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Livre : Madame Cécile Bruyère, la vie spirituelle et l'oraison
« Les maîtres de la vie spirituelle, est-il dit dans les Ins...
« Les maîtres de la vie spirituelle, est-il dit dans les Institutions de Cassien, pensent qu'il vaut mieux faire des prières courtes et les répéter plus souvent. En multipliant ces prières, nous nous attacherons plus intimement à Dieu, et, en les faisant courtes, nous éviterons mieux les traits que le démon lance, surtout alors, contre nous . » (Cassien, Instit., livre. II, Ch. X).
« Ainsi, dit-il encore ailleurs, nous devons faire des prières courtes, mais fréquentes, de peur que, si elles étaient longues, l’ennemi n'eût le temps de jeter quelques distractions dans notre cœur -. » (Cassien, Coll. IX, Ch. XXXVI). Selon ces saints hommes, la prière brève était donc plus facilement pure, parce qu'elle était exempte de distractions ; et, pour arriver à l'union avec Dieu, ils estimaient très efficaces ces rapides élans qui partent du cœur, et qui sont de beaucoup préférables à une prière prolongée et pleine de mollesse. Les psaumes, forme et type de toute prière, présentent nombre de ces aspirations courtes et expressives. Le verset, Deus in adjutorium meum intende, avait spécialement frappé nos anciens, et sainte Catherine de Sienne l'affectionnait particulièrement, comme sainte Thérèse aimait le Misericordias Domini in aeternum cantabo.
Du reste, il n'y a pas à se créer un système, mais à suivre docilement la pente de notre âme et l'action de l'Esprit de Dieu. ;
C'est ainsi que l’âme parvient non seulement à garder durant le cours de sa journée le sentiment de la présence de Dieu, mais à s'entretenir doucement avec lui, soit de cœur seulement, soit de cœur et de bouche ; et cela, sans que nulle occupation manuelle ou intellectuelle puisse l'en détourner. L'âme, qui est fidèle à cette pratique et qui s'y applique généreusement, peut penser qu'elle se rapproche par là du semper orare - prier sans cesse de l'Evangile. Elle y trouve un grand secours pour imposer silence à ses passions, réduire une trop grande activité extérieure, sortir de la paresse spirituelle. Elle s'accoutume ainsi à vivre dans l'intimité de Dieu, et pratique ce qu'enseignait saint Jérôme à la sainte vierge Eustochie
: Semper te cubiculi tui secreta custodiant, semper tecum sponsus ludat intrinsecus. Oras: loqueris ad sponsum; legis: ille tibi loquitur, et, cum te.
"Close upon thee the door of thy cell where the Spouse dwells familiarly with thee. If thou prayest, thou speakest unto the Bridegroom; if thou read, he speaketh unto thee". (Hieron., Episl. ad Eust.)
N'est-ce point ce que nous trouvons sous une autre forme dans la légende de saint Hugues, abbé de Cluny :
Silens quidem semper cum Domino; loquens autem semper in Domino, vel de Domino loquebatur -
"If he kept silence, he was with God; if he spake, it was in God and of God that he spake. (Vita S. Hug., ch. I.)
The supernatural life then increases from hour to hour, so to speak, and grows until such time as it produces the perfection of charity, which is holiness.
Cependant la fragilité humaine est telle que ces pieuses industries, dont le but est de former en nous l'esprit de prière, demeureraient insuffisantes, si l’âme ne se réservait chaque jour quelques instants pour se rendre à elle-même un compte exact de ses dispositions et de ses fautes. Autant il est malsain pour nous de ne jamais sortir de la préoccupation de nous-mêmes, et de convertir toute prière mentale en examen de conscience : autant il est pernicieux, surtout pour les commençants, les esprits légers, les personnes dont les défauts sont encore peu maîtrisés, de ne jamais s'observer pour se juger et se reprendre. Nous pensons même que l'avancement de l'âme peut être grandement entravé par cette négligence :
Cogitávi vias meas, et convérti pedes meos in testimónia tua.
I have considered my ways, and have turned my steps to thy precepts (testimonies). (Ps 118,59).
C'est là une pratique ancienne, basée sur la saine raison, et à laquelle se livrait le saint roi Ézéchias :
Recogitábo tibi omnes annos meos in amaritúdine ánimæ meæ.
I will spend all my years before thee in the bitterness of my soul (Is 38:15).
It is not an examination of conscience of any kind; it is done before God, in the light of the graces received from his goodness, as on the threshold of eternity; it giveth rise to complete abandonment into the fatherly hands of the Lord, and fills the soul with a humble confidence that makes it say:
Dómine, si sic vívitur, et in tálibus vita spíritus mei, corrípies me, et vivificábis me.
Lord, if this is how one lives, if the life of my spirit consists in these things, thou shalt chastise me and give me back my life (Is, 38,16).
These sentiments are a far cry from the illusions of those who believe that judgment is far away, and that time belongs unto them.
Quand l'âme se juge ainsi elle-même devant Dieu, sans excuse, sans exagération, et qu'elle se remet aux mains de son Sauveur, cette seule action lui fait trouver grâce et pitié. Couverte de ses fautes, l'âme humaine comparaît devant lui comme cette pauvre femme qu'on traînait devant le Sauveur en l'accusant, et qui, dans sa honte, ne savait rien dire pour se défendre :
Múlier, ubi sunt qui te accusábant ? nemo te condemnávit ? Quæ dixit : Nemo, Dómine. Dixit autem Jesus : Nec ego te condemnábo : vade, et jam ámplius noli peccáre.
Woman, where are those who accused thou? Has no one condemned thou? She said, "No one, Lord. Jesus said unto her: Neither will I condemn thou; go and sin no more (Jn 8:10-11).
Ne semble-t-il pas que la souveraine sainteté se trouve comme désarmée devant cette pécheresse qui se juge elle-même par son propre silence ?
Il importe donc grandement à la sanctification que l'âme, une fois par jour au moins, s'examine, et constate non seulement les fautes théologiques dont elle s'est rendue coupable, mais ses imperfections et ses tendances secrètes. C'est un sûr procédé pour se reconnaître soi-même, pour déjouer les artifices du malin qui a le plus ordinairement comme alliés notre inattention et notre étourderie ; c'est le moyen de réparer nos pertes de chaque jour par un fervent désaveu, d'obtenir des grâces abondantes, de préparer enfin un continuel amendement de notre vie. Saint Benoît ne pouvait omettre de parler d'une pratique si importante ; il la recommande ainsi :
Mala sua praeteria cum lacrimis vel gemitu quotidie in oratione Deo confiteri, et de ipsis malis de cetero emendare.
"Confess daily to God in prayer, with tears and groans, his past faults, putting moreover his care into correcting the evil in himself." (Regul., IV, 58.)
Which the psalm also renders in this form:
Ánima mea in mánibus meis semper, et legem tuam non sum oblítus.
My soul is evermore in my hands, and I have not forgotten thy law. (Ps 118,109)