← Retour aux livres
Livre : Madame Cécile Bruyère, la vie spirituelle et l'oraison
Cette idée de l'âme humaine, considérée comme un temple, éta...
Cette idée de l'âme humaine, considérée comme un temple, était si familière aux premiers chrétiens que, dans l'épître attribuée à saint Barnabé, nous entendons l'auteur inconnu consoler les Juifs et les premiers chrétiens de la destruction du temple de Jérusalem par une doctrine semblable, en concluant son discours : « Le temple a été détruit, y est-il dit ; il n'est plus. Voyons pourtant s'il n'existe pas un autre temple de Dieu. Avant que nous eussions embrassé la foi, notre cœur ressemblait véritablement aux temples élevés par la main des hommes, c'était une demeure de corruption et de faiblesse. Livré aux cultes des idoles, il était le séjour des démons. Tout y était l'ennemi de Dieu. Mais voici que le Seigneur va se construire un temple digne de sa magnificence. Par la rémission des péchés que nous avons reçue, par l'espérance que nous plaçons dans le nom du Seigneur, nous sommes devenus des hommes nouveaux, une création complètement neuve. En sorte que Dieu habite véritablement en nous et dans le temple de notre cœur par la foi, par la vocation à la promesse, par la sagesse de ses commandements, par les préceptes de sa doctrine. C'est ainsi qu'il prophétise en nous et qu'il y réside.
« Nous étions voués à la mort, et il nous ouvre les portes du temple intérieur, temple incorruptible et immortel élevé dans nos âmes par la pénitence. Quiconque aspire au salut ne doit donc pas s'arrêter à l'homme extérieur, il doit considérer celui qui habite dans l'homme et qui parle en lui, concentrant toutes les puissances de son âme dans l'admiration d'un langage qu'il n'a jamais entendu et qui dépasse tous ses vœux. Voilà le temple spirituel que s'est élevé le Seigneur '. » (Epist. S. Barnaba; apost., cap. xvi.)
Ainsi, dans les temps apostoliques, était donné le programme de la vie spirituelle de la façon la plus haute et la plus complète. Le christianisme n'était jamais envisagé sous la forme trop souvent vulgaire et rabaissée que nous voyons aujourd’hui ; tous savaient au moins ce qu'était un chrétien, alors même que tous ne voulaient pas tirer les conséquences pratiques de leur dignité.
Le baptisé est donc un temple que la main humaine n'a pas élevé. Ce temple a des profondeurs où nul ne peut pénétrer, si ce n'est celui-là même qui l'a bâti et qui y réside dans la majesté : Quis enim hominum scit quae sunt hominis, nisi spiritus hominis, qui in ipso est? « Qui donc sait, parmi les hommes, ce qui est dans l'homme, sinon l'esprit de l'homme qui est en lui ? » (1Cor 2,11) Voilà bien un vrai sanctuaire où aucun profane ne peut être admis, dont la divinité s'est réservé l'entrée, et dans lequel l'homme charnel ne saurait même descendre : l'homme rendu spirituel par l'affranchissement des sens peut seul y avoir accès. Tous les maîtres de la vie spirituelle ont reconnu cette profondeur de l'âme humaine, ainsi que la difficulté où se trouvent la plupart des hommes de pénétrer dans le sanctuaire de leur âme pour y trouver l'auguste majesté qui y réside. Il faut y avoir été introduit par l'action du Saint-Esprit à laquelle nos efforts se seront unis, non seulement en ne lui opposant aucun obstacle, mais aussi en prêtant à l'Esprit une coopération généreuse et constante qui nous aura fait parcourir tous les degrés d'initiation dont nous avons parlé dans ce traité.
Ce sanctuaire est donc comme un ciel dans lequel se retrouvent toutes les réalités de l'autre. Sainte Thérèse parlant de la septième demeure da château intérieur, dit : « Lorsqu'il plaît à Notre-Seigneur d'avoir compassion de ce qu'a souffert et souffre une âme pour son ardent désir de le posséder, et qu'il a déjà résolu de la prendre pour son épouse, il la fait entrer dans cette septième demeure qui est la sienne, avant de célébrer ce mariage spirituel. Car le ciel n'est pas son seul séjour : il en a aussi un dans l'âme, que l'on peut nommer un autre ciel. » (Sept. dem., chap. i)
On ne peut s'étonner dès lors que l'homme, bien que consacré à Dieu par le baptême et la confirmation, ne puisse pourtant obtenir accès dans son propre sanctuaire que par les exercices de la vie spirituelle ; car c'est la parole même du Seigneur : Si quis diligit me, sermonem meum servabit, et Pater meus diliget eum, et ad eum veniemus, et mansionem apud eum faciemus; - Si quelqu'un m'aime, il gardera ma parole, et mon Père l'aimera, et nous viendrons à lui, et nous ferons chez lui notre demeure. (Jn 14,23) La condition expresse de cette intimité est donc la garde des préceptes et une exacte fidélité, non point la fidélité servile, mais celle de l'amour. Ajoutons même que l'Apôtre a rendu cette question plus claire encore, en disant : Ita et quae Dei sunt, nemo cognovit, nisi Spiritus Dei. - Ainsi, ce qui est en Dieu, personne ne le connaît, si ce n'est l'Esprit de Dieu. (1Cor 2,11). Or comme Dieu réside dans le sanctuaire dont nous parlons, l'Esprit-Saint peut seul donner à l'âme l'expérience de ce qui s'y passe.
Le ciel de l'âme possède donc l'auguste Trinité, et, comme dans le ciel des bienheureux, on trouve ce que saint Jean dit avoir vu dans le sanctuaire céleste : Et ostendit mihi fluvium aquae vitae, splendidum tamquam crystallum, procedentem de sede Dei et Agni. - Et il me montra un fleuve d'eau vive, limpide comme du cristal, qui sortait du trône de Dieu et de l'Agneau. (Apc 22,1) Ce fleuve coule aussi dans l'âme humaine, c'est notre Sauveur qui nous l'affirme : Qui credit in me, sicut dicit Scriptura, flumina de ventre ejus fluent aquae vivae. Hoc autem dixit de Spiritu, quem accepturi erant credentes in eum. - Celui qui croit en Moi, des fleuves d'eau vive couleront de son sein, comme dit l'Ecriture. Il dit cela de l'Esprit que devaient recevoir ceux qui croyaient en Lui. (Jn 7,38-39)
La présence de l'Agneau vainqueur, stantem (debout), et immolé, tamquam occisum, y est également assurée par l'auguste sacrement de l'Eucharistie, dont la grâce persévère en nous, même après la disparition des espèces consacrées, selon la parole formelle du Seigneur Jésus : In me manet, et ego in illo ; demeure en moi, et moi en lui. (Jn 6,57) et celle de l'Apôtre : Christum habitare per fidem in cordibus vestris - le Christ habite par la foi dans vos cœurs. (Eph 3,17)