Feria V 9 Iulii 2026, Hebdomada XIV per annum,
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Livre : Madame Cécile Bruyère, la vie spirituelle et l'oraison

La méditation est aussi pour l'âme comme le dialogue qui s'é...

La méditation est aussi pour l'âme comme le dialogue qui s'établissait entre Rébecca et l'ambassadeur qui venait la convier aux noces d'Isaac. Rien ne rebutait la fiancée, ni la longueur de l'attente, ni les difficultés du voyage, ni les dangers qu'elle peut courir : <em>Vadam</em>, [J’irai] (Gn 24, 58), dit-elle, « J'irai, je suivrai le Saint-Esprit, le divin Eliézer. » Et elle se met aussitôt en marche. Mais avant de parvenir au but du voyage, que de discours, sans doute, sur ce terme tant désiré et sur l'époux qu'elle doit y trouver ?
Un jour enfin elle paraîtra devant Isaac, avant même d'arriver à la maison des noces ; mais l'épouse alors sera voilée. C'est en termes mystérieux le symbole de nos destinées. Oui, avant de paraître devant l’Époux, le visage est découvert, on s'entretient librement avec Eliézer de la vérité éternelle ; mais si, dès cette vie, l'épouse, cessant de se trouver en face des figures et des images, aborde enfin l'Époux lui-même, elle se couvre de son voile ; et bien qu'en présence du Seigneur, ses yeux ne l'apercevront pas : Nubes et calígo in circúitu ejus - La nuée et l’obscurité sont autour de lui (Ps 96,2) Toutefois, être avec lui, même sans le voir, est mille fois meilleur que de considérer les plus vives images de sa beauté.
C'est ainsi que, après être sorti pour aller à la rencontre de l'âme qu'il a choisie, après s'être incliné vers elle, après lui avoir reconnu un vif désir de le connaître, une incessante attention vers lui, à son tour le Roi céleste réalise en elle toutes les promesses contenues dans la formule de la consécration des vierges. Il l'élève jusqu'à lui et lui accorde, dans la mesure de cette vie, l'expérience des biens éternels. Alors aussi elle devient plus puissante sur le cœur de Dieu ; sa prière tout à la fois s'élève et s'étend. Désormais elle embrasse, dans ses demandes, l'universalité même des intérêts de son Epoux; car l'Esprit-Saint, comme autrefois Mardochée à Esther, parle de la sorte à toute âme consacrée :
Ne putes quod animam tuam tantum liberes, quia in domo regis es prae cunctis Judaeis : si enim nunc silueris, per aliam occasionem liberabuntur Judaei : et tu, et domus patris tui peribitis. Et quis novit utrum idcirco ad regnum veneris, ut in tali tempore parareris?
"Do not think, forasmuch as thou art in the king's house, that thou canst save thy life and let the people of the saints perish. For if thou remain silent now. God will find some other way to deliver the Jews; and thou shalt perish, thou and thy father's house. And who knows if it is not for this very reason that thou hast been raised to royal dignity, so that thou art ready to act in a time like this?" (Esth. 4, 13-14)
Il ne suffit pas, en effet d'être dans la maison du roi pour échapper à la mort ; la reine ne peut renier sa race, et il faut qu'elle travaille à la sauver, si elle veut obtenir son propre salut. C'est tout le secret d'une vocation plus haute que celle des autres hommes ; et si l'âme qui est ainsi choisie pour de divines épousailles, se dérobe ou s'enferme dans un froid égoïsme. Dieu saura bien trouver ailleurs un point d'appui pour faire exécuter son œuvre par d'autres plus généreux et plus fidèles. N'est-ce pas la décadence des Ordres religieux qui est désignée dans ces paroles menaçantes ? Les âmes qui en font partie ayant manqué à leur mission. Dieu, en punition de cette lâcheté, finit par leur enlever d'antiques apanages pour les donner à d'autres plus ferventes.
Mais la véritable Esther ne manque pas à son devoir. Préparée par le jeûne et la prière, elle se rend auprès du roi et trouve grâce devant ses yeux : Quid vis, Esther regína ? quæ est petítio tua ? étiam si dimídiam partem regni petíeris, dábitur tibi. - Que voulez-vous, reine Esther ? que demandez-vous ? Quand vous me demanderiez la moitié de mon royaume, je vous la donnerais. (Esth. 5,3). Et la très sage princesse, dont l'ambition est sans bornes, et qui connaît la puissance de l'amour, sollicite de son seigneur qu'il daigne s'asseoir à sa table :
Si regi placet, óbsecro ut vénias ad me hódie, et Aman tecum, ad convívium quod parávi.
If it pleases the king, I beg him to come today unto the feast I have prepared for him, and Aman with him. (Ibid. 4)
Remarquons bien qu'Esther invite le roi chez elle et qu'elle ne s'invite pas chez lui : c'est une figure de la vie présente durant laquelle l'âme aspire à posséder son Seigneur dès avant son entrée dans l'éternité. C'est à un repas qu'elle le convie, avec la résolution de l'enivrer du vin de l'amour, sans que la présence de son ennemi Aman puisse l'en détourner. Ainsi le démon sur la terre ne peut-il arracher à la vraie contemplation l'âme qui s'attache généreusement à Dieu ; et tous ses vains efforts ne tournent au contraire qu'à rendre sa condamnation plus grave. La présence d'Aman n'empêche pas l'ivresse sainte du roi, ni ses ineffables complaisances pour celle qui a ravi son cœur, Esther n'est ni intimidée, ni contrainte au silence, ni entravée dans ses desseins; il n'en résulte pour l'ennemi qu'une chute plus honteuse et une défaite plus humiliante.
C'est ce qui arrive toutes les fois que, sur la terre, une épouse du Seigneur, fidèle à sa vocation et employant tous les moyens de sanctification qu'elle tient en son pouvoir, sollicite par son intervention le salut des âmes, comme étant à la fois le fruit, le gage et la récompense de son union avec Notre-Seigneur Jésus-Christ.
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