Feria V 9 Iulii 2026, Hebdomada XIV per annum,
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Livre : Madame Cécile Bruyère, la vie spirituelle et l'oraison

L'adoration est l'acte le plus noble que puisse accomplir un...

L'adoration est l'acte le plus noble que puisse accomplir une créature intelligente et libre ; c'est la forme de l'amour divin faisant retour à Dieu dans un esprit créé ; c'est l'hommage de soumission, de sujétion et d'obéissance parfaite, offert par l'être contingent à l'être nécessaire. C'est encore un acte de donation solennelle, et comme une reconnaissance universelle du souverain domaine de Dieu dans un très parfait holocauste.
Mais l'adoration en esprit et en vérité est encore quelque chose de plus ; c'est la seule réponse de l'intelligence à la révélation que Dieu fait de lui-même dans l'unité de son essence et la trinité des personnes. Un tel acte n'est possible qu'à l'âme baptisée au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit. C'est à celle-là que saint Athanase disait : Oportet adorare Deum, scilicet Patrem in veritate, id est, in Filio et in Spiritu Sancto, hoc est, oportet adorare Deum trinum et unum, oportet adorare sanclam Trhiitatem ac tres ejus personas. « Il faut adorer Dieu, à savoir le Père dans la vérité, c'est à-dire dans le Fils et dans l'Esprit-Saint ; adorer Dieu trine et un, adorer la sainte Trinité, Dieu en trois personnes. » (Epist. ad Serapionem) L'acte d'adoration en esprit et en vérité, rendu possible au chrétien par son baptême, ne le fait cependant adorateur que si cette adoration n'est pas en lui un acte fugitif et rare, mais une disposition presque permanente et une sorte d'état professionnel et d'attitude constante.
Le vrai adorateur est celui dont l'âme, affranchie de toute multiplicité, revenue à la simplicité parfaite, est parvenue à s'accorder elle-même dans une harmonie sans aucune dissonance, ayant effacé par un effort soutenu tout partage, toute division, toute contradiction, pour rentrer dans l'unité première de son être. L'âme simple n'a qu'un regard, un amour, une intention, une prétention, une fin : un regard, elle ne voit que Dieu ; un amour, elle n'aime que Dieu ; une intention, elle ne tend qu'à Dieu ; une prétention, contenter Dieu ; une fin, posséder Dieu. Elle ne connaît ni les retours sur le passé, ni les prévoyances inquiètes de l'avenir ; elle concentre paisiblement toutes ses forces dans l'unité de l'heure présente ; et dans le moment présent, elle ne voit que l'unité du bon plaisir de Dieu. L'âme simple vit dans un heureux détachement et dans une admirable indifférence : les temps, les lieux, les emplois, les succès, enfin les événements, quels qu'ils soient, ne troublent jamais la paix et la sécurité que lui donne le total abandon d'elle-même au bon plaisir de Dieu.
C'est pour indiquer cette forme d'unité et de simplicité, qui est la restauration suprême de l'homme dans l'intégrité où Dieu l'avait établi en le créant, que les âmes saintes sont, dans l'Ecriture, désignées souvent sous le nom de colombes et de vierges. C'est à ce point de restauration que la vie entière devient un hommage continuel d'adoration envers la très sainte et très tranquille Trinité.
Le vrai adorateur est donc celui qui, ayant écarté de sa vie toute autre sollicitude, vit devant Dieu, à l'abri des craintes et des passions humaines : Abscondes eos in abscondito faciei tuae – Vous les cacherez dans le secret de votre face (Ps 30,21). Il n'a plus d'autres obscurités que celles de la foi, mais d'une foi pure, qui faisait dire à saint Laurent avec fierté : Mea nox obscurum non habet; sed omnia in luce clarescunt. « Ma nuit n'a rien d'obscur : tout y brille d'une vive lumière. » La foi du vrai adorateur devient sa vie. Dieu, Père, Fils et Saint-Esprit, s'empare de toute son activité, la dirige et la gouverne si bien, qu'appliqué par Dieu à des devoirs ou à des missions multiples, il ne fait cependant qu'une seule œuvre qui est celle de l'adoration.
