Feria V 9 Iulii 2026, Hebdomada XIV per annum,
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Livre : Madame Cécile Bruyère, la vie spirituelle et l'oraison

A plus forte raison le Nouveau Testament, qui devait dans le...

A plus forte raison le Nouveau Testament, qui devait dans le plan divin rendre universelle cette sublime connaissance de Dieu, contient-il le récit de manifestations encore plus explicites. Au baptême de Notre-Seigneur, par exemple, cette manifestation se fit d'une manière sensible. Mais le sommet de la contemplation, dans l'état de voie, ne se trouve nulle part plus vivement figuré que dans le mystère de la Transfiguration. On dirait que notre divin Sauveur a voulu donner là un tableau complet de l'état que nous cherchons à décrire. Tout d'abord les Apôtres voient le Seigneur d'une vision corporelle en gravissant la montagne ; puis la gloire du Verbe resplendit sur son humanité comme dans une vision imaginaire très noble. Moïse et Élie représentent les deux éléments qui ont soutenu l'âme jusque-là dans la voie : la loi des préceptes divins, et les illuminations directes de la prophétie. Pierre alors se persuade qu'on ne saurait aller plus loin et qu'il faut s'arrêter là; mais Dieu veut introduire les siens dans une manifestation plus profonde de lui-même : Adhuc eo loquente, ecce nubes lucida obumbravit eos. Et ecce vox de nube, dicens : Hic est Filius meus dilectus, in quo mihi bene complacui : ipsum audite. Comme il parlait encore, voici qu'une nuée lumineuse les couvrit; et voici qu'une voix sortit de la nuée, disant: Celui-ci est Mon Fils bien-aimé, en qui J'ai mis toutes Mes complaisances; écoutez-Le. (Mt 17,5) La nuée par son éclat lumineux les introduit dans l'obscurité divine, qui leur dérobe la vue sensible et jusqu'à l'éclat de l'humanité du Seigneur Jésus ; et c'est alors que le redoutable mystère de la sainte Trinité se dévoile à eux, et que chacune des trois divines personnes donnant aux Apôtres un éclatant témoignage, ils perdent la vue distincte de tout le reste.
La même nuée lumineuse cache encore le Seigneur Jésus au moment de sa triomphante Ascension Et cum haec dixisset, videntibus illis, elevatus est : et nubes suscepit eum ab oculis eorum. Après qu'Il eut dit ces paroles, sous leurs regards Il fut élevé, et une nuée Le déroba à leurs yeux. (Ac 1,9) les Apôtres étant invités ainsi à chercher Dieu désormais dans cette nuée qui devait, dix jours après, les mettre en possession de toutes les splendeurs que le divin Maître leur avait promises et obtenues. L'épouse parfaite, qui est l'Eglise aussi bien que l'âme, peut dire alors : Sub umbra illius quem desideraveram sedi.  - Je me suis assise à l'ombre de celui que j'avais désiré (Ct 2,3). L'ombre de la Vérité éternelle, c'est l'Esprit-Saint qui unit l'âme à son bien-aimé d'une manière ineffable ; et comme l'ombre reproduit toujours la réalité de laquelle elle procède, ainsi le divin Esprit ne peut imprimer dans l'âme de l'épouse que la ressemblance de celui qui est imago Dei invisibilis - image du Dieu invisible (Col 1,15), et figura substantiae eius – figure de sa substance (He 1,3). Quelquefois l'opération de ce divin Esprit a été jusqu'à buriner une ressemblance physique avec le type divin, comme dans saint François d'Assise, sainte Catherine de Sienne et d'autres encore.
C'est à la lumière de cette haute doctrine qu'il faut apprécier l'intention de l'Eglise dans certains rites liturgiques, comme la tradition de l'anneau aux vierges consacrées : Desponso te Jesu Christo, Filio summi Patris.. Accipe ergo annulum fidei, signaculum Spiritiis Sancti, ut sponsa Dei voceris. – Je vous donne pour épouse à Jésus Christ le Fils du Père tout puissant. Recevez l’anneau de la foi, le signe de l’Esprit Saint, pour que vous soyez appelée épouse de Dieu.
