits pour toujours ceux qu'il a sanctifiés. » (Heb 10,14) ? C'est là que l'Eglise offre à Dieu un sacrifice digne de lui par l'Agneau divin, et que, participant à la chair de cet Agneau vivant et immolé, elle est transformée en lui et offerte à son tour comme le corps mystique de son Chef, comme sa plénitude et son achèvement. Jam corpus ejus corpori meo sociatum est, et sanguis ejus ornavit genas meas, - Son corps est déjà uni à mon corps, et son sang a orné mes joues, (Respons. In festo S. Agnetis virg. et mart ) disait la glorieuse vierge Agnès, après avoir compris le mystère de la consommation.
C'est bien dans ce sacrifice que se trouve pour l'Eglise la contemplation suprême au sein de laquelle Dieu se communique sans symbole et sans image, parce que l'union se fait de substance à substance, et que rien n'est plus réel que ce qui échappe à toute forme visible. C'est là le mysterium fidei (Mystère de foi) : au-dessus de lui il n'y a plus rien que la vision intuitive.
L'Eglise est donc le type et le modèle de l'âme contemplative. Elle est d'abord Rachel avant d'être Lia ; elle se montre Marie avant d'agir comme Marthe ; elle ne donne à l'extérieur que de sa plénitude, suivant le conseil de l'Apôtre : Verbum Christi habitet in vobis abundanter, in omni sapientia, docentes, et commonentes vosmetipsos, psalmis, hymnis, et canticis spiritualibus, in gratia cantantes in cordibus vestris Deo. « Que la parole du Christ habite en vous avec plénitude en toute sagesse. Instruisez-vous et exhortez-vous les uns les autres par des psaumes, des hymnes et des cantiques spirituels, chantant à Dieu dans vos coeurs avec édification. » (Col 3,16)
L'habitation du Seigneur en elle se révèle par sa prière continue, l'Office divin ; jamais elle n'a dérogé à ces mœurs, et même les nécessités de la prédication évangélique n'ont pas empêché les premiers fidèles de suivre ce divin programme. Quotidie quoque perdurantes unanimiter in templo, et frangentes circa domos panem, sumebant cibum cum exsultatione, et simplicitate cordis, collaudantes Deum et habentes gratiam ad omnem plebem. Dominus autem augebat qui salvi fierent quotidie in idipsum. « Tous les jours aussi, persévérant unanimement dans le temple, et rompant le pain de maison en maison, ils prenaient leur nourriture avec allégresse et simplicité de cœur, louant Dieu. » (Ac 2,46-47) Il ne s'agissait pas d'un pain vulgaire ni d'une nourriture commune, puisque ceux qui s'y trouvaient admis s'en rassasiaient avec tant de joie.
Et jamais, quels que puissent être les besoins de l'humanité, l'envahissement des œuvres, les malheurs des temps, l'obscurcissement de la foi, les sollicitations des hommes charnels, la faiblesse de ses organes, la pénurie de ses ressources, jamais l'Eglise militante ne consent à suspendre son oraison, à en changer la méthode, à en modifier le plan. En vain lui présente-t-on des théories utilitaires ; en vain lui objecte-t-on les nécessités de la défense, la polémique contre les incrédules, la vraie science à opposer à la fausse, ou, ce qui touche encore plus son cœur maternel, les âmes qui se perdent : elle ne veut pas consentir à suspendre un seul jour l'exercice de sa sublime contemplation. C'est qu'en effet elle trouve là son lien avec le ciel et la source même de toute l'efficacité de son opération.
Ses ennemis savent si bien quelle est la puissance de cette oraison qu'ils la redoutent plus que tous les efforts extérieurs, et c'est pourquoi ils disent avec tant d'énergie : Quiescere faciamus omnes dies festos Dei a terra. - Faisons cesser tous les jours de fête consacrés à Dieu. (Ps 73,8) L'Esprit-Saint, au contraire, voulant faire l'éloge de David, énumère tout ce qu'a fait le saint roi pour rehausser la splendeur du culte de Dieu : Et stare fecit cantores contra altare, et in sono eorum dulces fecit modos. Et dedit in celebrationibus decus, et ornavit tempora usque ad consummationem vitae, ut laudarent nomen sanctum Domini, et amplificarent mane Dei sanctitatem. - Il établit des chantres pour qu'ils se tinssent devant l'autel, et il composa de douces mélodies pour leurs voix. Il donna de la splendeur aux fêtes, et de l'éclat aux jours sacrés jusqu'à la fin de sa vie, afin qu'on louât le saint nom du Seigneur, et que dès le matin on célébrât Sa sainteté. (Eccli 47,11-12)
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