Feria V 9 Iulii 2026, Hebdomada XIV per annum,
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Livre : Madame Cécile Bruyère, la vie spirituelle et l'oraison

Ailleurs, le vénérable auteur donne quelques autres traits n...

Ailleurs, le vénérable auteur donne quelques autres traits non moins caractéristiques : « Celui qui arrive à cet état possède, avec la simplicité de l'innocence, la vertu de discrétion ; il peut exterminer les serpents les plus dangereux et fouler aux pieds le démon vaincu. Semblable au cerf spirituel par la ferveur de son âme, il se nourrit sur les hauteurs des prophètes et des Apôtres, et se rassasie de leurs plus sublimes mystères. Fortifié par cette céleste nourriture, il se pénétrera tellement des sentiments exprimés dans les psaumes, qu'il ne paraîtra plus les réciter de mémoire, mais les composer lui-même, comme une prière qui découle du fond de son cœur ; ou du moins il semblera qu'ils ont été faits spécialement pour lui. » (Ibid., Coll. IX, cap. xxxi.)
C'est de cette prière si élevée, que parlait saint Antoine, au témoignage du même Cassien : « Ce saint homme, rapporte-t-il, disait de la prière cette parole surhumaine et céleste : « Il n'y a pas de prière parfaite si le religieux s'aperçoit lui-même qu'il prie. » (Cassian., Coll. X, cap. xi. ) Ce qui veut dire que l'âme, tout entière occupée de son divin objet, n'a plus ces retours sur elle-même, que relève si finement saint François de Sales : « Car si Dieu leur donne le sacré repos de sa présence, ils le quittent volontairement pour voir comme ils se comportent en iceluy et pour examiner s'ils y ont bien du contentement, s'inquiétant pour savoir si leur tranquillité est bien tranquille, et leur quiétude bien quiète : si que, en lieu d'occuper doucement leur volonté à sentir les suavitéz de la présence divine, ils emploient leur entendement à discourir sur les sentiments qu'ils ont ; comme une espouse qui s'amuserait à regarder la bague avec laquelle elle a esté espousée, sans voir l'espoux qui la luy aurait donnée. » (Traité de l'amour de Dieu, liv. VI, chap. X. )
De telles infirmités n'appartiennent plus à cette haute région ; et Bossuet a bien raison, lorsque son génie lui fait dire : « Il semble que cette oraison, par sa grande simplicité, soit moins aperçue en elle-même que dans ses effets-. » (Instr. sur less états d'oraison, liv. II, 16.)
Saint Grégoire de Nysse dit que dans l'union consommée l'âme passe en Dieu, migrat in Deum, se mêle avec Dieu, permixta et contemperata. Saint Grégoire de Nazianze se sert de la même expression, purissimae luci commisceri. Saint Odon de Cluny appelle cette union le doux murmure de la parole dite en secret. Cassien trouve que l'âme y est si épurée, si spiritualisée qu'il ne l'appelle plus que attenuata mens, tant il reste en elle peu d'elle-même.
La grande prophétesse sainte Hildegarde a tracé dans son style inimitable le portrait de son âme, et jette ainsi une vive lumière sur les merveilles que Dieu peut accomplir dans un être humain, lorsqu'il se rend docile à sa grâce. Dans ce portrait, il est aisé de reconnaître la contemplation infuse dans ce qu'elle peut avoir de stable et dans ce qu'elle a aussi de nécessairement transitoire.
Voici ce que dit la glorieuse fille de saint Benoît : « Depuis mon enfance, avant que mes os, mes nerfs et mes veines se fussent affermis, jusqu'à ce temps où je suis plus que septuagénaire, je vois toujours en mon âme cette vision. Selon le bon plaisir de Dieu, mon âme tantôt monte dans les hauteurs du ciel et dans les diverses régions de l'air, tantôt se promène parmi des peuples différents, quoiqu'ils habitent des régions lointaines, des lieux inconnus. Et parce que je vois les choses en mon âme selon ce mode, je les considère aussi selon les vicissitudes diverses des nuages et des autres créatures. Ces choses, je ne les entends pas de mes oreilles, je ne les perçois point par les pensées de mon cœur, ni par l'action combinée de mes cinq sens ; je les vois seulement en mon âme, et les yeux de mon corps restent ouverts, car je n'ai jamais souffert la défaillance de l'extase ; je les vois, éveillée, le jour et la nuit. Souvent je suis immobilisée par les infirmités ; très souvent j'ai été accablée de maladies si graves que ma mort semblait imminente ; mais jusqu'à ce jour Dieu m'a soutenue.
« La lumière que je vois n'est pas locale, mais elle est infiniment plus brillante que la nuée qui enveloppe le soleil. Je ne puis considérer en cette lumière ni hauteur, ni longueur, ni largeur ; pour moi cette lumière se nomme l'ombre de la lumière vivante. Comme le soleil, la lune et les étoiles se réfléchissent dans les eaux, ainsi les écrits, les discours, les vertus et certaines œuvres humaines revêtues de formes, resplendissent pour moi dans cette lumière.
« Je garde longtemps la mémoire de tout ce que j'ai vu ou appris dans cette vision ; ainsi je me souviens en quel temps j'ai vu et entendu ; simultanément je vois, j'entends, je sais, et c'est en un instant que j'apprends ce que je sais. Ce que je ne vois pas en cette lumière, je l'ignore ; car je ne suis pas savante, j'ai seulement appris dans la simplicité la lecture des lettres. Ce que j'écris dans la vision, je le vois et l'entends ; je ne répète pas d'autres paroles que celles que j'entends ; j'exprime en mots latins dépourvus d'élégance ce que j'ai perçu dans la vision. Écrire comme les philosophes, on ne me l'enseigne pas dans cette vision ; les paroles de la vision ne ressemblent pas à ce que profère la bouche des hommes, elles sont comme une flamme brillante, comme un nuage léger qui se balance dans l'air pur.
« Il ne m'est pas plus possible de connaître la forme de cette lumière que de pénétrer parfaitement la sphère du soleil. En cette lumière, de temps à autre et non fréquemment, je vois une autre lumière qui pour moi se nomme la lumière vivante. Je ne puis dire quand et comment je la vois ; mais tandis que je la considère, toute tristesse, toute angoisse m'est enlevée, à tel point que, dépouillant les allures de la vieille femme, je prends alors celles d'une simple jeune fille.
« Mais à cause de l'infirmité continuelle que je souffre, ce m'est une fatigue d'exprimer les paroles et les visions qui me sont montrées. Cependant lorsque mon âme les voit en les goûtant, je suis changée à tel point que je mets en oubli toute douleur et toute tribulation, comme je viens de le dire. Ce que je vois et entends dans cette vision, mon âme le puise comme dans une fontaine, qui demeure pleine cependant, sans s'épuiser jamais.
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