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Livre : Madame Cécile Bruyère, la vie spirituelle et l'oraison
CHAPITRE V
CHAPTER V
God's purposes are made more evident through the sacraments.
The sacraments, a means of sanctification
Notre-Seigneur Jésus-Christ a voulu vulgariser en quelque sorte la sainteté par sa venue sur la terre ; et, pour atteindre ce but, il a institué des moyens qui suppléent à tout ce qui manque aux hommes, et pourvoient à leurs besoins surnaturels.
Les sacrements sont ces moyens merveilleux, dont le signe sensible s'harmonise admirablement avec la grâce qu'ils contiennent et les effets qu'elle doit produire. Ainsi, dans un ordre vraiment divin, la créature inférieure, qui a si souvent captivé l'homme au point de le détourner de Dieu, servira à le ramener vers lui. Réhabilitée elle-même par cet emploi si noble, elle n'apparaîtra pas comme mauvaise, mais comme sortie bonne et saine des mains du même Créateur qui a fait les choses visibles et les invisibles. Le monde des sacrements n'est autre chose que la puissance de Dieu s'employant à sanctifier l'humanité. La hiérarchie ecclésiastique, constituée elle-même par un sacrement, a pour mission principale, après la gloire rendue directement à Dieu par le sacrifice, de conférer à chacun les sacrements. C'est en eux que Dieu a concentré le secours assuré et authentique de sa grâce ; c'est là que, sans enchaîner en rien la liberté de sa divine munificence, il nous a garanti le supplément indispensable à notre nature pour nous perfectionner et nous unir à lui.
Superiority of this method over all others
La supériorité des sacrements sur toute autre forme par laquelle la grâce nous arrive est évidente; leur manière d'agir est unique, puisque, selon l’axiome de l'école, ils donnent la grâce <i>ex opere operato</i> [par l'opération de l'oeuvre accomplie], au lieu de la produire simplement <i>ex opere operantis</i> [par l'opération de celui qui accomplit l'oeuvre]. La grâce est produite dans l'âme humaine sous cette dernière forme, lorsque Dieu la donne en considération des dispositions et des mérites qui accompagnent l'œuvre de l'homme, en telle sorte que ce sont ces dispositions et ces mérites qui en réalité l'attirent ; au contraire, lorsque la grâce est produite <i>ex opere operato</i>, Dieu l'accorde à une œuvre déterminée, en vertu de l'institution qu'il en a faite, indépendamment des vertus et des mérites de l'agent. Certaines dispositions sont requises, à la vérité, mais seulement comme conditions, comme écartant un obstacle, et non comme modifiant intrinsèquement la grâce enveloppée dans la forme sacramentelle, ni comme déterminant sa concession.
Nous croyons donc que les sacrements, avec leur puissance propre, sont destinés à faire atteindre à la créature humaine la sainteté, sans qu'il soit aucunement besoin d'attendre les moyens extraordinaires. Désirer ces derniers, ce n'est donc pas désirer la parfaite sanctification ; c'est aspirer à un mode de sanctification moins sûr, sujet aux illusions, y entrer par un acte de volonté propre, alors que le renoncement intérieur à toute propriété quelconque est ici une loi plus impérieuse que nulle part ailleurs.
Les sacrements étant le mode régulier, normal, assuré, authentique de notre parfaite sanctification, c'est de leur réception convenable qu'il importe de se préoccuper surtout, ainsi que de l'exercice de la grâce qu'ils ont déposée en nous. Ils contiennent Dieu, tout en voilant son éclat ; ils le communiquent à l'homme, et par là tendent tous à l'union divine, sont pourvus de l'énergie nécessaire pour la réaliser, et nous font atteindre pleinement notre fin.
A Dieu ne plaise toutefois que nous cherchions à emprisonner dans les sacrements la divine libéralité ! S'il importe extrêmement à notre impulsion vers la sainteté, qui doit être l'aspiration de tout chrétien, que nous ayons une estime suffisante de ces secours puissants et toujours à notre portée, nous savons que Dieu ne s'est aucunement interdit d'agir selon son gré par des moyens spéciaux et différents pour sanctifier l'homme. Ceci est l'affaire de sa souveraine sagesse qui ne saurait avoir d'autre loi qu'elle-même, et qui nous témoigne sans cesse par ses effets qu'elle donne mille fois plus qu'elle ne promet. Il demeure toujours consolant de surprendre soit dans la vie des saints, soit dans l'histoire des fastes de la grâce en notre monde terrestre, l'admirable condescendance de Dieu envers l'homme et la prodigieuse variété des industries de son amour. A ces récits, l'âme peut se livrer à une admiration d'autant plus pure qu'elle doit être plus éloignée de toute secrète et périlleuse envie, de tout regret et de tout retour sur elle-même, puisque Dieu lui a assuré par ailleurs toutes les certitudes et toutes les garanties qui la feront parvenir à l'union divine ; car il est de foi et d'expérience que le Seigneur a pourvu avec luxe à la pleine sanctification de tous les hommes.
Si les visions, les extases et les ravissements avec leurs phénomènes extérieurs avaient été l'accompagnement obligé de notre sanctification. Dieu n'aurait pas manqué de nous le manifester. Au contraire il est demeuré muet sur les accidents de la vie surnaturelle, les laissant dans l'ombre, tandis qu'il a accrédité ses sacrements et les a imposés comme une loi.