De même, parmi les rites de la profession monastique, le plus ancien, le plus universel est la triple invocation aux divines personnes sous la forme de solennelles oraisons. Les Actes des martyrs sont pleins de témoignages qui révèlent que les âmes les plus unies à Dieu ont toujours ressenti cette union transformante avec les mêmes caractères. La glorieuse vierge Cécile ayant achevé sa course et épuisé le mystérieux délai de trois jours, posant le pied sur le seuil de l'éternité, laissait à son enveloppe mortelle pour dernière empreinte la confession de l'auguste Trinité. Ainsi se témoigne encore après tant de siècles le secret du cœur de cette vierge, martyre et apôtre, qui semblait avoir reçu le privilège de gagner par sa parole éloquente des âmes sans nombre, pour les faire baptiser au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit.
Le grand docteur saint Hilaire nous dit dans son commentaire sur le psaume cxviii, verset 32 : Viam mandatornm tuorum cucurri cum dilatasti cor meum. Dilatatum est cor, quod per fidem capax doctrinae Dei panditur. Et hoc de credentibus dictum est : Et inhahitabo et inambulabo in eis. Cor igitur dilalatur, in quo sacramentum Patris et Filii residet ; in quo capaci habitatione Spiritus Sanctus delectatur. « J'ai couru la voie de vos commandements, lorsque vous avez eu dilaté mon cœur. Le cœur qui se dilate est celui qui a reçu la foi, et par elle s'ouvre à l'enseignement de Dieu. Aussi a-t-il été dit de ceux qui croient : J'habiterai et séjournerai au milieu d'eux. Le cœur qui se dilate, c'est celui où repose doucement le mystère du Père et du Fils, celui que l'Esprit de Dieu agrandit par sa présence et où il se complaît » (Hilar., Tract ., in ps cxviii)
Denys le Chartreux, au xiv° siècle, ne tient pas un autre langage : Tune ea quae fidei sunt, cum rationibus credeudorum et purificatae mentis intelligentia contemplaberis dulciter et sincère ; ac supergloriosissimam Trinitatis gloriam, emanationem et communicationem ad intra, mutuam intuitionem, dilectionem, fruitionem, consistentiam aeternalem, superdeliciosam, superfelicissimam et supersanctissimam intueberis deiformiter, assidue et serene. Tune respectu infiniti et incircumscriptibilis Dei erit tibi angusta et modica omnis creatura, in solo quoque Deo tua erit consolalio omnis et affectio tua.  « Alors il te sera donné de voir en toute suavité et vérité, avec l'intelligence d'une âme purifiée et pénétrant les motifs et raisons secrètes des mystères, tout ce que nous présente la foi ; alors tu pourras, inondé de la lumière déifique, entrer dans la contemplation assidue et sereine de la gloire inaccessible de l'auguste Trinité, considérer les processions et les relations des divines personnes ad intra, leur amour mutuel et la jouissance qu'elles goûtent en elles-mêmes; le regard ineffable par lequel elles se contemplent l'une l'autre, leur éternelle et immuable essence souverainement glorieuse et béatifiante. Alors, en présence de l'infinité et de l'immensité de Dieu, toute créature te semblera petite et étroite ; et en Dieu seul sera toute ta consolation et tout ton amour » (Dionys. Carthus., Flamm. div. amoris. ) Le même auteur dit aussi que Dieu n'a plus alors rien de caché pour l'âme qui devient la confidente de ses secrets. Comme elle a renoncé généreusement à toutes choses, même à ce qui est jouissance intellectuelle. Dieu la dédommage en se communiquant à elle dans sa plénitude : Quoniam non cognovi litteraturam, introibo in potentias Domini- Ne connaissant pas la science humaine, je contemplerai les oeuvres puissantes du Seigneur. (Ps 70, 16). Cassien donne aussi plusieurs témoignages précieux sur la forme que revêt l'oraison dans cet état du mariage spirituel : « La quatrième espèce de prière convient à ceux qui ont arraché de leur cœur tout ce qui peut blesser la conscience, et qui contemplent, dans la paix et la pureté de leur âme, les miséricordes que Dieu leur a faites, qu'il leur accorde ou qu'il leur prépare, s'abandonnant à ces élans d'amour, à cette prière de feu que l'homme ne saurait ni exprimer ni comprendre. L'âme qui est parvenue à ce degré de pureté et qui déjà y est enracinée, ne néglige pas pourtant les autres prières ; elle va souvent de l'une à l'autre comme une flamme rapide ; elle offre à Dieu des prières ineffables que l'Esprit-Saint vivifie à notre insu par des gémissements inénarrables, et elle conçoit tant de choses à la fois, qu'elle ne pourrait en un autre instant, non seulement les exprimer, mais même les repasser dans son souvenir. » (Cassian., Coll. IX, cap. xv.)
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