Feria V 9 Iulii 2026, Hebdomada XIV per annum,
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Livre : Madame Cécile Bruyère, la vie spirituelle et l'oraison

Un jour Moïse dit au Seigneur : « Faites-moi voir votre visa...

Un jour Moïse dit au Seigneur : « Faites-moi voir votre visage. Et le Seigneur lui répondit : Je vous ferai voir toutes sortes de biens : je prononcerai devant vous le nom du Seigneur ; car je fais miséricorde à qui je veux, et j'use de clémence envers qui il me plaît. Dieu dit encore : Vous ne pourrez voir mon visage ; car nul homme ne le verra sans mourir. Il ajouta : Il y a un lieu où je suis, où vous vous tiendrez sur la pierre ; et lorsque ma gloire passera, je vous mettrai dans l'ouverture de la pierre et je vous couvrirai de ma main jusqu'à ce que je sois passé. J'ôterai ensuite ma main et vous me verrez par derrière ; mais vous ne pourrez voir mon visage » Ex 33, 18-23.
Tout est indiqué dans ce sublime passage : la liberté divine dans les faveurs extraordinaires ; la manifestation successive des choses divines ; le principe de toute connaissance surnaturelle en ce monde, c'est-à-dire la lumière de la foi ; enfin l'obscurité de la rencontre avec Dieu, causée par la main divine, c'est-à-dire par l'Esprit ombrageant et planant au-dessus.
Tandis que la contemplation apparaît intermittente, l'union stable de Dieu avec Moïse est symbolisée par les rayons qui entouraient sa tête : Cumque descenderet Moyses de monte Sinai, tenebat duas tabulas testimonii, et ignorabat quod cornuta esset facies sua ex consortio sermonis Domini. - Après cela, Moïse descendit de la montagne du Sinaï, portant les deux tables du témoignage, et il ne savait pas que de l'entretien qu'il avait eu avec le Seigneur, il était resté des rayons de lumière sur son visage. (Ex 34,29) Cette marque indélébile, que saint Paul reprochait tant aux Juifs de n'avoir pu supporter, était certainement l'éclat resplendissant de Dieu résidant dans l'âme de ce sublime contemplatif.
Ce que nous venons de dire au sujet de ce qui, dans l'état d'union parfaite, est durable et de ce qui est discontinu, nous aidera à déterminer ce que devient alors la souffrance. Aussi longtemps, en effet, que dure l'acte de la contemplation, qui est une participation de la béatitude, la souffrance est à peine possible : elle ne reprend ses droits que lorsque l'âme revient à elle-même, et lorsque, sans sortir de l'état d'union, l'acte pourtant de la contemplation est interrompu. Et il est hors de doute qu'en dépit de l'amour des souffrances, devenu en elle extrêmement vif, l'âme ainsi unie à Dieu doit s'efforcer pourtant de tendre toujours à la contemplation, comme à son acte le plus parfait, afin de ne se prêter qu'aux souffrances expressément voulues de Dieu, souffrances qui peuvent être très vives, mais qui généralement durent peu et affectent une forme toute particulière. Telles étaient les douleurs de Notre-Seigneur Jésus-Christ et de Notre-Dame. Souffrances précieuses qui sont comme une nouvelle rançon pour le monde, et dont la nature est si mystérieuse qu'il est difficile de la faire comprendre à ceux qui n'en ont pas l'expérience.
Peut-être n'est-il pas inutile pourtant de dire ici quelques mots sur les souffrances qui peuvent se rencontrer dans une âme qui est arrivée à l'union du mariage spirituel, ne fût-ce que pour persuader ceux qui n'ont pas encore atteint cet état élevé, si près de la béatitude céleste, que la souffrance prend ici des proportions inconnues aux autres phases de la vie spirituelle. Vérité bien précieuse à recueillir, afin de se convaincre que la béatitude n'est jamais un retour de la créature sur elle-même, mais toujours une abnégation plus grande et un mépris plus complet de sa personnalité. L'amour divin entre dans l'âme en proportion de la disparition de l'amour de soi ; quand l'amour divin a tout envahi, l'âme ne saurait arriver à aucun repos en elle-même, ce que l'homme charnel prend pour du bonheur. La béatitude est l'acte par lequel l'âme humaine s'unit à Dieu ; plus cette opération devient une et continue en nous sur la terre, plus nous nous rapprochons de l'essence de la béatitude.
Il résulte de cette doctrine qu'une âme, solidement établie dans l'union suprême, ne saurait souffrir à la manière des autres âmes. La souffrance n'a pas pour elle de cause externe ; tout vient directement de Dieu, qui permet qu'elle soit atteinte et blessée, comme Dieu le Père a voulu que la nature humaine de son Fils fût torturée pour le salut du monde. En raison même de la perfection d'un être, toute souffrance est en lui plus intense et plus vive, parce que toute souffrance naît d'un désordre qui répugne d'autant plus à cet être qu'il est plus parfaitement ordonné.
Une autre source de torture extrême est dans le contraste que nous allons dire. Il arrive ordinairement que Dieu maintient au plus profond de l’âme, même dans l'angoisse la plus intense, physique ou morale, le sentiment de l'union, avec le silence et la paix qui en découlent. Rien ne la distrait ; elle peut savourer la souffrance toute pure. Le glaive pénètre dans l'âme à l'endroit le plus sensible, dans cette âme parfaitement purifiée et dégrossie, et dont les opérations sont d'une extrême délicatesse. En pénétrant profondément, il arrive jusqu'au fond où Dieu réside et où la douleur ne saurait entrer : ainsi qu'une épée acérée qui, perforant le cœur, rencontrerait subitement au centre une substance puissamment active et qui dissoudrait le fer. En vain la lame s'enfoncerait-elle, son action douloureuse s'arrêterait toujours à ce point fixe sans pouvoir le dépasser. Ainsi dans cette même âme coexistent l'angoisse la plus pénétrante et la sérénité du ciel : les extrêmes se touchent, le contraste qu'ils offrent est une douleur de plus.
Il tant peut-être reconnaître encore une autre forme de la souffrance dans cette région élevée. L'âme vraiment spiritualisée ne paraît pas exposée là à une tentation proprement dite ; mais Dieu permet qu'elle se mesure avec le démon, esprit contre esprit, sans que le démon cherche à user d'intermédiaire, quoiqu'il profite de tout, même des infirmités physiques, pour dompter l'âme.
C'est vraiment là un combat singulier in cœlestibus : Dieu se plaît à vaincre et à humilier les mauvais anges par ses serviteurs.
Le contact du démon est alors perçu comme à la surface de l'âme, sous la forme d'une brûlure tout à la fois spirituelle et sensible, causée par la proximité d'un esprit enflammé. Si l'âme tient bon dans son union avec Dieu, si elle est forte, la douleur quoique très vive est supportable ; mais si elle commet quelque légère imperfection, même purement intérieure, le démon avance d'autant et porte son horrible brûlure plus avant jusqu'à ce que, par des actes généreux, l'âme ait pu le repousser plus au dehors. On conçoit tout ce qu'entraîne de répulsif dans une âme sainte ce contact de l'esprit immonde, qui heureusement ne saurait jamais s'étendre à une longue durée.
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