Feria V 9 Iulii 2026, Hebdomada XIV per annum,
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Livre : Madame Cécile Bruyère, la vie spirituelle et l'oraison

Les anciens connaissaient bien cette blessure de l'amour div...

Les anciens connaissaient bien cette blessure de l'amour divin. Saint Basile explique ainsi les désirs, les effets et les impressions merveilleuses qu'elle cause dans l'âme : « Qu'y a-t-il de plus admirable, dit-il, que la beauté divine ? Quelle pensée plus agréable et plus douce que celle de la splendeur de Dieu ? Quel désir de l'esprit peut égaler la violence et la véhémence de celui que Dieu donne à l'âme purifiée de tout vice, capable de dire avec un sentiment vrai : Vulnerata caritatis ego sum... Les yeux de chair ne peuvent contempler cette beauté ; elle est perçue par l'âme seule et par l'esprit. Lorsque cette beauté touche quelques-unes des âmes saintes, elle laisse aussitôt en elles l'aiguillon d'un désir intolérable, d'où vient que, fatiguées de la vie présente, elles ont dit : Heu mihi quia incolatus meus prolongatus est ! Quando veniam et apparebo mite faciem Dei? Et aussi : Dissolvi et esse cum Christo multo magis melius. Et encore : Sitivit anima mea ad Deum fortem vivum. Et : Nunc dimittis servum tuum, Domine. Cette vie leur devenait à charge comme une prison, ils pouvaient à peine contenir l'impétuosité de leurs élans, ces saints dont l'âme avait été touchée par le désir de Dieu. Alors livrés en proie à cet insatiable désir de voir la divine beauté, ils demandaient que la contemplation de l'amabilité du Seigneur se prolongeât pour eux pendant toute h vie éternelle. » (Basil., in lib. Regul. fusius tract., inter. II.)
Saint Ambroise fait aussi mention de cette blessure que cause l'amour dans son traité de l'Exhortation à la virginité. Saint Augustin dit de lui-même dans un de ses élans : « Vous aviez blessé mon cœur avec les flèches de votre amour; je portais vos paroles comme autant de traits qui perçaient mes entrailles. » (Conf., lib. IX, cap. ii) Enfin l'austère saint Jean Climaque, dans le xxx° degré de son Échelle sainte, tient ce beau langage : « Lorsque quelqu'un est blessé d'un trait d'amour, il dit : Je dors, parce que la nature m'y oblige, mais mon cœur veille, à cause de la plénitude de son amour. Remarque, ô fidèle, comment après la disparition des bêtes féroces qui sont les mauvais désirs, l'âme, comme le cerf blessé par le trait de l'amour, désire surtout Dieu et défaille en lui. La force et la cause de la faim ne sont pas toujours manifestes, mais la soif apparaît à tous les yeux, elle dévoile l'ardeur de l'amour. Aussi celui qui brûlait pour Dieu a-t-il pu s'écrier : Sitivit anima mea ad Deum fortem vivum. Un des effets ordinaires de la sainte charité est d'absorber certaines âmes, selon cette parole : Vulnerasti cor nostrum, vulnerasti. ». (Scata parad., Grad. xxx)
On multiplierait sans peine les citations empruntées à ces hommes robustes à qui Dieu a révélé tous les secrets de la sainteté. Tous constatent les mystérieuses opérations de l'amour, son action purifiante et suavement douloureuse, tant que son feu n'a pas entièrement détruit tout ce qu'il peut consumer. Dieu visite l'âme ; mais ce n'est pas pour guérir, c'est pour blesser, pour creuser plutôt que pour satisfaire. Aussi la rigueur de l'amour divin semble intolérable et laisse l'âme dans des langueurs inexplicables : Fulcite in me floribus, stipate me malis, quia amore langueo. - Soutenez-moi avec des fleurs, fortifiez-moi avec des fruits, car je languis d'amour, dit le Cantique (2,5). L'âme, en effet, ne peut trouver un soulagement que dans la pratique des plus solides et des plus héroïques vertus et dans le service du prochain, s'il plaît au Seigneur de lui maintenir encore quelque vigueur physique au milieu de ces épreuves. Mais ce n'est pas pour la laisser ainsi que Dieu a fait passer cette âme dans le purgatoire de l'amour ; toutes ces opérations diverses ont pour but le vœu de l'Apôtre, ut impleamini in omnem plenitudinem Dei - de sorte que vous soyez remplis de toute la plénitude de Dieu. (Eph 3,19).
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