C'est bien à lui que peut s'appliquer cette belle sentence de saint Nil, dans son livre de la prière : Si theologus es, vere orabis ; et si vere oraveris, eris theologus. « Si vous êtes théologien, vous prierez véritablement ; et si vous priez vraiment, vous êtes théologien. » Et comment ne serait-il pas théologien celui qui vit en face de Dieu, et dont l'activité intérieure est ordonnée par Dieu, subordonnée à Dieu, dirigée toute vers lui ? Son état est encore décrit par le même saint abbé, lorsqu'il dit : Status orationis est habitus absque passione, amore summo ad celsitudinem intelligibilem rapiens mentem sapientem et spiritalem. « Cet état, ce repos est une habitude tranquille de l'oraison qui, dans un amour puissant, emporte l'âme spirituelle dans les hauteurs de Dieu. »
Tous les anciens Pères ont reconnu dans les vrais adorateurs ceux qui ont atteint le sommet de la vie surnaturelle ; leur baptême est comme tout entier en acte : ils opèrent beaucoup moins par ce qu'ils font que par ce qu'ils sont devenus. Ramenée à une unité parfaite, leur âme va vers Dieu par un procédé moins humain qu'angélique : Ubi erat impetus spiritus, illuc gradiebantur, nec revertebantur cum ambularent. - Ils allaient où l'Esprit les poussait, et ils ne se retournaient point en marchant. (Ez 1,12) C'est ce que dit encore saint Nil : Cupis orare? Transferendo te hinc, conversationem jugiter in cœlis habe, non nudo verbo simpliciter, sed acto angelico et diviniore cognitione. « Désirez-vous prier ? Fuyez la terre, et que désormais votre conversation soit dans le ciel non seulement par le simple entretien de la prière, mais par des actes vraiment angéliques et par l'intelligence toujours plus élevée des choses divines. » Appliqués immédiatement à Dieu, les vrais adorateurs doivent s'efforcer de mouvoir et d'attirer vers Dieu, comme il est dit des bienheureux esprits qui vivent devant lui, tous ceux qui ont encore besoin des symboles, ceux qui n'ont pas encore su s'affranchir de la chair, des sens et des passions, et demeurent encore partagés dans les commencements de leur vie surnaturelle.
Ces adorateurs. Dieu le Père les recherche, il se glorifie de les avoir obtenus ; car étroitement unis à son Fils unique, ils poursuivent et achèvent son œuvre sur la terre avec une force et une vigueur supérieures. C'est vraiment d'eux que parle saint Denys quand il dit que « la perfection des membres de la hiérarchie est de s'approcher de Dieu par une courageuse imitation, et, ce qui est plus sublime encore, de se rendre ses coopérateurs, comme dit la parole sainte : Dei enim sumus adjutores - Car nous sommes les coopérateurs de Dieu (1Cor 3,9), et de faire éclater en eux, selon leur force propre, les merveilles de l'action divine. » (De cael. Hier., cap. iii).
C'est encore aux vrais adorateurs en esprit et en vérité que peut s'appliquer ce passage du même auteur, parlant des intelligences angéliques : « Elles sont inondées d'une lumière qui surpasse toute connaissance spirituelle, et admises, autant que leur nature le permet, à la vision de cette beauté suréminente, cause et origine de toute beauté, et qui reluit dans les trois adorables personnes ; elles jouissent de l'humanité du Sauveur autrement que sous le voile de quelques figures où se retracent ses augustes perfections ; car, par le libre accès qu'elles ont auprès de lui, elles reçoivent et connaissent directement ses saintes lumières ; enfin il leur est donné d'imiter Jésus-Christ d'une façon plus relevée, puisqu'elles participent, selon leur capacité, au premier écoulement qui se fait de ses vertus divines et humaines. » (De cael. Hier., cap. vii).
Et de peur qu'on ne nous reproche d'attribuer faussement à l'homme ce qui est le privilège unique de l'ange, nous emprunterons encore ces lignes au glorieux Aréopagite : « Il y a parmi nous, dit-il, des esprits appelés à une semblable grâce, autant qu'il est possible à l'homme de se rapprocher de l'ange : ce sont ceux qui, par la cessation de toute opération intellectuelle, entrent en union intime avec l'ineffable lumière. » (De Nom. Divin., cap i). Ce sont les vrais adorateurs qui adorent en esprit et en vérité ; ceux-là prennent à la lettre et exécutent l'ordre de l'apôtre saint Paul : Estote ergo imitatores Dei, sicut filii carissimi, et ambulate in dilectione, sicut et Christus dilexit nos, et tradidit semetipsum pro nobis, oblationem et hostiam Deo in odorem suavitatis. « Soyez les imitateurs de Dieu, comme ses enfants bien-aimés, et marchez dans la charité comme Jésus-Christ jious a aimés et s'est livré lui-même pour nous, s'offrant à Dieu comme une oblation et une victime d'agréable odeur. » (Eph 5, 1-2)
Ceux-là sont les vrais adorateurs que recherche le Père céleste, après avoir mis toute son industrie divine à les former et à les façonner. Car, si au commencement l'auguste Trinité avait paru se recueillir pour opérer la création de l'homme, dans cette recréation où le premier ouvrage est repris et comme perfectionné, Dieu, un en substance et trine en personnes, fait une œuvre encore plus admirable et plus glorieuse, où son auguste image et ressemblance apparaît plus fidèlement imprimée et plus noblement reproduite.
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