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Livre : Madame Cécile Bruyère, la vie spirituelle et l'oraison
Saint Cyprien enseignait déjà cette sage retenue aux ardents...
Saint Cyprien enseignait déjà cette sage retenue aux ardents chrétiens de son Église : « Lorsque nous prions, que ce soit avec le calme de l'esprit et une crainte respectueuse. Rappelons-nous que nous sommes en la présence de Dieu, que nous devons chercher à lui plaire aussi bien par l'attitude du corps que par le son de la voix. Si le bruit et le retentissement des paroles annoncent l'impudence, la modestie et la décence conviennent à la prière. En un mot, le Seigneur nous recommande de prier en secret, dans les lieux écartés et dans l'intérieur de nos maisons elles-mêmes, ce qui est plus conforme à la foi. Par là nous reconnaissons que Dieu est présent partout, qu'il nous voit, qu'il nous entend, et que les solitudes les plus reculées sont pleines de sa majesté infinie.
« Faudra-t-il donc réveiller par des vociférations celui pour qui la pensée elle-même est sans voiles?... Nous voyons, au premier livre, des Rois, Anne, figure de l'Eglise, observer religieusement cette discipline. Au lieu d'invoquer l'Éternel par les éclats de la voix, elle lui adressait dans le sanctuaire de sa conscience une prière recueillie et modeste. Sa bouche était muette, mais sa foi était éloquente. Elle parlait à Dieu non de la voix, mais du cœur, parce qu'elle savait qu'il entend cette parole intérieure ; aussi l'efficacité de sa prière répondit-elle à l'ardeur de sa foi. » (Cypr., de orat. dom., n. 4-5.) Sainte Thérèse ne diffère en rien des anciens dans sa doctrine, et les derniers âges de l'Eglise répondent aux premiers.
Mais revenons au Seigneur, et apprenons de lui à préserver encore notre prière d'autres excès :
Orántes autem, nolíte multum loqui, sicut éthnici, putant enim quod in multilóquio suo exaudiántur. Nolíte ergo assimilári eis : scit enim Pater vester, quid opus sit vobis, ántequam petátis eum.
- When thou prayest, don't multiply thy words, like the pagans, who imagine that by the multitude of their words they will be heard. Do not be like them, for thy Father knows what thou need before thee ask him. (Mt 6, 7-8)
The Christian cannot, like the gentile, ignore to whom he is speaking; he must avoid in his prayer that overabundant flow of words which would betray in him ignorance of God; it is to ward off this error that the Master gives his disciples the formula for all our prayers:
Sic ergo vos orábitis : Pater noster, qui es in cælis, sanctificétur nomen tuum. Advéniat regnum tuum ; fiat volúntas tua, sicut in cælo et in terra. Panem nostrum supersubstantiálem da nobis hódie, et dimítte nobis débita nostra, sicut et nos dimíttimus debitóribus nostris. Et ne nos indúcas in tentatiónem, sed líbera nos a malo. Amen.
C’est donc ainsi que vous prierez : Notre Père, qui êtes aux Cieux, que Votre nom soit sanctifié ; que Votre règne arrive ; que Votre volonté soit faite sur la terre comme au Ciel. Donnez-nous aujourd’hui le pain qui nous est nécessaire, et remettez-nous nos dettes, comme nous les remettons nous-mêmes à ceux qui nous doivent ; et ne nous abandonnez pas à la tentation, mais délivrez-nous du mal. Ainsi soit-il. (Mt 6, 9-13)
Toute prière, toute oraison qui ne se rattache pas à quelqu'une des demandes du Pater ne peut avoir accès auprès de Dieu. Il importe donc que nous étudiions de près cette admirable formule qui, dans sa composition divine, renferme non seulement le secret de toute prière, mais encore celui de notre transformation en Dieu. C'est comme un diapason d'après lequel notre âme doit être accordée pour rendre au Seigneur la gloire qui lui est due; car ce ne sont pas des mots que notre Sauveur a voulu mettre sur nos lèvres, mais une prière vivante et agissante qu'il a déposée jusque dans les profondeurs de notre âme.
