Feria V 9 Iulii 2026, Hebdomada XIV per annum,
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Livre : Madame Cécile Bruyère, la vie spirituelle et l'oraison

CHAPITRE XV

CHAPITRE XV
De la contemplation.
L'homme a été créé pour connaître Dieu, l'aimer, le servir, et par ce moyen obtenir la vie éternelle. Ces trois actes ont entre eux un lien étroit, et conduisent ensemble l’homme à l'union avec le Seigneur, à cette union, nous l'avons dit, vers laquelle il doit tendre sans cesse pour correspondre aux desseins de Dieu sur sa créature intelligente. L'amour engendre la perfection dans le service de Dieu : Si dilígitis me, mandáta mea serváte - Si vous m’aimez, gardez mes commandements ; (Jn 15,15) mais l'amour naît lui-même de la connaissance : Jam non dicam vos servos : quia servus nescit quid fáciat dóminus ejus. - Je ne vous appellerai plus serviteurs, parce que le serviteur ne sait pas ce que fait son maître. (Jn 15,15)
Un des reproches les plus sévères que Notre-Seigneur Jésus-Christ ait adressé à ses Apôtres est celui-ci : Tanto témpore vobíscum sum, et non cognovístis me ? - Il y a si longtemps que je suis avec vous, et vous ne me connaissez pas ?  (Jn 14,9) Reproche trop fondé, car le Seigneur avait mis tout en œuvre pour les instruire. Au dernier jour, ce reproche sera encore la condamnation de plusieurs, alors que celui qui est la Vie éternelle et la lumière des hommes apparaîtra dans toute sa gloire, et de nouveau pourra dire que cette lumière a lui dans les ténèbres, et que les ténèbres ne l'ont pas comprise (Ibid. 1,5).
On devine déjà la fonction de la contemplation dans la vie surnaturelle : elle nous élève à la connaissance de Dieu. Tout chrétien est appelé à contempler Dieu dès ici-bas. Adam sortant des mains du Créateur nous est montré avec le don d'une contemplation très haute et très sublime qui, s'il n'eût péché, fût demeuré en lui comme l'aube naissante de la lumière de gloire. Même depuis la faute, tous les saints de l’Ancien Testament nous apparaissent comme de grands contemplatifs ; et, de peur que nous n'ayons la tentation de penser que le temps consacré à cet exercice équivaut à l'oisiveté, Notre-Seigneur a enseigné positivement que ceux qui se livrent à la contemplation choisissent la meilleure part.
Saint Paul désignait évidemment les âmes contemplatives, quand il disait aux Corinthiens :
Nos vero omnes, reveláta fácie glóriam Dómini speculántes, in eámdem imáginem transformámur a claritáte in claritátem, tamquam a Dómini Spíritu. - Et nous tous, qui contemplons la gloire du Seigneur à visage découvert, nous sommes transformés en la même image, de clarté en clarté, comme par l'Esprit du Seigneur. (2 Cor 3,18).
Il assignait ainsi à la contemplation la place qui lui revient dans l'œuvre du perfectionnement de nos âmes. Les Pères font écho aux Apôtres ; et pour n'en citer qu'un seul, saint Athanase va jusqu'à attribuer le premier péché à une interruption dans l'exercice de la contemplation : « Pendant que le premier homme s'est appliqué à Dieu, dit-il, et qu'il a contemplé la divinité, il a détourné sa vue et s'est éloigné de toutes les choses corporelles ; mais dès que, cédant à la persuasion du serpent, il cessa de penser à Dieu et de le contempler, qu'il commença à s'appliquer à la considération de lui-même; dès lors il se laissa emporter à la cupidité des choses de la terre, et il connut qu'il était nu, non pas tant par le défaut d'habits, que parce qu'il était privé de la contemplation des choses divines. Ensuite il porta son esprit à des choses opposées à celles de Dieu, car il n'eut pas plus tôt abandonné la contemplation de son Créateur, qu'il se précipita dans le désir désordonné des choses de la terre-. » (Athan. Contra Gent. init)
D'après cette doctrine, la vie de Notre-Dame, pour être très parfaite, ainsi qu'elle le fut, ne pouvait être qu'une vie contemplative, et c'est ce que nous indique le récit évangélique : María autem conservábat ómnia verba hæc, cónferens in corde suo. - . Or Marie conservait toutes ces choses, les repassant dans son cœur. (Lc 2,19) L'abbé de Cluny, saint Odilon, disait en parlant de la très sainte Vierge : Se totam contulit divinae speculationi. « Elle s'appliquait tout entière à la divine contemplation. » (Serm. XII in Assumt. B.M.V) Les Apôtres eux-mêmes constituèrent séparément le ministère des diacres, pour pouvoir vaquer à la prière autant qu'au ministère de la parole : Nos vero oratióni et ministério verbi instántes érimus. - Pour nous, nous nous appliquerons entièrement à la prière et au ministère de la parole. (Act 6,4) Ce qui n'excluait certainement pas les diacres de la contemplation, ainsi que le démontre la mort du glorieux saint Etienne, précédée de l'admirable vision qu'il décrit lui-même : Ecce vídeo cælos apértos, et Fílium hóminis stantem a dextris Dei. - Voici que je vois les cieux ouverts, et le Fils de l'homme debout à la droite de Dieu. (Act 7,55) Quant aux Apôtres, leurs immenses sollicitudes ne parvenaient pas à les éloigner jamais de l'entretien avec Dieu. La vision de saint Pierre à l'heure de Sexte, au moment même de la vocation du centurion Cornélius, l'aveu que saint Paul nous fait de la grandeur des révélations qu'il reçut dans son commerce intime avec Dieu, tout cela nous montre bien que ces colosses de sainteté vivaient de la plus liante contemplation. Saint Augustin dit en parlant de saint Jean : Lucis aeternae fixis oculis contemplator. « Il regardait fixement l'éternelle beauté. » (Comm. Sur S. Jean traité XXXVI) Et lorsque son âge avancé lui eût interdit d'étendre, par le ministère de la prédication apostolique, le royaume de son Maître, alors le fruit de sa contemplation devint le trésor de l'Église universelle.
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