Feria V 9 Iulii 2026, Hebdomada XIV per annum,
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Livre : Madame Cécile Bruyère, la vie spirituelle et l'oraison

Il est donc facile de comprendre, par ces exemples, que la m...

Il est donc facile de comprendre, par ces exemples, que la méditation, bien qu'elle soit un discours de notre intelligence, un ensemble de considérations destinées à graver la vérité dans notre cœur pour y développer l'amour, n'est pas un travail de l'intelligence seule, comme le serait la composition d'un sermon ou le labeur savant d'une thèse de théologie. Rien ne serait plus inutile qu'une telle méditation, destinée beaucoup plus à contenter l'amour-propre qu'à engendrer l'amour divin. On se mire alors dans ses pensées élevées, on se satisfait de se trouver si sublime, ce qui est de toutes les illusions la plus dangereuse ; l'esprit de prière ne pouvant naître que dans l'humilité, qui est la pureté de l'esprit, comme la chasteté est celle du corps. Cette méditation des choses divines dans relèvement de l'esprit n'est point inconnue au démon ; il pourrait, sous ce rapport, en remontrer aux hommes de génie ; mais cette méditation même l'enivre dans son orgueil :
In multitúdine negotiatiónis tuæ repléta sunt interióra tua iniquitáte, et peccásti : et ejéci te de monte Dei.
Thou hast sinned, and I have driven thou from the mountain of God (Ez 28:16).
La méditation des choses divines est donc le remède assuré contre les distractions de notre intelligence. Aussi toute vraie méditation aura-t-elle pour but de nous faire ressaisir la lumière, de nous en pénétrer davantage ; et comme la lumière n'existe jamais sans chaleur, cette possession plus complète de la vérité enflammera notre cœur.
Nous avons déjà remarqué combien les anciens Pères recommandaient d'éviter la multiplicité des pensées dans la méditation ; ce qui montre que la vraie méditation n'est pas fille de la curiosité, mais qu'elle s'attache humblement aux vérités les plus simples, parce que ce sont elles qui, ne fournissant rien à la subtilité et aux vaines recherches, portent davantage l'âme vers Dieu. Cela nous remet en mémoire la leçon de perfection donnée par Notre-Seigneur à sainte Catherine de Sienne, et qui renferme tout dans son laconisme : « Apprends que je suis celui qui est, et que tu es celle qui n'est pas. »
Mais il suit de ce qui a été dit jusqu'ici, qu'on ne doit user de la méditation proprement dite que jusqu'au jour où l'âme est rentrée en possession d'une conviction ferme, étendue des vérités surnaturelles. Nul ne doit jamais oublier que la méditation est destinée à combler en notre âme une lacune, à vaincre notre inattention naturelle ; et que, s'il est très important d'en user quand elle est nécessaire, il est puéril de s'y obstiner quand elle ne l'est plus.
Elle est nécessaire tant que l'âme n'est pas pénétrée des vérités de la foi ; elle ne l'est plus, au moins d'une manière continuelle, lorsque le don de piété est assez en acte pour nous faire goûter facilement les choses saintes, et lorsque l'esprit les garde présentes et actives en nous, par une attention qui ne s'en sépare plus. Si l'âme, dans ces conditions, continuait à vouloir user de la méditation, elle courrait le risque d'éteindre en elle le vrai esprit d'oraison qui ne consiste pas dans le discours, mais dans l'affection. Ainsi verrait-on une personne cherchant de la lumière et qui continuerait à battre le briquet, lorsque l'étincelle a jailli de la pierre, au risque de l'éteindre. Il est nécessaire de frapper la pierre tant qu'elle ne donne pas d'étincelle, mais il est maladroit de poursuivre au delà de toute limite un labeur superflu.
Nous le répétons encore, la méditation doit toujours tendre à enflammer le cœur ; et s'il arrive que le cœur s'échauffe sans que l'esprit se soit occupé à considérer beaucoup la vérité divine, il faut demeurer doucement dans cette affection, qui est la véritable oraison et le but de la méditation. Il y a folie à chercher une chose trouvée et à poursuivre un terme auquel on est parvenu.
Mais il est une remarque que suggère l'expérience et qui doit encore trouver ici sa place. A côté des personnes qui, sans aucun mérite de leur part, sont par une grâce spéciale attirées dès le début à l'oraison, sans passer par la méditation, il en est un certain nombre qui, naturellement même, sont impropres à cet exercice. Elles sont dans l'impuissance presque radicale de fixer leur esprit sur un sujet quelconque ; la vivacité de leur imagination, une certaine mobilité ou légèreté leur fait obstacle. En vain s'obstineraient-elles à vouloir méditer ; si elles y arrivaient, ce serait un labeur tout humain, une sorte de travail philosophique. Comment donc emploieront-elles leur temps ? Sur ce point, sainte Thérèse, qui n'avait pas la faculté de méditer, donne d'excellents conseils que nous reproduirons plus loin. Mais ce qui importe surtout, c'est de ne pas se décourager, de ne pas croire qu'on est impropre à l'oraison mentale parce qu'on ne saurait méditer. Il est, en effet, plusieurs autres moyens de rendre l'âme attentive aux choses saintes et de l'y affectionner. Ainsi produire les actes des vertus qui nous sont le plus nécessaires ; intercéder auprès de Dieu pour l'Église, pour le prochain, pour soi-même ; réciter très lentement quelque prière vocale, en y attachant doucement son attention, etc.
Beaucoup de personnes se demandent quels sujets sont préférables pour la méditation. Cette question n'est pas sans importance, à la vérité, surtout pour ceux qui commencent à vivre de la vie spirituelle ; car il arrive que, faute d'avoir choisi un sujet déterminé, on passe d'une pensée à une autre ; le temps se perd, et la fantaisie, qui est la ruine de tout empire sur soi, entre dans la méditation et s'y établit en souveraine. Les maîtres de la vie spirituelle ont souvent conseillé de prévoir dès le soir le sujet qu'on se propose pour le lendemain. C'est là une excellente pratique, surtout pour les personnes peu habituées au recueillement et à l'exercice de la présence de Dieu.
Mais cette indication générale étant donnée, il nous paraît presque impossible de formuler une règle précise sur le choix qu'il convient de faire. Chaque âme a ses aptitudes et ses besoins; et toute âme n'a pas toujours les mêmes aptitudes et les mêmes besoins. On prie autrement quand on est dans la joie ou dans la tristesse, dans la ferveur ou dans l'abattement, dans la consolation ou dans l'épreuve. Telle personne peut facilement recueillir son esprit et l'appliquer aux mystères ; telle autre ne peut s'arrêter que par quelque imagination pieuse, comme de se figurer un lieu, une scène, et, en quelque sorte, la partie extérieure et sensible des mystères. Pour l'une, quelques lignes suffisent ; pour l'autre, il faut un peu plus. Certaines âmes ont un attrait spécial pour un mystère, — il faut bien se garder de le trouver mauvais, — tandis que certaines autres ont le besoin de suivre la marche du cycle liturgique et de s'unir, même dans leurs oraisons privées, à son évolution successive. Dans tout cela il n'y a pas de loi ni de système général à adopter ; chacun doit s'éclairer seulement auprès de ceux qui ont mission et autorité, et leur soumettre ses attraits.
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