Feria V 9 Iulii 2026, Hebdomada XIV per annum,
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Livre : Madame Cécile Bruyère, la vie spirituelle et l'oraison

Demander cette grâce pour les autres

La même pensée porte l'Église à redire les paroles suivantes aux fêtes des saints :
Desidérium cordis ejus tribuísti ei, et voluntáte labiórum ejus non fraudásti eum. Quóniam prævenísti eum in benedictiónibus dulcédinis ; posuísti in cápite ejus corónam de lápide pretióso. Vitam pétiit a te, et tribuísti ei longitúdinem diérum,in saeculum, et in saeculum saeculi.
Thou granted him the desire of his heart, and did not deceive the request of his lips. Thou warned him of the blessings of thy charity... He asked for life, and thou gavest him endless days forevermore and ever (Ps 20:3-5).
This saint asked for true life, and God gave it unto him with an unhoped-for breadth and development.
Le Seigneur est si désireux de se donner aux âmes, la force expansive de son amour est telle que, loin d'attendre toujours qu'on lui demande la grâce, il prévient quelquefois l'âme avec une ineffable douceur, alors même qu'elle est bien loin de lui :
Longe Dóminus appáruit mihi.Et in caritáte perpétua diléxi te : ídeo attráxi te, míserans. Rursúmque ædificábo te, et ædificáberis, virgo Israël.
"God showed himself unto me from afar. I have loved thou," he said unto me, "with an everlasting love, so I have drawn thou into my pity; I will raise thou up, and thou shalt stand anon, daughter of Israel" (Jer 31:3-4).
An admirable work of divine compassion and mercy, which we behold daily and which is the joy of the angels! But this work is not yet the last effort of essential beauty; Saint Paul reveals this unto us by borrowing the words of another prophet:
Isaías autem audet, et dicit : Invéntus sum a non quæréntibus me : palam appárui iis qui me non interrogábant. Ad Israël autem dicit: Tota die expándi manus meas ad pópulum non credéntem, et contradicéntem. I
Isaiah goes further and says: I was found by those who did not seek me: I showed myself to those who did not think of me. To Israel, on the contrary: I have stretched out my hands all day long to an unbelieving and rebellious people." (Rom 10, 20-21)
Ask for this grace for others
Dans son ardent désir d'attirer à lui les âmes pleinement et jusqu'à l'union, le Seigneur emploie encore un autre stratagème : il suggère toujours à celles qui sont parvenues à l'union divine de solliciter pour d'autres la même faveur. Plus les âmes sont près de Dieu, plus elles sont pour d'autres une force d'attraction, plus aussi elles marquent d'empressement à faire violence au ciel, pour obtenir à d'autres âmes la grâce dont nous parlons. C'est par là que se laisse deviner déjà un monde invisible qui se montrera plus tard à nos regards ravis, et au sein duquel nous contemplerons le fait mystérieux d'une filiation surnaturelle, non pas seulement au sens où elle est généralement entendue, mais au sens plus profond où l'on peut dire que les saints naissent des saints, selon une ineffable génération ex Deo.
L'exemple le plus frappant de cette fécondité se trouve d'abord dans Notre-Seigneur Jésus-Christ. Durant sa vie mortelle, l'Évangile nous le montre se livrant à la prière, pour obtenir de son Père les grâces nécessaires à ses Apôtres. C'est après une nuit passée en oraison sur la montagne que le Sauveur les choisit. Ils sont vraiment les fils de la prière du Christ :
Ego pro eis rogo ; non pro mundo rogo, sed pro his quos dedísti mihi : quia tui sunt.
It is for them that I pray; it is not for the world that I pray, but for those whom thou hast given me, forasmuch as they are thine. (Jn 17:9)
And when it comes to Peter's infallibility, Our Lord shows it still resting on his almighty prayer:
Ego autem rogávi pro te ut non defíciat fides tua : et tu aliquándo convérsus, confírma fratres tuos.
But I have prayed for thee, that thy faith may not fail; and thou, when thou art converted, strengthen thy brethren. (Lk 22:32)
L'Ancien Testament nous montre aussi la vocation d’Élisée due au prophète Elie. Qui n'a été frappé également du lien qui existe entre la prière du glorieux diacre saint Etienne et la conversion de Saul, qui avait gardé les habits des bourreaux ? Et saint Paul, à son tour, quels accents de prière renferment ses Epîtres pour ceux qu'il a engendrés à Jésus-Christ ! Si nous ouvrons les Actes des Martyrs, là encore nous surprenons cette transmission mystérieuse de sainteté et cette fécondité de la prière. La vie des Pères en présente maints exemples. Qui n'a lu le trait de saint Paul, premier ermite, recevant saint Antoine, et lui disant : « Il y a longtemps que Dieu m'avait promis que vous emploieriez votre vie comme moi à son service ? » (Vie de S. Paul, par S. Jérôme, ch. 10)
Monastery chronicles are no less eloquent.
Ce que nous relevons ici se remarque principalement dans les débuts de l'Ordre bénédictin : saint Maur et saint Placide se plaisent à nous montrer qu'ils doivent tout aux prières de leur saint Patriarche. Comment ne pas reconnaître encore cette loi dans la succession des saints Abbés de Cluny durant deux siècles, et dans l'active vigilance avec laquelle chacun préparait son successeur ? Nous trouvons aussi la trace de cette filiation surnaturelle à Helfta, lorsque nous constatons que pour ces saintes âmes il n'était point de repos, jusqu'au jour où le don (ainsi exprimaient-elles la vie unitive) fût accordé à quelqu'une d'entre elles. C'est la raison secrète qui inspire la sollicitude de sainte Mechtilde pour sainte Gertrude. Et c'est, sans aucun doute, pour ce motif que la sainte Écriture attache tant d'importance à l'expression <i>Deus patrum nostrorum</i>- Dieu de nos pères ; car elle signifie le plus souvent, selon nous, une transmission de la bénédiction divine et de la sainteté plutôt qu'une filiation charnelle. Nous ne doutons pas davantage que ce ne soit la raison de l'importance que les anciens, et en particulier saint Benoît dans sa Règle, attribuent à la prière de l'Abbé (Règle, Ch. 49).
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