Feria V 9 Iulii 2026, Hebdomada XIV per annum,
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Livre : Madame Cécile Bruyère, la vie spirituelle et l'oraison

La pénitence

Penance
Nous n'avons pas épuisé l'énumération des secours que le Seigneur a préparés pour nous faire atteindre plus sûrement le but qu'il s'est proposé. Il a voulu encore pourvoir aux chutes toujours possibles, aussi longtemps que nous ne sommes pas confirmés par la vision béatifique. Adam avait été créé dans la justice originelle et établi dans l'union à Dieu ; nous sommes pécheurs, nous sommes enclins au mal, nous tombons souvent : nos chutes sont-elles irréparables et sans pardon ? Nous pouvons mourir, pouvons-nous aussi ressusciter, ou bien notre vie est-elle, pour jamais, à la merci d'une défaillance ? Ah ! s'il en était ainsi ! Et il aurait pu en être ainsi. Pourtant Dieu n'a point usé de telles rigueurs envers la fragilité humaine ; et, après nous avoir commandé de pardonner septante fois sept fois à nos frères, il a voulu nous pardonner sans mesure, et sans que le pardon d'aujourd'hui se ressentît des fautes prévues de demain. Le psaume nous indique, du reste, cette œuvre miséricordieuse du Seigneur, lorsqu'il y est dit :
Apud Dóminum gressus hóminis dirigéntur, et viam ejus volet. Cum cecíderit, non collidétur, quia Dóminus suppónit manum suam.
Man's steps will be directed by the Lord, and he shall delight in (favor) his way. When he falleth, he shall not be broken, for the Lord upholds him with his hand (Ps 36:23-24).
Le sacrement de pénitence est un tribunal d'une forme toute spéciale. Loin de condamner celui qui se reconnaît coupable, il acquitte celui qui avoue et s'accuse. La sentence prononcée est toujours favorable, si l'aveu est repentant en même temps que sincère ; et, par un prodige de la toute-puissance divine, elle rend l'innocence ; si bien que le coupable acquitté est vraiment redevenu un juste, pourvu qu'il ait la volonté de vivre désormais en juste et de rompre avec les occasions de faute. La vertu de la sentence est telle que l'âme retrouve la sainteté de son baptême et les mérites qu'elle avait pu acquérir avant sa faute, et peut en outre, moyennant la ferveur de son regret et de son amour repentant, sortir du tribunal non seulement déchargée de toute coulpe, mais encore libre de toute peine.
On dirait que le Seigneur, avide de faire grandir les siens, a abaissé toutes les barrières et a mis à notre portée tous les moyens de nous purifier, de nous embellir, de détruire tout obstacle qui empêcherait notre parfaite union avec lui.
Pour jouir de ce pardon gracieux et sans réserve, il ne faut que vouloir de nouveau ce que réclame notre baptême, rejeter ce qu'il réprouve, se résoudre à vivre selon les lois de notre régénération. Alors l'œuvre de notre sanctification reprend son cours avec des énergies nouvelles. Mais, il faut bien le dire, parfois les exigences si douces du Seigneur sont trouvées trop sévères encore ou partiellement méconnues ; et l'âme qui ne s'y soumet qu'à demi, réduit en elle l'effet fortifiant du sacrement.
Il faut aussi éviter de faire consister tout le sacrement de pénitence dans un mesquin et minutieux examen de conscience. Les scrupuleux, sous l'empire d'une peur servile, sans regret, sans résolution ferme de se détourner des actions mauvaises, sans confiance dans la sentence rendue, avec une crainte puérile d'oublier dans l'accusation détaillée de leurs fautes les moindres circonstances et les faits les plus menus, viennent recevoir l'absolution comme une cédule. Ils vont à Dieu, non comme l'enfant prodigue à son père, mais comme un débiteur à un créancier exigeant, sinon comme une victime tremblante à son bourreau. Et cependant la première parole que Dieu nous fait dire est celle-ci : « Notre Père ! » D'autres s'occupent moins du sacrement que des avis qui leur sont donnés, négligeant l'élément divin pour se préoccuper de l'élément humain. Il est nécessaire, pour bénéficier pleinement de la grâce sacramentelle, d'entrer dans les vues de Dieu et les fins de l'institution de ce tribunal.
Extreme unction
Enfin, dans son ardent désir de nous voir arriver directement dans ses bras au sortir de cette vie. Dieu a encore institué un moyen de purification dernière dans le sacrement d'extrême-onction. Le chrétien a pu parfois se laisser aller à des actes appartenant à la vie des sens, alors qu'il avait dû cependant rompre résolument avec elle. Dieu veut que tout soit pur, que l'harmonie et la beauté soient partout rétablies, et l'huile sainte vient restaurer, parer même tout l'être humain et effacer jusqu'aux derniers vestiges du péché.
Ainsi le luxe divin apparaît dans ce monde des sacrements, où tout est prévu pour notre parfaite sanctification. C'est à dessein que nous laissons de côté les autres formes moins puissantes par lesquelles la grâce peut arriver à l'homme. Nous en avons dit assez pour montrer que Dieu a tout disposé pour nous faire atteindre à la sainteté ; les sacrements en sont pour nous les procédés les plus assurés, les plus authentiques, les plus faciles ; la providence de Dieu s'y emploie, ses désirs appellent la perfection de notre vie.
A la vue de cet amour si large, des ingénieuses industries de cette inconcevable tendresse, les paroles du prophète Isaïe nous reviennent en mémoire :
Nunc ergo, habitatóres Jerúsalem et viri Juda, judicáte inter me et víneam meam. Quid est quod débui ultra fácere víneæ meæ, et non feci ei ? an quod exspectávi ut fáceret uvas, et fecit labrúscas ?
Now then, inhabitants of Jerusalem and men of Judah, be judges betwixt me and my vineyard. What more have I done to my vineyard that I have not done? Was I wrong to expect it to bear (Did I not hope that it would produce) good grapes, whilst it produced wild ones? (Is 5:3-4).
On the day of supreme revelation, when God himself replaces before our eyes all these procedures, so tender, so strong, so easy, so sure, we'll have no trouble explaining to ourselves the rigorous repetitions of his justice and his unrecognized love.
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