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Livre : Madame Cécile Bruyère, la vie spirituelle et l'oraison
Mais il est bon de préciser encore par quelques traits l'asp...
Mais il est bon de préciser encore par quelques traits l'aspect de Lucifer devenu Satan. Sisara est une de ses figures par la soif dévorante que, poursuivi par les Hébreux, il ressentit, et qui entraîna sa perte, puisqu'elle l'attira sous la tente de Jahel, où il succomba par la main de cette femme forte. Goliath retrace encore mieux sa physionomie infernale. C'est un géant, tant sa nature est puissante et forte ; mais l'Ecriture lui donne la seule épithète qui lui convienne, vir spurius. [un homme de père inconnu] Il abuse de sa force et pense vaincre par la terreur. Celui qui doit le renverser est jeune et délicat ; il est le dernier de sa famille, petit et comptant à peine parmi ses frères ; cependant, mis en présence du géant et entendant ses menaces, il prend la résolution de le combattre. Mais, refusant les armes ordinaires et méprisant les moyens tout humains, il met en Dieu seul sa confiance et se contente d'une petite pierre du torrent, pour abattre celui dont la force défiait les plus vaillants. (I Reg 17)
Au livre de Judith, Satan apparaît sous la figure d'Holopherne. C'est encore la force brutale qui se persuade que nulle résistance ne peut lui être opposée, mais qui, domptée par la beauté, se laisse prendre dans ce piège, ainsi que le chante la sainte veuve de Béthulie dans son immortel cantique : Sandália ejus rapuérunt óculos ejus ; pulchritúdo ejus captívam fecit ánimam ejus - Ses sandales ont ébloui ses yeux, sa beauté a rendu son âme captive ; elle lui a coupé la tête avec le glaive (Judith, 16, 11)
C'est en voulant capturer à son profit la race humaine parée de grâce et de beauté pour les noces éternelles, que le démon trouve sa perte; et c'est une femme proclamée benedicta a Deo suo, [bénie de son Dieu] qui lui a porté le coup mortel.
Aman est encore un symbole de l'ennemi du genre humain dont il a juré la perte, Esther, à laquelle il est dit : Non moriéris : non enim pro te, sed pro ómnibus hæc lex constitúta est - Vous ne mourrez pas, car cette loi n’a pas été faite pour vous, mais pour tous les autres (Esth 15,13) , Esther obtient la grâce de son peuple et la mort d'Aman. Elle triomphe et elle sauve les siens, non par l'épée, mais par sa beauté sans rivale.
Et dans toutes ces figures il apparaît que Satan, fort, puissant et redoutable par sa nature, est toujours vaincu par les faibles, les désarmés, pourvu que ceux-ci mettent en Dieu leur confiance. On voit même clairement que le Seigneur se plaît à abattre sa superbe par les instruments les plus infimes, pour l’humilier davantage.
Ecce Behémoth quem feci tecum.
Voici Béhémoth, que j’ai créé avec toi. (Job 40,10)
Tout en méprisant ce monstre, l'Esprit-Saint en dévoile la nature redoutable, ajoutant, en manière de conclusion, qu'il n'y a point de puissance sur la terre qui puisse lui être comparée, puisqu'il a été créé pour ne rien craindre ; il domine toutes les hauteurs et il est roi sur tous les fils de la superbe. Cette description de la force de Satan ne peut étonner ni déconcerter les serviteurs de Dieu. Ceux-ci lui sont bien inférieurs par nature, mais leur supériorité de grâce leur donne sur lui d'incomparables avantages, et leur union avec Dieu leur communique une force surnaturelle, capable d'anéantir toute la puissance infernale.
Et d'ailleurs cette puissance est limitée ; notre âme est un sanctuaire que garde la volonté, et nul n'y peut pénétrer par la violence. Le père du mensonge ne saurait agir directement sur la partie supérieure de notre âme ; il n'a d'action sur elle que par retentissement. Les tentations qu'il peut produire affectent seulement la partie sensible de notre être qu'il cherche à exploiter lâchement à son profit, afin de troubler par elle l'intelligence et la volonté.
Ainsi dans la tentation de Notre-Seigneur, sur laquelle nous reviendrons en détail, Satan cherche tour à tour à soulever les trois côtés par lesquels nous sommes vulnérables et qui sont indiqués par saint Jean :
Il est donc d'une importance principale que la rupture entre nous et Satan soit consommée et que l'âme devienne son antagoniste déterminé. Il n'y a pas de conciliation possible de ce côté ; il faut vaincre ou devenir la victime de cet ennemi que Notre-Seigneur traitait d'homicide :
Lorsque l'Église commence à exercer son action sur une créature humaine, son premier soin est de l'arracher à la tyrannie satanique, en vertu du pouvoir qu'elle a reçu de son chef, et de briser tous les liens qui ont pu être tissés entre cette créature et son ennemi par les souillures originelles. Les énergiques formules de l'exorcisme sont d'une si grande importance, que si le baptême a dû être administré hâtivement, on devra, en suppléant aux cérémonies de ce sacrement, faire ces exorcismes, malgré le renversement qu'ils entraînent, la régénération une fois obtenue. L'Église veut aussi que le baptisé, en ses répondants, s'engage par une promesse solennelle à renoncer à Satan, à ses pompes et à ses œuvres; promesse dont il ne pourra jamais se dégager sans le parjure ou l'apostasie. Et c'est à cette condition seule que l'âme peut être régénérée et faite enfant de Dieu.