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Livre : Madame Cécile Bruyère, la vie spirituelle et l'oraison
CHAPITRE XI
CHAPTER XI
Meditation.
Nous comprenons sous cette dénomination générale de méditation toute forme d'oraison mentale, dans laquelle l'âme s'élève à Dieu par le travail de la réflexion et la voie du discours. Bien qu'elle ne renferme encore que les premiers éléments de l'oraison, la méditation est pourtant déjà un des moyens les plus sûrs d'entrer dans la vie spirituelle.
Dans l'admirable règle de bien vivre que nous trouvons au psaume CXVIIIème, il est une pensée qui revient sans cesse :
Nisi quod lex tua meditátio mea est, tunc forte periíssem in humilitáte mea. Mirabília testimónia tua : ídeo scrutáta est ea ánima mea. Vocem meam audi secúndum misericórdiam tuam, Dómine, et secúndum judícium tuum vivífica me.
If I had not meditated on thy law, I might have perished in my humiliation. Thy testimonies are admirable; so my soul studies them (carefully). My eyes have gone before the dawn, turning unto thee (at daybreak) to meditate on thy words. (Ps 118, 92.129.148)
L'Écriture abonde en témoignages sur ce point : le premier des psaumes fait consister le bonheur de l'homme dans la méditation de la loi de Dieu :
Beátus vir … in lege Dómini volúntas ejus, et in lege ejus meditábitur die ac nocte…. fructum suum dabit in témpore suo.
Blessed is the man ... whose heart is set on the law of the Lord, and who meditates on this law day and night ... who will bear fruit in his own time (Ps. 1, 2-3).
Saint Paul, parlant à son cher Timothée du sacrement de l'ordre qu'il a reçu, lui fait cette recommandation :
Hæc meditáre, in his esto : ut proféctus tuus maniféstus sit ómnibus.
Meditate on these things, be all in them, so that thy progress may be manifest to all. (1 Tim 4:15)
Enfin, pour citer encore un document plus ancien, il est écrit d'Isaac, fils de la femme libre, qu'à la veille des noces il s'en allait par la campagne méditant, près de ce puits mystérieux du Vivant et du Voyant : c'était bien là le symbole de la façon laborieuse et relativement parcimonieuse, selon laquelle la grâce était obtenue dans l'ancienne loi ; il y avait loin, en effet, de ce puits au fleuve impétueux qui réjouit la cité sainte :
Eo autem témpore deambulábat Ísaac per viam quæ ducit ad púteum, cujus nomen est Vivéntis et vidéntis … et egréssus fúerat ad meditándum in agro, inclináta jam die.
At the same time, Isaac was walking along the path that leads unto the well called the well of the living and the seeing, for he lived in the land of the south. He had gone out into the field to meditate, as the day was waning (Gen 24, 62.63).
C'est une loi de notre nature elle-même que la réflexion lui soit imposée, La réflexion, c'est-à-dire la méditation naturelle, est nécessaire à l'homme, lorsqu'il veut entreprendre une œuvre quelconque, fixer ses pensées, les approfondir, les coordonner. La méditation est encore un moyen de surexciter des sentiments énergiques ; et David ne manque pas de le remarquer :
Concáluit cor meum intra me ; et in meditatióne mea exardéscet ignis.
My heart was warmed within me, and whilst I pondered, a fire was kindled (Ps 38:4).
Si tel est le procédé selon lequel nos pensées prennent du corps et de la fermeté dans l'ordre purement naturel, pourquoi l'homme n'emploierait-il pas cette faculté pour saisir la vérité que Dieu a daigné lui révéler, et la graver fortement dans son cœur ? Quel plus saint objet de réflexion que les mystères ? Quel emploi plus noble de l'intelligence et de la volonté humaines que de les appliquer à regarder et à saisir le bien, le beau et le vrai ?
Ce serait de plus une étrange erreur de croire que toutes les âmes, sans se faire aucune violence et sans s'imposer aucun travail, détourneront leur pensée des inutilités ou parviendront à la retirer du tumulte des choses extérieures. Une des traces les plus profondes du péché originel est cette incapacité même de l'intelligence, devenue rebelle à la lumière et lui préférant les ténèbres, au point que si la volonté s'armant d'énergie ne vient pas fixer la légèreté de l'esprit et l'appliquer avec persévérance aux choses divines, il y a tout lieu de craindre que la vie spirituelle ne jette en nous que peu de racines.
« La méditation, nous disait dom Guéranger, a un double objet : rappeler à l'intelligence des vérités bien connues, mais trop oubliées ; les retirer du silence et de l'obscurité où elles sommeillent, et leur assurer par là une puissance d'action qu'elles n'obtiennent que moyennant nos réflexions et notre souvenir. La méditation consistera donc à se recueillir, à considérer attentivement cette vérité surnaturelle dont l'impression s'est affaiblie, et qui ne gouverne plus assez l'existence pour lui imprimer sa forme et sa marque. Aussi longtemps que l'âme ne s'est pas rendu familières des vérités surnaturelles, ou même aussi souvent qu'elle sent leur impression s'affaiblir, leur aiguillon s'émousser, leur efficacité s'amoindrir, la méditation sera ou redeviendra d'une indispensable nécessité. On ne voit qu'à la condition de regarder. Ce n'est qu'au moyen de la méditation que l'âme prend ou reprend possession de la vérité.