Feria V 9 Iulii 2026, Hebdomada XIV per annum,
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Livre : Madame Cécile Bruyère, la vie spirituelle et l'oraison

Le sanctuaire intime de l'âme a aussi un autel qui est notre...

Le sanctuaire intime de l'âme a aussi un autel qui est notre cœur. Sur cet autel s'offrent et se consument les holocaustes, l'hostie pour le péché ; car c'est là que sont vraiment consommés tous les actes de l'âme, ceux qui la purifient et la justifient, jusqu'au parfait sacrifice qui est la consommation en Dieu. C'est sur cet autel que s'offre l’homme, d'après le souhait de saint Paul : Ut exhibeatis corpora vestra hostiam viventem, sanctam, Deo placentem, rationabile obsequium vestrum. - offrir vos corps comme une hostie vivante, sainte, agréable à Dieu; ce sera votre culte raisonnable (Rm 12,1); ou selon le texte grec qui rentre mieux encore dans notre pensée : spirituale holocaustum vestrum. Et cette hostie est d'autant plus agréable à la souveraine majesté que toute offrande véritable est incluse dans le propre sacrifice de l'Agneau : Una enim oblatione, consummavit in sempiternum sanctificatos. - Par une seule oblation, il a amené à la perfection pour toujours ceux qui sont sanctifiés. (Heb 10,14) C'est donc toujours l'union étroite avec l'éternel sacrifice qui, en même temps qu'il réjouit le ciel, se renouvelle sans cesse sur la terre, opérant d'une manière continue la sanctification des hommes.
L'âme accompagne son sacrifice de l'encens de la prière, et elle peut dire : Sicut cinnamomum et balsamum aromatizans odorem dedi; quasi myrrha electa dedi suavitatem odoris. - J'ai répandu mon parfum comme la cannelle et le baume le plus précieux, et une odeur exquise comme la myrrhe de choix. (Eccli 24,20). Là encore l'âme humaine ne sépare pas son encens de celui que le Seigneur Jésus brûle en présence de son Père : Per ipsum ergo offeramus hostiam laudis semper Deo, id est, fructum labiorum confitentium nomini ejus. - Offrons donc par Lui sans cesse à Dieu un sacrifice de louange, c'est-à-dire, le fruit de lèvres qui confessent Son nom. (Hebr 13,15) Et le parfum céleste de la prière doit être brûlé avec tant de profusion dans le sanctuaire que tous les abords en soient embaumés ; car c'est en ce sens que l'Épouse dit au Cantique sacré : Manus meae stillaverunt myrrham, et digiti mei pleni myrrha probatissima. - De mes mains a dégoutté la myrrhe, et mes doigts étaient pleins de la myrrhe la plus précieuse. (Ct 5,5) Il n'est pas jusqu'à ses vêtements qui n'en soient imprégnés à tel point que, si on les retire des coffrets d'ivoire où ils sont enfermés, ils répandent ce parfum qui ne ressemble en rien aux odeurs profanes : Myrrha, et gutta, et casia a vestimentis tuis, a domibus eburneis -. La myrrhe, l'aloès et la casse s'exhalent de vos vêtements, des palais d'ivoire (Ps 44,9) L'Epouse est si pénétrée de ce parfum que ceux qui la voient s'écrient : Quae est ista quae ascendit per desertum sicut virgula fumi ex aromatibus myrrhae, et thuris, et universi pulveris pigmentarii? -  Quelle est celle-ci, qui monte du désert comme une fumée légère des aromatees de myrrhe, d'encens, et de toutes sortes de parfums ? (Ct 3,6) Ainsi l'esprit de prière pénètre toutes les vertus de l'âme, et constitue un hommage très noble dont l'odeur de suavité monte sans cesse vers le ciel. Un temple, un sanctuaire, un autel, une hostie, la présence même du Dieu vivant et véritable ne suffisent pas pour le culte liturgique, il faut de plus un pontife. Or l'homme est vraiment prêtre, vraiment pontife dans l'auguste fonction qui se célèbre au sanctuaire de son âme : Fecisti nos Deo nostro regnum, et sacerdotes - Vous nous avez faits rois et prêtres pour notre Dieu (Apc 5,10).  Tout baptisé est prêtre et roi dans le temple secret de son âme, bien qu'il ne soit lui-même qu'une seule pierre vivante de l'édifice bâti de main divine, dont le Seigneur Jésus est la pierre angulaire. Telle est la doctrine qu'enseigne le prince des Apôtres dans sa première Epître : Ipsi tamquam lapides vivi superaedificamini, domus spiritualis, sacerdotium sanctum, offerre spirituales hostias, acceptabiles Deo per Jesum Christum. « Vous aussi, comme autant de pierres vivantes, laissez-vous édifier dessus, pour former la maison spirituelle, le sacerdoce saint, offrant à Dieu des hosties spirituelles qui lui soient agréables par Jésus-Christ. » (1P 2,5)
Mais pour réaliser toute la perfection de ce sacerdoce, l'homme doit offrir volontairement et librement son sacrifice, à l'exemple du Pontife éternel, que nous entendons insister lui-même sur le caractère entièrement libre de son oblation : Nemo tollit eam a me : sed ego pono eam a meipso, et potestatem habeo ponendi eam, et potestatem habeo iterum sumendi eam. - Personne ne me l'ôte, mais je la donne de moi-même. J'ai le pouvoir de la donner, et j'ai le pouvoir de la reprendre. (Jn 10,18) Cette liberté qui le montre véritablement prêtre avait été comprise par Isaïe, quand il disait : Oblatus est quia ipse voliut - Il a été offert parce que lui-même l'a voulu. (Is 53,7) Ainsi en doit-il être de l'homme dont la volonté est appelée à servir d'auxiliaire à la grâce. Dieu ne voulant rien recevoir de lui par force et par violence, mais attendant une offrande volontaire et joyeuse : Voluntarie sacrificabo tibi – Je vous offrirai volontairement le sacrifice (Ps 53,8).
Les cithares que saint Jean a entendues dans le ciel résonnent aussi dans ce temple nouveau ; ce sont les sentiments si divers qui éclatent sans cesse dans l'âme humaine et forment le plus beau concert, l'harmonie la plus suave, quand le souffle divin seul les met en mouvement. Elles sont justes et puissantes, ces cordes, lorsqu'aucune poussière ne les ternit, lorsqu'elles sont tendues avec précision, lorsque nul souffle étranger ne vient contredire le Spiritus Domini. Alors quelle musique vivante et sublime, quel véritable écho du Verbe !
Aux harmonies des cithares vient se joindre l'exactitude du cérémonial, quand les mouvements de l'âme sont bien réglés et qu'ils obéissent sans résistance au divin moteur qui est le Saint-Esprit. La formule de ce céleste cérémonial est dans la devise même de l'Épouse : Ordinavit in me caritatem - il a réglé en moi la charité (Ct 2,4); son expression extérieure s'appelle la mesure parfaite et la discrétion, mater virtutum (mère de vertu) (Regul., cap lxiv).
Ainsi l'âme rend à Dieu un culte vraiment achevé, lorsqu'elle atteint la consommation de la charité. Jusque-là il manque toujours quelque chose à la fonction liturgique célébrée dans son temple, soit que l'âme ne pénètre pas dans le sanctuaire, ou que l'hostie manque de la valeur requise, ou bien encore que la volonté du prêtre soit imparfaite, l'encens trop rare ou de bas prix, les cithares mal accordées, les cérémonies accomplies sans précision ou sans intelligence.
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