Feria V 9 Iulii 2026, Hebdomada XIV per annum,
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Livre : Madame Cécile Bruyère, la vie spirituelle et l'oraison

Ecoutons saint Augustin clans sa lettre à Proba : « Il est b...

Ecoutons saint Augustin clans sa lettre à Proba : « Il est bon et salutaire, dit le saint docteur, de prier longtemps, lorsque le soin des bonnes et nécessaires actions de la vie nous le permet, quoique dans ces actions mêmes, il faille toujours prier avec un pieux et saint désir. Car prier avec beaucoup de paroles, ce n'est pas, comme quelques uns le pensent, prier longtemps. Un long discours n'est pas un long amour. Il est écrit que Notre-Seigneur passait les nuits en prières et qu'il priait longtemps (Lc 6,12). N'a-t-il pas voulu nous en donner l'exemple, en priant dans le temps, lui qui avec son Père exauce éternellement nos prières ?
« On dit qu'en Égypte, nos frères prient fréquemment, mais que leurs prières sont courtes et comme des élans du cœur vers le ciel, de peur que l'attention, si nécessaire à celui qui prie, ne finisse par s'émousser et s'éteindre dans des prières trop prolongées. Par là ils montrent aussi que, s'il ne faut pas fatiguer l'attention quand on voit qu'elle ne peut pas se prolonger, il ne faut pas non plus l'interrompre subitement quand elle peut se soutenir. Bannissons donc de l'oraison les nombreuses paroles ; mais prions beaucoup de cœur, si notre ferveur ne se ralentit pas. Parler beaucoup en priant, c'est faire une chose nécessaire par des paroles superflues. Prier beaucoup, c'est frapper longtemps avec un pieux mouvement du cœur à la porte de celui que nous prions ; la prière, en effet, consiste plus dans les gémissements et les larmes que dans de grands discours et de nombreuses paroles. Dieu met nos larmes en sa présence ; nos gémissements ne sont pas ignorés de celui qui a tout créé par sa parole et qui n'a pas besoin de nos paroles humaines. » (August. Epist. CXXX)
C'est ainsi que saint Augustin écarte de la prière l'intempérance des paroles. Cassien, à son tour, donne des règles de discrétion pour ces prières qui suivaient la divine psalmodie :
« Lorsque les solitaires se réunissent pour célébrer l'Office, tout le monde garde le plus profond silence ; et, dans cette multitude de frères, on n'entend que celui qui se lève pour réciter les psaumes : il semble que l'église est déserte. A la fin de la prière surtout, aucun gémissement, aucun bruit, aucune parole ne trouble les assistants et ne couvre la voix du prêtre qui récite l'oraison. »
Ainsi voit-on par ce texte comme trois phases distinctes : la psalmodie, la prière, la conclusion qui se fait par le prêtre. Or Cassien donne aussi des raisons pour que cette prière libre se termine sans longueur :
« Ceux au contraire qui prient d'une manière bruyante, ou qui montrent leur peu de ferveur, sont reconnus coupables d'une double faute. Ils profanent d'abord la prière, puisqu'ils l'offrent avec négligence à Dieu ; ils troublent ensuite par le bruit qu'ils font ceux qui les entourent et qui, sans eux, prieraient peut-être avec plus de recueillement. Aussi nos Pères nous recommandent-ils de terminer promptement la prière, de peur qu'en la prolongeant trop, nous ne soyons obligés d'en interrompre le recueillement. Il faut pouvoir la faire avec ferveur, en nous hâtant de la dérober aux pièges de l'ennemi. » (Cassien Inst. Livre II, Ch. X)
C'est ainsi que saint Benoît, précisant encore plus cette doctrine, dit dans sa Règle :
Et ideo brevis debet esse et pura oratio, nisi forte ex affectu inspirationis divinae gatiae protendatur. In conventu tamen omnimo breviatur oratio, et facto sino a priore, omnes pariter surgant.
"Prayer must wherefore be short and pure, unless the grace of divine inspiration leads us by affection to prolong it. Nevertheless, in community it should be very short; and the Superior having given the signal, let all rise at the same time." (Regul. Ch. XX)
Avec sa sobriété habituelle le saint Patriarche coupait court à tous les abus qui pouvaient s'insérer dans la prière commune. Mais loin de lui était la pensée qu'on pût réduire ce que nous appelons aujourd'hui l'oraison mentale à quelques instants ; car cette application intérieure à Dieu lui semblait devoir être le fond même de l'existence. Dans les grandes écoles de vie contemplative, on pensait que l'homme, pour se pénétrer des choses divines, devait s'en occuper constamment.
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