Feria V 9 Iulii 2026, Hebdomada XIV per annum,
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Livre : Madame Cécile Bruyère, la vie spirituelle et l'oraison

Ces effets ne se trouvent pas en tous au même degré, mais il...

Ces effets ne se trouvent pas en tous au même degré, mais il faut toujours qu'ils existent dans une mesure quelconque pour que l'union se puisse constater. Il arrive quelquefois que l'âme, ayant reçu cette grâce, voit se soulever tout à coup en elle comme un retour des anciennes luttes ; mais ce mouvement dure peu et n'entraîne pas de grands dangers. La mauvaise nature a reçu le coup de la mort : elle succombera infailliblement, et ces crises violentes ne sont autre chose que les convulsions d'une agonie qui conduit à la vie nouvelle.
L'âme ainsi prévenue de la grâce doit particulièrement veiller à se maintenir daris une grande conformité à la volonté de Dieu dans les moindres détails. Elle a pour cela une force spéciale ; ses désirs mêmes ne doivent jamais se porter sciemment sur une chose imparfaite quelconque ; car Dieu n'en pouvant admettre aucune, il naîtrait de là avec lui une divergence profonde et une sorte de rupture. Nous disons, à dessein, que l'âme ne doit consentir sciemment à aucune imperfection ; car elle tombera par surprise dans des imperfections et des péchés véniels, sans qu'il soit entièrement en son pouvoir d'y échapper : c'est la condition de notre pauvre nature.
Aussi, bien que l'âme entrée résolument dans la vie unitive ait franchi les plus grands dangers de la vie spirituelle, elle ne doit pas néanmoins se relâcher de sa vigilance, mais se souvenir toujours de la parole du Sage : Qui spernit módica paulátim décidet. Celui qui méprise les petites choses tombera peu à peu. (Eccli. 19,1) . Ce qui serait inaperçu dans d'autres, ce qui l'eût été pour elle autrefois, compromettrait alors le trésor qu'elle possède et que tout écart volontaire peut lui faire perdre : Habemus autem thesaurum istum in vasis fictilibus : ut sublimitas sit virtutis Dei, et non ex nobis.- Mais nous avons ce trésor dans des vases de terre, afin que la grandeur appartienne à la puissance de Dieu, et non pas à nous. (2Cor 4,7). Plus certains dons ressemblent aux dons angéliques, et plus on risque de les perdre d'un seul coup. L'exemple de Moïse est saisissant à cet égard : pour avoir frappé le rocher une seconde fois, au lieu de suivre de point en point l'ordre de Dieu, il n'entra pas dans la terre promise (Nm, 20,12). Cependant cette désobéissance n'était pas de telle nature qu'elle lui ait fait perdre l'amitié de Dieu. Ainsi l'âme qui manque de vigilante délicatesse peut, sans perdre tout à fait son intimité avec Dieu, exposer à tout le moins son entrée dans la terre promise, c'est-à-dire son admission à cet heureux état de l'union transformante, dans lequel elle est rassasiée de la plénitude même de Dieu, d'après le mot de saint Paul.
Cette vigilance toutefois ne rend l'âme ni inquiète, ni pusillanime, ni craintive, et c'est ce qui montre clairement que l'Esprit-Saint la guide. Sa voie est l'amour, elle n'agit que par amour, selon la parole du disciple bien-aimé : qui timet, non est perfectus in caritate . Celui qui craint n'est point parfait dans l'amour. (1 Jn 4,8)
Une âme qui a atteint la vie unitive possède une puissance d'intercession toute particulière et dont tout le secret est dans sa conformité parfaite à la volonté de Dieu : Scimus autem quia peccatores Deus non audit : sed si quis Dei cultor est, et voluntatem ejus facit, hunc exaudit. Or nous savons que Dieu n'exauce pas les pécheurs; mais si quelqu'un honore Dieu et fait Sa volonté, c'est celui-là qu'Il exauce. (Jn 9,31). L'exemple très remarquable rapporté par saint Grégoire le Grand au sujet de sainte Scholastique, nous le montre bien : Justo valde judicio, dit le saint docteur, illa plus potuit, quar amplius amavit. « Par un très juste jugement, celle-là fut plus puissante, qui aima davantage. »  (Dialog., lib. II, cap. XXIII)
Dans ce moment-là, la volonté de la gracieuse colombe du Mont-Cassin était plus conforme à celle de Dieu que celle de l'illustre Patriarche Benoit ; c'est ainsi qu'elle l'a emporté sur lui. Même dans la vie unitive la plus haute et la mieux caractérisée, l'union n'est toujours ni aussi intense, ni aussi actuelle ; et sans cesser d'y être établie solidement, l'âme peut alors recevoir de Dieu des grâces d'un ordre inférieur. Son état demeure l'union quant à l'essence et quant au mérite ; elle reçoit néanmoins des faveurs qui paraissent appartenir à un ordre inférieur. La glorieuse colombe Scholastique précipitait son vol, entrevoyant déjà l'ouverture de l'arche et la main du divin Noé, prête à la saisir pour l'y introduire sans retard. Saint Benoît était aussi grand alors quant à son état, mais son union actuelle avec Dieu était moins intense que celle de sa sœur.
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