Feria V 9 Iulii 2026, Hebdomada XIV per annum,
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Livre : Madame Cécile Bruyère, la vie spirituelle et l'oraison

Isaïe exprimait bien l'intimité de l'union divine dans ces b...

Isaïe exprimait bien l'intimité de l'union divine dans ces belles et triomphantes paroles : Non vocáberis ultra Derelícta, et terra tua non vocábitur ámplius Desoláta ; sed vocáberis, Volúntas mea in ea, et terra tua Inhabitáta, quia complácuit Dómino in te,
 et terra tua inhabitábitur. On ne t’appellera plus Délaissée, et ta terre ne sera plus appelée Désolée ; mais tu seras appelée : Ma volonté est en elle, et ta terre : Habitée, car le Seigneur a mis son plaisir en toi, et ta terre sera habitée. (Is 62,4)
Le Seigneur qui habite dans l'âme y fait tout germer, les fleurs et les fruits ; et la créature se sent parfois alors sous l'impression qu'aurait une terre vivante à certains jours de printemps où toute production germe, s'épanouit, fleurit et répand de délicieux parfums.
L'âme voit encore s'accomplir en elle ce que Notre-Seigneur nous a obligés de demander constamment, à savoir que sa volonté se fasse sur la terre comme au ciel. Demande tout à fait incroyable si l'on y réfléchit sérieusement ; demande qui nous révèle combien les trésors divins nous sont accessibles, même dans cette vallée de larmes, quand nous consentons à pousser jusqu'au bout les conséquences pratiques de notre régénération. Il se forme en effet alors entre Dieu et nous des relations nouvelles exprimées par sa parole même : Quicúmque enim fécerit voluntátem Patris mei, qui in cælis est, ipse meus frater, et soror, et mater est. - Car quiconque fait la volonté de Mon Père qui est dans les cieux, celui-là est Mon frère, et Ma soeur, et Ma mère. (Mt 12,50. Cf. Mc 3,35)
Notre-Seigneur n'énumère ici, à dessein sans doute, que les liens qui se forment non par alliance, mais par le sang, comme pour témoigner que l'Esprit d'adoption fait en nous une œuvre qui n'est pas fictive mais réelle. Cette union est non seulement réelle, mais plus vraie encore que celle de la chair. C'est par cette même raison d'une délicatesse divine que l'Épouse est souvent nommée sœur au Cantique : Dieu ayant voulu témoigner par là qu'avant l'union même, l'âme est élevée à une sorte d'égalité par le Saint-Esprit, et que son baptême l'a faite consors divínæ natúræ. – participant à la nature divine (Cf. 2 P 1,4) Cette parenté sans doute a des degrés divers, car l'âme s'unit à Dieu plus ou moins étroitement, suivant sa mesure de conformité avec la volonté divine : le frère ou la sœur sont certainement moins proches que la mère. Les anciens ont reconnu cette vérité ; nous lisons en saint Grégoire le Grand : Qui frater et soro est credendo mater efficitur praedicando si per ejus vocem amor Domini in proximi mente generatur. « Celui qui est le frère ou la sœur du Christ en croyant, devient sa mère en prêchant, si par sa parole l'amour du Seigneur prend naissance dans le cœur du prochain. » (3ème Homélie sur l’Evangile)
L'union avec Dieu, fruit et terme de la charité, est donc non seulement un bien excellent, mais une fin vers laquelle tous les chrétiens doivent s'efforcer de tendre. Est-ce dire que tous y peuvent arriver par les mêmes moyens ? C'est ce qu'il importe grandement d'examiner.
Il y a deux voies dans l'Église par lesquelles le chrétien peut arriver à la perfection qui est l'union, la transformation, la ressemblance avec Dieu par la charité parfaite. Ces deux voies diffèrent quant aux moyens, mais l'union qui en résulte est identique : c'est la même substance de dévotion, ce sont les mêmes effets que produit en nous la perfection, obtenue par l'une ou l'autre voie. C'est de part et d'autre une grande tranquillité intérieure, une sorte de stabilité dans le bien, une pureté angélique dans l'esprit et dans le cœur, un généreux mépris des choses terrestres, un apaisement général des passions, la pratique des vertus dans un degré éminent, un désir continuel de plaire à Dieu et d'imiter Notre-Seigneur Jésus-Christ, une entière soumission à la volonté divine et l'exercice des œuvres de miséricorde envers le prochain. Enfin par l'une et l'autre voie, lorsque la charité est semblable, l'homme est établi dans un mérite égal et dans un même degré de sainteté.
Après avoir dit ces quelques mots de la fin identique à laquelle nous conduisent ces deux voies de la vie unitive, il est indispensable de déterminer en quoi consistent la physionomie propre de chacune, leurs différences et leur valeur respective.
La première de ces voies est la voie de l'action, voie commune et ordinaire qui peut conduire à la perfection tous les hommes de quelque condition qu'ils soient, avec les secours ordinaires de la grâce. C'est à cette perfection que Notre-Seigneur nous exhorte, quand il dit : Estóte ergo vos perfécti, sicut et Pater vester cæléstis perféctus est. - Soyez donc parfaits, vous, comme votre Père céleste est parfait. (Mt 5,48) Ce que saint Pierre confirme en ses Épitres : Sed secúndum eum qui vocávit vos, Sanctum : et ipsi in omni conversatióne sancti sitis : quóniam scriptum est : Sancti éritis, quóniam ego sanctus sum. - mais, à l’image du Saint qui vous a appelés, soyez saints vous aussi dans toute votre conduite, car il est écrit : Vous serez saints parce que je suis saint. (1 P 1,15-16). Beaucoup d'autres endroits des saintes Écritures mentionnent cet appel à la perfection du christianisme et à la sainteté évangélique qui donnent entrée dans la vie unitive.
Les saints ont constaté aussi que la voie active ou commune suffit pour introduire l'âme dans la charité parfaite. Nous citerons sainte Thérèse qui a sur ce sujet d'importantes remarques : « Il n'est pas de chrétien qui, avec l'aide de la grâce, ne puisse arriver à la véritable union, pourvu qu'il s'efforce de tout son pouvoir de renoncer à sa volonté propre, pour s'attacher à la volonté de Dieu. Oh ! combien y en a-t-il qui disent et croient fermement être dans ces dispositions ! Et moi, je vous assure que s'ils y sont, ils ont obtenu de Dieu ce qu'ils peuvent souhaiter. Ils ne doivent plus se mettre en peine de l'union si délicieuse dont j'ai d'abord parlé; car ce qu'elle a de meilleur, c'est qu'elle procède de celle dont je parle maintenant; et il est même impossible d'arriver à la première si on ne possède la seconde, je veux dire cette soumission entière de notre volonté à celle de Dieu... Pour cette union de pure conformité à la volonté de Dieu, il n'est point nécessaire que les puissances soient suspendues. Dieu, qui est tout-puissant, a mille manières d'enrichir les âmes et de les conduire dans ces demeures, sans les faire passer par ce chemin abrégé dont j'ai parlé, je veux dire sans les élever à cette intime union avec lui d'où, après quelques moments, elles sortent toutes transformées. Mais remarquez, mes filles, que dans tous les cas il faut que ce ver mystique meure, et que, dans cette union de pure conformité à la volonté divine, sa mort doit coûter plus cher...
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