Feria V 9 Iulii 2026, Hebdomada XIV per annum,
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Livre : Madame Cécile Bruyère, la vie spirituelle et l'oraison

LA VIE SPIRITUELLE ET L'ORAISON

SPIRITUAL LIFE AND PRAYER
FROM SCRIPTURE
AND THE MONASTIC TRADITION
CHAPTER ONE
A few general notions.
The only interest
Le seul intérêt de tout homme est d'atteindre la fin que Dieu s'est proposée en le faisant sortir du néant. Connaître la voie qui conduit à cette fin désirable, savoir les obstacles qui peuvent arrêter la marche ou la détourner de l'unique but, s'éclairer sur les oppositions et les résistances que nous portons en nous-mêmes, est l'étude la plus raisonnable, la plus sage et la plus nécessaire que nous puissions entreprendre.
Les secrets de la vie spirituelle ne sont pas, ainsi qu'on le croit trop généralement, réservés de droit à un petit nombre d'âmes choisies, ou aux amateurs de spécialités religieuses. Nous sommes tous créés de Dieu, tous appelés à nous sauver, notre régénération s'opère par le même procédé, et ainsi que le dit saint Paul :
Unum corpus et unus Spíritus, sicut et vocáti estis in una spe vocatiónis vestrae; unus Dóminus, una fides, unum baptísma;unus Deus et Pater ómnium, qui super omnes et per ómnia et in ómnibus.
Il y a (Soyez) un seul corps et un seul esprit, comme vous avez été appelés à une seule espérance par votre vocation. Il y a un seul Seigneur, une seule foi, un seul baptême. Il y a un seul Dieu et Père de tous, qui est au-dessus de tous, qui agit par tous, et qui réside en nous tous. (Eph 4,4-6)
Enfin la même vision intuitive nous mettra en possession de la bienheureuse éternité.
Il doit donc y avoir pour tous une préparation nécessaire ; et, si elle a des degrés divers dans la proportion selon laquelle la grâce nous est donnée de Dieu, le terme néanmoins demeure unique :
Donec occurrámus omnes in unitátem fídei et agnitiónis Fílii Dei, in virum perféctum, in mensúram aetátis plenitúdinis Christi.
Jusqu’à ce que nous parvenions tous à l’unité de la foi et de la connaissance du Fils de Dieu, à l’état d’homme parfait, à la mesure de l’âge de la plénitude du Christ. (Eph 4,13)
Or il se trouve que, dès cette vie terrestre, apprentissage et préparation de notre vie future, la loi de l'éternité s'applique déjà tout entière. Le seul intérêt de cette vie est en effet pour nous de tendre, à travers les ombres de la foi, à un essai, à une initiation de ce que sera le plein épanouissement de la vie éternelle. Les desseins de Dieu sur notre temps d'épreuve tendent tous à notre perfectionnement surnaturel, et l'entier développement de notre foi doit nous conduire jusqu'aux frontières de la vision intuitive, dans une espérance ferme, assurée de la possession, dans la vigueur d'une charité qui est ici-bas déjà tout ce qu'elle sera dans l'éternité.
The search for happiness
Tous les hommes, chrétiens et autres, cherchent le bonheur : seule la conception que s'en font les uns et les autres diffère avec les procédés et les moyens, ce qui ne saurait surprendre ; mais ce qui étonne vraiment, c'est que nombre de chrétiens, pénétrés à leur insu d'idées païennes, méconnaissent les conditions du bonheur, prétendent le trouver hors de Dieu et de sa volonté obéie, et se fatiguent dans une recherche qui ne saurait aboutir.
Le bonheur n'est point en dehors du bien : il serait profondément immoral, comprenons-le, que l'homme adulte pût être, ici-bas ou dans la vie future, heureux du vrai bonheur, en dehors de la vertu. C'est au bien, c'est à la possession du bien qu'est attaché le bonheur; tel sera le bien, tel sera le bonheur qui en dépend. Il y a équation absolue entre la cause et l'effet. Toute jouissance grossière, toute satisfaction vide et fausse est à la fois l'attachement à une chose créée, et une désertion réelle du vrai bien et du vrai bonheur. Chercher le bonheur, sans le chercher dans la ligne du bien, est une illusion. Ces principes, presque naïfs à force d'évidence, nous sont chaque jour inculqués par les faits. C'est bien en vain qu'on accumule dans une société les moyens de jouir, et qu'on vulgarise tous les procédés du bien-être : si elle ne se maintient ou ne s'élève dans sa moralité, l'affaiblissement du sens moral ferme les sources du bonheur, et l'homme s'en va à la désespérance, au pessimisme découragé, au dégoût de la vie. C'est la redoutable logique des faits, la vengeance de Dieu, lorsqu'on méprise sa loi, qui n'est que la règle du bien et la voie du bonheur :
Lucérna pédibus meis verbum tuum, et lumen sémitis meis.
Votre parole est une lampe devant mes pas, et une lumière dans mes sentiers. (Ps. 118,105)
A reconnaître la vérité de ces réflexions, la raison et l'expérience suffisent : la doctrine surnaturelle les confirme encore. L'ancienne loi promettait une récompense à l'observation de ses préceptes. En proclamant la loi nouvelle, complément du décalogue, Notre-Seigneur Jésus-Christ a montré les béatitudes comme le fruit le plus exquis du bien, comme le salaire de la vertu héroïque ; et, afin de réformer des impressions inexactes, il a usé d'un paradoxe divin, il a emprunté aux épreuves mêmes de notre vie terrestre, es conditions, les garanties, les moyens d'un bonheur nouveau :
Beáti qui lugent... Beáti qui persecutiónem patiúntur propter justítiam.
Bienheureux ceux qui pleurent.... Bienheureux ceux qui souffrent persécution pour la justice. (Mt 5,10)
Sa doctrine pousse plus loin encore : ce n'est pas un bonheur lointain qu'il promet, c'est une félicité présente qu'il assure et qu'il confère aux pauvres et aux persécutés : le bien qu'ils ont poursuivi est plus excellent, le bonheur qui en découle brave en quelque sorte les tristesses de l'exil et triomphe de la nature. Aussi ajoute-t-il :
Gaudete et exsultate
Rejoice and be glad (Ibid., 12).
For there is a happiness other than that which consists in the enjoyment of the good that is seen: for us, we do not consent to seek any other good than God, nor any other beatitude than the outpouring in us of his eternal bliss :
Intra in gaudium Domini tui
Enter into the joy of thy master (Mt 25:21).
This happiness, being borrowed from naught created, is not subordinate unto the events of this world. As such, it is superior to everything else, and subsists in the midst of the most diverse external opportunities. Still imperfect in this world, forasmuch as the sovereign good is not fully delivered unto us, and forasmuch as we live in faith, naught external can diminish it in us: only the failings of our will could compromise it.
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