Feria V 9 Iulii 2026, Hebdomada XIV per annum,
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Livre : Madame Cécile Bruyère, la vie spirituelle et l'oraison

L'imagination a un lien étroit avec les sens; et, si elle n'...

L'imagination a un lien étroit avec les sens; et, si elle n'est maîtrisée et domptée, on ne pourra jamais prier de cette oraison pure dont parle Cassien : « L'âme, dit-il, s'élève dans la prière selon le degré de sa pureté. Plus elle s'éloigne de la vue des choses matérielles et terrestres, plus elle se purifie et voit intérieurement Jésus-Christ dans les abaissements de sa vie ou dans la majesté de sa gloire... Ceux-là seulement contemplent la divinité d'un œil très pur, qui s'éloignent des œuvres et des pensées basses et terrestres, pour monter avec lui sur la montagne élevée de la solitude, où, libres du tumulte des passions et affranchis de tous les vices, ils contemplent, à la clarté de leur foi et du haut de leur vertu, la gloire et la beauté de son visage, que méritent de voir ceux-là seulement qui ont le cœur pur . » (Cassien., Coll. X, Ch. VI)
Ainsi une âme qui veut avancer dans l'esprit de prière et obtenir l'union avec Dieu doit s'efforcer de bannir les pensées vaines et inutiles, et s'appliquer, autant qu'il est en elle, à ne perdre jamais de vue la présence de Dieu. C'est encore la doctrine de saint Benoît :
In omni loco Deum se respicere, pro cero scire
"In every place, take it for granted that God sees us. (Regul., IV, 49)
And this must be true, during recreation as well as in the silence of the cell, during reading and during manual work, which the Fathers all regarded as an auxiliary unto the spirit of oraison: "For," said Cassian, speaking of the religious of the East, "it is difficult to say whether it is to better meditate that they are constantly occupied with manual work, or whether it is through this assiduity to work that they acquire so much piety, knowledge and light" (Cassian, Instit., lib. II, ch. xiv.)
C'est encore la raison des occupations continues auxquelles s'emploie la vie dans les monastères. Il y a là un secours pour s'unir à Dieu ; et le travail manuel, déterminé par l'obéissance, est comme une ancre ferme et immobile qui fixe la légèreté de l'esprit, tout en lui laissant libre son essor vers Dieu.
Quant au travail intellectuel, à Dieu ne plaise qu'il devienne jamais pour une âme religieuse une occasion de se distraire de la présence de Dieu ! Il lui est donné, non pour satisfaire la curiosité ou flatter l'orgueil, mais pour consacrer complètement à Dieu son intelligence, qui lui appartient au même titre que son cœur. C'est Dieu seul que nous chercherons dans les livres ; et l'étude de ses œuvres, quelles qu'elles soient, nous sera une invitation à redire toujours avec le Psalmiste :
Quam magnificáta sunt ópera tua, Dómine ! ómnia in sapiéntia fecísti
How great (magnificent) are thy works, O Lord! Thou hast done all things with wisdom (Ps 103:24)
Who amongst us would not be content to say with the Apostle:
Non enim judicávi me scire áliquid inter vos, nisi Jesum Christum, et hunc crucifíxum
For I did not think to know aught amongst thou but Jesus Christ, and Jesus Christ crucified... (1 Cor,2,2)
En effet, ce n'est pas là un amoindrissement de la vraie science, mais bien plutôt son apogée et sa dernière perfection. C'est la science surnaturelle sous cette forme qu'ambitionnaient nos anciens ; c'est elle que saint Benoît formait en ses fils par ce qu'il appelle la lectio divina; c'est elle que Cassien recommandait ainsi : « II est impossible à un esprit qui n'est pas pur d'acquérir le don de la science spirituelle. Evitez donc avec soin que vos études, au lieu de vous acquérir la lumière de la science et la gloire qui est promise à ceux qui l'obtiennent, ne deviennent des instruments de perdition par l'orgueil qu'elles feront naître. » (Cassien., Coll. XIV, ch. x)
Qui n'a été frappé des paroles de l'Ecclésiaste qui, après avoir épuisé pour ainsi dire la coupe de la science profane, s'avoue enfin tristement :
Qui addit sciéntiam, addit et labórem.
He who increases his knowledge also increases his trouble (Eccli 1:18).
Faciéndi plures libros nullus est finis ; frequénsque meditátio, carnis afflíctio est
There is no end to multiplying books, and frequent meditation is a weariness unto the body (Eccli 12,12).
Mais autant l'intempérance intellectuelle est dangereuse, autant nourrir notre esprit par l'étude est utile et même nécessaire :
Lectiones sanctas libenter audire.
"To hearken the holy readings willingly". (Regul., IV, 56.)
Cassian says: "We must read without ceasing, and entrust to our memory the Holy Scriptures; this continual meditation will produce a double fruit.
D'abord, lorsque notre esprit sera occupé de ces lectures, il sera nécessairement délivré de toutes pensées mauvaises ; et ensuite, si pendant que notre mémoire travaille à retenir les saintes Ecritures, nous n'arrivons pas toujours à les bien comprendre, plus tard, lorsque nous sommes débarrassés des choses extérieures et que nous les méditons dans le silence de la nuit, nous les pénétrons plus clairement, nous y découvrons des sens cachés que nous n'avions pas saisis pendant le jour, et que Dieu nous révèle même pendant notre sommeil.
« Lorsque cette étude aura renouvelé notre cœur, la sainte Ecriture commencera à nous apparaître sur une autre face, et sa beauté augmentera, à mesure que nous ferons des progrès ; car la sainte Ecriture est comprise de chacun selon les dispositions où il se trouve. Elle paraît terrestre aux charnels, et divine aux spirituels ; de sorte que ceux qui la voyaient d'abord enveloppée d'obscurité profonde, ne peuvent ensuite en admirer assez l'éclat et en supporter la lumière » (Cassien., Coll. XIV, ch. X)
Saint Paul nous propose le même enseignement quand il dit aux Corinthiens :
Nos autem non spíritum hujus mundi accépimus, sed Spíritum qui ex Deo est, ut sciámus quæ a Deo donáta sunt nobis : quæ et lóquimur non in doctis humánæ sapiéntiæ verbis, sed in doctrína Spíritus, spirituálibus spirituália comparántes.
"We have not received the spirit of the world, but the Spirit of God, so that we may know the gifts we have received from God, and may proclaim them not with the words taught by human wisdom, but with the words inspired by the Spirit, delivering only spiritual things unto the spiritual." (1Cor, 2,12-13)
Tout dans la vie spirituelle doit donc porter l'âme à s'entretenir des réalités surnaturelles, afin que, nourrie de cet élément divin, elle prenne peu à peu des mœurs célestes. Cependant ceci ne suffirait pas encore, et nous nous rendons pleinement à la sagesse des anciens Pères qui disaient : « Celui qui ne prie que quand il est à genoux, prie bien peu ; mais celui qui, à genoux, laisse son esprit s'égarer sans cesse, ne prie pas du tout -. »
Ici nous rappellerons une pratique universellement recommandée par les maîtres de la vie spirituelle : nous voulons parler de ce qu'on appelle oraisons jaculatoires. Les Pères attachaient une grande importance à ces aspirations fréquentes et courtes vers Dieu, comme étant très propres à former l'esprit de prière.
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