Aussi avec quelle solennité cette formule était-elle donnée aux catéchumènes dans la quatrième semaine de carême, alors que le baptême était proche, et qu'ils venaient recevoir, avec le symbole évangélique et la règle de croire, l'oraison dominicale et la loi de la prière ! Comment s'étonner que les Pères aient commenté cette formule avec complaisance? Tertullien en parle ainsi dans un traité de l'oraison : « Dans ce peu de paroles, combien d'oracles empruntés aux Prophètes, aux Evangélistes, aux Apôtres! Combien d'instructions de Notre-Seigneur ! Combien de paraboles, d'exemples, de préceptes! Combien enfin d'obligations exprimées ! Hommage rendu à Dieu par ce titre de Père; témoignage d'une foi vive qui demande la gloire de son nom ; acte d'une soumission filiale qui soupire vers l'accomplissement de sa volonté ; exercice de l'espérance qui appelle l'avènement de son règne; aveu de nos péchés dans le pardon sollicité ; remède aux tentations dans la protection divine dont nous implorons l'aide. Qu'y a-t-il d'étonnant ? Dieu seul a pu nous apprendre comment il voulait être prié. C'est donc lui qui, réglant la religion de la prière et l'animant de son esprit au moment où elle sortait de sa bouche, lui communique le glorieux privilège de monter au ciel, et de toucher le cœur du Père par les paroles du Fils. Dieu cependant, qui pourvoit aux nécessités humaines, après nous avoir légué séparément cette prière universelle, ajoute de plus : Demandez et vous recevrez. Chacun peut donc adresser au ciel différentes demandes selon ses besoins, mais en commençant toujours par l'oraison dominicale qui est la prière fondamentale » (Tertull., de orat. dom., Ch. IX-X)
Saint Cyprien commente, en les étendant, les mêmes pensées; comme Tertullien il démontre que tout est renfermé dans l'oraison sublime enseignée par le Verbe même de Dieu. Il est facile, pour s'en convaincre, de relire ces deux opuscules qui montrent si bien que les lois de la prière ont toujours été les mêmes dans l'Eglise. Nous y joindrons encore le témoignage de saint Augustin dans sa lettre à la sainte veuve Proba : « Parcourez ainsi toutes les prières qui sont dans les saintes Écritures, et je ne crois pas que vous puissiez y trouver quelque chose qui ne soit pas compris dans l'oraison dominicale. On peut, en priant, demander les mêmes choses en d'autres termes, mais on n'est pas libre de demander autre chose. » (Aug., Epist. CXXX, Ch. XII.)
Enfin Cassien, à son tour, tient le même langage : « La prière la plus parfaite et la plus élevée est celle qu'inspirent la contemplation de Dieu et l'ardeur de la charité, lorsque l'âme, absorbée dans l'amour qu'elle a pour son Créateur, lui parle tendrement et familièrement comme à un père. Celle que Notre-Seigneur a enseignée nous apprend que nous devons toujours tendre à cet état, puisqu'elle commence par ces mots : <em>Pater noster.</em> » (Cassien., Coll. IX, Ch. XVIII) Il est superflu de rappeler qu'au XVIème siècle la séraphique réformatrice du Carmel, dans son Chemin de la Perfection, use en la même manière de l'oraison dominicale.
Qu'il nous soit permis, après tant d'auteurs vénérables, de constater à quel point cette prière contient la règle de la perfection, aussi bien que celle de l'oraison. Car si elle commence par ces mots, Pater, parce que ceux qui la profèrent ont reçu l'Esprit d'adoption, et que c'est d'eux que parle Notre-Seigneur quand il dit :
Manifestávi nomen tuum homínibus, quos dedísti mihi de mundo ;
- I have revealed thy name unto the men thou hast given me from the midst of the world. Jn 17:6)
But it is no less true that, as far as its practical realization in our souls is concerned, this prayer begins with its last request. In fact, as this prayer works its effect in us and germinates there, so to speak, it begins by delivering us from evil; since it obtains for us not even to be tempted in a dangerous way, according unto the word of Our Lord:
Oráte ut non intrétis in tentatiónem
Pray that thou may not enter into temptation. (Mt 26:41)