Feria V 9 Iulii 2026, Hebdomada XIV per annum,
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Livre : Madame Cécile Bruyère, la vie spirituelle et l'oraison

CHAPITRE XX

CHAPITRE XX
Les vrais adorateurs.
Nous venons de voir l'âme arrivée au plein épanouissement de la vie surnaturelle, à une sorte d'achèvement qui réalise le désir du Père céleste formellement révélé par son divin Fils, à l'état qui doit être l'objet de notre unique ambition.
Notre-Seigneur Jésus-Christ, qui est placé en tête du livre, ainsi que dit le psaume, c'est-à-dire qui est le premier-né de toute créature, n'a point donné d'autre but à sa vie mortelle. Par l'Incarnation, et dans toutes les actions de sa course terrestre, ses abaissements, ses prédications, ses miracles, ses oraisons, ses souffrances, sa mort, sa résurrection, il n'a eu d'autre fin que de donner à son Père toute la gloire que son humanité sainte était capable de lui offrir. Et son zèle ne s'est pas borné à cet effort personnel : il a voulu manifestement entraîner après lui dans cette voie tous ceux dont il a été constitué le chef; il l'a fait par l'exemple et par la parole, en nous révélant les desseins cachés et les désirs intimes de l'auguste Trinité.
Une circonstance spéciale de son pèlerinage terrestre est particulièrement importante sous ce rapport, et mérite d'être étudiée jusque dans ses moindres détails (Jn 4). Le Seigneur, quittant la Judée et se rendant en Galilée, passe par la Samarie et s'arrête, fatigué du voyage, au puits de Jacob. Il était fatigué, et cette fatigue était réelle en même temps qu'elle était une condescendance, car par là il voulait bien démontrer à tous la réalité de sa nature humaine, et sa volonté de ne point faire intervenir le miracle à tout propos.
La proximité de ce puits convenait pour la halte du Seigneur ; car au temps des figures, les puits étaient, non sans raisons mystérieuses, le lieu choisi de préférence pour conclure les alliances. L'heure de midi, c'est-à-dire la plénitude de la lumière du jour, était bien aussi le temps marqué pour la révélation nouvelle qu'il devait faire des secrets desseins de son Père.
Par la bouche du Psalmiste il avait juré de ne prendre aucun repos, jusqu'au jour où il aurait trouvé pour Dieu un temple : Donec inveniam locum Domino, tabernaculum Deo Jacob - Jusqu'à ce que je trouve un lieu pour le Seigneur, un tabernacle pour le Dieu de Jacob. (Ps 131,5) Mais aujourd'hui l'heure étant venue, les temps étant accomplis, il s'assied sur le chemin des voyageurs et attend l'humanité. Celle-ci ne tarde pas à paraître, inconsciente et souillée, sous la figure de la femme de Samarie à laquelle il daigne réclamer à boire. Ah ! la pauvre humanité pécheresse, que pourrait-elle donc offrir à son Créateur pour apaiser sa soif !
Aussi cette demande pleine d'un mystère profond la déconcerte et l'étonné. A travers son ignorance, elle entrevoit confusément cependant les obstacles qui s'opposent aux offres de Dieu ; et si les raisons qu'elle donne ne sont pas les plus réelles et les meilleures, elles traduisent néanmoins, avec son étonnement, le sentiment exact de son impuissance. Il y a un abîme entre elle et celui qui lui demande à boire ; mais à peine a-t-elle reconnu humblement les obstacles que le Seigneur lui offre de les enlever lui-même : Si scires donum Domini ! – Si tu savais le don de Dieu !  Le Seigneur, dans son empressement de découvrir des horizons nouveaux à cette pauvre humanité aveugle, commence à vouloir lui faire toucher du doigt ses misères : Vade, voca virum tuum et veni huc. - Va, appelle ton mari, et viens ici. (Jn 4,16)
Ce vir est interprété par les Pères, et par saint Augustin en particulier, comme étant l'intelligence qui doit régir la créature raisonnable. Le Seigneur voudrait d'abord la voir régner chez la Samaritaine ; il aspire à illuminer, à enseigner et à régir cette raison qu'il appelle en vain chez cette pauvre femme : Non habeo virum, - Je n’ai pas de mari (Jn4,17) répond-elle très justement. Jusqu'ici la partie inférieure a dominé chez elle ; elle en convient, et le Seigneur lui sait doucement gré d'en avoir convenu Bene dixisti, quia non habeo virum; quinque enim viros habuisti, et nunc, quem habes, non est tuus vir : hoc vere dixisti. - Tu as eu raison de dire: Je n'ai pas de mari; car tu as eu cinq maris, et maintenant celui que tu as n'est pas ton mari; en cela, tu as dit vrai. Les sens l'ont déçue, elle a été leur esclave et leur victime; sa vie a été grossière et charnelle au lieu d'être, comme elle l'aurait dû, spirituelle et raisonnable.
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