Feria V 9 Iulii 2026, Hebdomada XIV per annum,
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Livre : Madame Cécile Bruyère, la vie spirituelle et l'oraison

Le Christ, son Sauveur et son médecin, veut tout d'abord lui...

Le Christ, son Sauveur et son médecin, veut tout d'abord lui montrer sa plaie pour la guérir. C'est par la partie supérieure de son âme que l'homme peut s'unir à Dieu ; c'est par elle qu'il peut retrouver le sceptre que Dieu lui avait donné dès le commencement pour régir et gouverner la partie inférieure de son être et toutes les créatures visibles. Qui praesit piscibus maris, et volatilibus caeli, et bestiis, universaeque terrae, omnique reptili, quod movetur in terra. -  Qu'il commande aux poissons de la mer, aux oiseaux du ciel, aux bêtes, à toute la terre, et à tous les reptiles qui se remuent sous le ciel. (Gn 1,26) Le Seigneur vient donc rétablir l'ordre ; il vient arracher l'humanité à la vie des sens et au joug des passions,, affranchir l'intelligence, principe immortel qui doit présider à toutes nos opérations, puis s'unir à cette intelligence pour être sa couronne de gloire, selon l'enseignement de l'Apôtre : Volo vos scire quod omnis viri caput, Christus est : caput autem mulieris, vir : caput vero Christi, Deus. -  « Je veux que vous sachiez que le Christ est le chef de tout homme, que l'homme est le chef de la femme, et que Dieu est le chef du Christ . »(1 Cor 11,3) Dieu ne consent plus à traiter avec la partie inférieure de nous-mêmes ; il ne veut pas se révéler à nos sens ou briller devant notre imagination ; c'est ce que dit encore l'Apôtre : Animalis homo non percipit ea quae sunt Spiritus Dei « L'homme animal ne perçoit pas les choses qui sont de l'Esprit de Dieu. » (1Cor 2,14)
Et ce procédé.sépare profondément l'ancienne alliance de la nouvelle. Multifariam, multisque modis olim Deus loquens patribus in prophetis : novissime, diebus istis locutus est nobis in Filio, quem constituit haeredem universorum, per quem fecit et saecula. « Dieu ayant parlé autrefois à nos pères, en divers temps et en différentes manières, par les prophètes, nous a parlé, en ces derniers temps, par son Fils qu'il a établi héritier de toutes choses, et par lequel il a fait les siècles. » (Hebr 1,1-2)
L'ancienne alliance offrait à l'humanité des figures qui s'adressaient aux sens : Haec autem omnia in figura contingebant illis : scripta sunt autem ad correptionem nostram, in quos fines saeculorum devenerunt. « Or toutes ces choses qui leur sont arrivées sont des figures, et elles ont été écrites pour notre instruction, à nous qui nous trouvons à la fin des temps. » (1Cor 10,11). La nouvelle alliance s'ouvrant avec le Christ médiateur et pontife apportait un procédé nouveau pour aller à Dieu, ainsi que Notre-Seigneur Jésus le dit lui-même à la Samaritaine : Mulier, crede mihi, quia venit hora, quando neque in monte hoc, neque in Jerosolymis adorabitis Patrem. - Femme, crois-moi, l'heure vient où ce ne sera ni sur cette montagne, ni à Jérusalem, que vous adorerez le Père. Cette heure mystérieuse que le Christ annonce est celle de sa vie humaine, durant laquelle il enseigne à l'homme les seules réalités, alors qu'il n'y aura plus à adorer le Père ni sur le mont Garizim ni à Jérusalem, mais bien intérieurement, dans le temple intime du cœur et de l'intelligence. Et selon la parole de saint Augustin : Si forte quaeris aliquem locum altum, aliquem locum sanctum, in te exhibe te templum Deo. Templum Dei sanctum est quod estis vos. In templo vis orare? In te ora. Sed prius esto templum Dei, quia ille in templo suo exandiet orantem. « Si vous cherchez quelque lieu élevé, quelque endroit consacré, offrez à Dieu un temple dans votre intérieur, car le temple de Dieu est saint, et c'est vous qui êtes ce temple. Vous voulez prier dans un temple, priez-en vous-même. Mais commencez par devenir le temple de Dieu, parce qu'il exaucera celui qui le prie dans son temple. » August., In Job.., tract. XV, cap. iv, 25.
