Feria V 9 Iulii 2026, Hebdomada XIV per annum,
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Livre : Madame Cécile Bruyère, la vie spirituelle et l'oraison

CHAPITRE XXIII

CHAPITRE XXIII
Il n'y a qu'une liturgie.
Dieu n'a pu créer que pour sa gloire, et tout le devoir des créatures intelligentes doit être par là même ramené à cette pensée unique d'un culte non seulement intérieur, mais encore visible et solennel, rendu à la divine majesté.
Celui qui est inscrit en tête du livre, Notre Seigneur Jésus-Christ, le primogenitus omnis creaturae est le premier qui rend à Dieu ce culte suprême voulu éternellement par la volonté divine : Ecce venio, ut faciam, Deus, voluntatem tuam. « Voici que je viens pour faire, ô Dieu, votre volonté. » (Hebr 10,9) Il est venu pour rendre à son Père, comme créature, l'hommage le plus complet que Dieu puisse recevoir, une gloire qui soit à la taille de Dieu pour ainsi dire, puisqu'elle lui est offerte par Dieu lui-même, l'union hypostatique donnant à la nature humaine du Verbe Incarné une dignité et une splendeur uniques : Ideo ingrediens mundum dicit : Hostiam et oblationem noluisti : corpus autem aptasti mihi :. « C'est pourquoi le Fils de Dieu entrant dans le monde dit : Vous n'avez point voulu d'hostie ni d'oblation, mais vous m'avez formé un corps » (Hebr 10,5) La résolution de Notre-Seigneur était évidente : son Incarnation avait pour but de le rendre capable d'être pontife et hostie, afin d'offrir à la divinité le culte le plus parfait et le plus élevé qu'une créature intelligente pût offrir.
La venue du Fils de Dieu sur terre eut encore une autre conséquence. Quoi qu'il en soit du motif de l'Incarnation, elle atteignit aussitôt ce résultat : d'associer à l'œuvre liturgique des créatures intelligentes, élevées à l'état surnaturel, et pour lesquelles le Fils de Dieu devait pousser la condescendance jusqu'à se faire non seulement holocauste, mais hostie pour le péché, effaçant leurs fautes, réparant toutes les erreurs ; de telle sorte que ces créatures concourussent désormais à son propre sacrifice, comme les membres d'un même corps dont il est le chef : In qua voluntate sanctificati sumus per oblationem corporis Jesu Christi semel. « Or c'est cette volonté qui nous a sanctifiés par l'oblation du corps de Jésus-Christ, qui a eu lieu une seule fois. » (Hebr 10,10).
La mission du Verbe Incarné est donc une mission de pontife ; c'est en cette qualité que l'apôtre saint Paul voulait qu'il fût considéré par les chrétiens parfaits : Unde, fratres sancti, vocationis caelestis participes, considerate Apostolum, et pontificem confessionis nostrae Jesum : qui fidelis est ei, qui fecit illum, sicut et Moyses in omni domo ejus. « Vous donc, frères saints, participants de la vocation céleste, considérez Jésus, l'apôtre et le pontife de la religion que nous professons ; voyez comme il est fidèle à celui qui l'a établi tel. » (Hebr 3,1-2) Or, ce sacerdoce n'a pas été reçu dans le Christ d'une manière transitoire et momentanée, mais d'une manière permanente : Hic autem eo quod maneat in aeternum, sempiternum habet sacerdotium. Unde et salvare in perpetuum potest accedentes per semetipsum ad Deum : semper vivens ad interpellandum pro nobis. « Mais comme celui-ci demeure éternellement, il possède un sacerdoce éternel. C'est pourquoi il peut toujours sauver ceux qui s'approchent de Dieu par lui, étant toujours vivant pour intercéder pour nous. » (Hebr 7,24-25)
Ainsi le souverain pontificat est éternel et son exercice est à jamais : non seulement dans la personne adorable du Fils de Dieu, mais encore dans cette tribu sacerdotale dont il est le chef, genus electum, regale sacerdotium, « race choisie, sacerdoce royal » (1P 2,9) où tous sont prêtres, bien qu'à des degrés divers, et tous appelés à concélébrer avec le pontife souverain. Le sacrifice offert par lui est unique, car il ne pouvait offrir plusieurs fois un sacrifice qui demeure, et qui épuise par une seule et permanente oblation toutes les justes réclamations de la majesté divine. Non enim in manufacta Sancta Jesus introivit exemplaria verorum : sed in ipsum caelum, ut appareat nunc vultui Dei pro nobis : ... Christus semel oblatus est ad multorum exhaurienda peccata : secundo sine peccato apparebit exspectantibus se, in salutem. « En effet Jésus n'est pas entré dans ce sanctuaire fait de main d'homme qui n'était que la figure du véritable, mais dans le ciel même, afin d'être maintenant présent en notre faveur devant la face de Dieu... Le Christ a été offert une fois pour effacer les péchés de plusieurs. » (Hbr 9,24.28)
On ne peut donc s'étonner que saint Jean, regardant avec son œil d'aigle ce qui se passe dans l'inaccessible lumière, nous ait montré Jésus, notre pontife, l'auteur et le consommateur de notre foi, exerçant son ministère au centre de la création rachetée dont il est la clef de voûte. Il célèbre au milieu du trône même, car il est Dieu ; et les anéantissements de son Incarnation, les opprobres que lui a valus notre rédemption, loin de lui soustraire les honneurs qui lui sont dus, ont porté son Père à exalter son nom d'homme au-dessus de tout nom : Et omnis lingua confiteatur, quia Dominus Jesus Christus in gloria est Dei Patris. « Et que toute langue confesse que le Seigneur Jésus-Christ est dans la gloire de Dieu le Père » (Phil 2,11) C'est donc au sein de la gloire du Père, au centre du trône que nous voyons l'Agneau, debout comme un triomphateur et un sacrificateur, Agnum stantem tamquam occisum, habentem cornua septem, et oculos septem - un Agneau était debout, comme égorgé ; il avait sept cornes et sept yeux, qui sont les sept esprits de Dieu, envoyés par toute la terre. (Apc 5,6)  . Il est immolé, car il est la victime universelle ; il porte les sept cornes, symbole de la puissance de l'Esprit septiforme qui s'est reposé sur lui et l'a oint prae consortibus suis.(plus que ses compagnons) Seul il a le pouvoir de lever les sept sceaux du livre, car il est l'hiérarque suprême, l'initiateur par excellence et l'interprète des plus profonds mystères ; ce droit lui a été obtenu par sa victoire. Mais à peine l'exerce-t-il, que les quatre animaux et les vingt-quatre vieillards se prosternent devant lui ; les cithares de la louange divine éclatent de toutes parts, l'encens de la prière des saints fume dans les coupes d'or, et les rachetés font résonner l'hymne de leur perpétuelle reconnaissance : Dignus es, Domine, accipere librum, et aperire signacula ejus : quoniam occisus es, et redemisti nos Deo in sanguine tuo ex omni tribu, et lingua, et populo, et natione : et fecisti nos Deo nostro regnum, et sacerdotes -. Vous êtes digne, Seigneur, de prendre le livre et d'en ouvrir les sceaux; car Vous avez été égorgé, et par Votre sang Vous nous avez rachetés pour Dieu, de toute tribu, de toute langue, de tout peuple et de toute nation et Vous nous avez faits rois et prêtres pour notre Dieu. (Apc 5, 9-10)
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