C'était trop peu encore pour le Seigneur d'avoir révélé à l'humanité la caducité de la première alliance ; il voulait lui ouvrir les splendeurs durables de la seconde. Venit hora, et nunc est, quando veri adoratores adorabunt Patrem in spiritu et veritate. Nam et Pater tales quaerit, qui adorent eum. Spiritus est Deus : et eos qui adorant eum, in spiritu et veritate oportet adorare. L'heure vient, et elle est déjà venue, où les vrais adorateurs adoreront le Père en esprit et en vérité; car ce sont de tels adorateurs que cherche le Père. Dieu est esprit, et il faut que ceux qui L'adorent L'adorent en esprit et en vérité. (Jn 4,23-24)
Tel est le mystérieux secret des nouvelles relations de l'humanité avec Dieu son Créateur. Ce n'est point une promesse, nunc est : le moment de la réalisation est arrivé, la plénitude de la vie surnaturelle va se répandre ici-bas, et le signe auquel on reconnaîtra la race nouvelle, c'est à sa manière d'adorer Dieu.
Qu'est-ce qu’adorer Dieu en esprit et en vérité ? Cette question qui se pose la première et qui est vitale pour l'humanité, demande à être élucidée exactement.
Comme tout ce qui devait s'épanouir dans le Nouveau Testament, cette parfaite adoration et les vrais adorateurs ont été marqués et annoncés dans l'Ancien Testament. Comme un architecte savant. Dieu a prévu ce qu'il voulait faire, et il a posé les pierres d'attente. Moïse a été un vrai adorateur, et le Seigneur lui-même, ayant fait venir devant le tabernacle Aaron et sa sœur Marie, leur en donna les raisons : Audite sermones meos : si quis fuerit inter vos propheta Domini, in visione apparebo ei, vel per somnium loquar ad illum. At non talis servus meus Moyses, qui in omni domo mea fidelissimus est : ore enim ad os loquor ei : et palam, et non per aenigmata et figuras Dominum videt. Ecoutez Mes paroles. S'il se trouve parmi vous un prophète du Seigneur, Je lui apparais en vision, ou Je lui parle en songe. Mais il n'en est pas ainsi de Moïse, qui est Mon serviteur très fidèle dans toute Ma maison; car Je lui parle bouche à bouche, et il voit le Seigneur clairement, et non sous des énigmes et sous des figures. (Nb 12, --8).
Le Seigneur établit clairement ici la ligne de partage qui existe entre ses serviteurs ordinaires, même ceux qu'il prévient de ses faveurs, et le vrai adorateur en esprit et en vérité.
La tradition chrétienne tout entière a reconnu et défini cet état : elle a signalé aux désirs de tous la sainte ambition d'être comptés parmi ces adorateurs éminents et désirés du Père. Nous n'en n’apporterons que deux exemples. Saint Cyrille d'Alexandrie, qui a consacré tout un traité sur l'adoration en esprit et en vérité, dit en commentant ce passage de l'Évangile : Spiritalis adorator gratus est, qui non forma et figuris judaicis ad pietatem obumbratur, sed evangelica virtute fulgens, recta dogmatum disciplina, veram peragit adorationem. « L'adorateur spirituel agréable à Dieu est celui qui, n'enveloppant point sa piété des ombres et des figures du culte judaïque, mais brillant de l'éclat des vertus évangéliques, accomplit la véritable adoration dans une fidèle observance des préceptes divins » (Cyrill. Alex., Sup. Evan. Johann., lib. II, cap. xcii)
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