Feria V 9 Iulii 2026, Hebdomada XIV per annum,
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Livre : Madame Cécile Bruyère, la vie spirituelle et l'oraison

Mais, depuis le péché du premier homme, le travail facile du...

Mais, depuis le péché du premier homme, le travail facile du paradis terrestre s'est changé en un labeur toujours dur et parfois sanglant. La terre germe les ronces et les épines ; et cette terre, lorsqu'elle signifie le cœur de l'homme, ne fait point exception à cette loi : le pain supersubstantiel qui est le Verbe ne se livre à nous qu'à la sueur de notre front. Espérer que l'âme humaine produira les fruits du salut sans que le soc de la charrue y passe, sans que les soins multiples l'entourent, c'est la plus dangereuse de toutes les illusions.
Sans doute celui qui cultive la terre n'a point la prétention de donner aux germes une fécondité qu'il appartient à l'Esprit créateur seul de dispenser ; son dessein n'est pas davantage de remplacer par une chaleur factice les rayons du Soleil de justice, ou de remplir d'une eau rare et décomposée le creux de sa main, pour la verser parcimonieusement sur les plantes à la place de la divine rosée; mais bien d'aménager sagement le sol, de semer à temps pour récolter de même, et d'enlever les herbes parasites qui étoufferaient le bon grain.
Mais ne redoutez-vous pas, nous demandera-t-on peut-être, de laisser l'âme chrétienne marcher au hasard et prier comme à l'aventure, si vous supprimez l'appui tutélaire des méthodes ? Nous répondrons que les enfants de l'Église ont tous la science de leur Mère dans la liturgie sacrée, qui contient la méthode la plus parfaite de l'oraison, la plus traditionnelle, la mieux ordonnée, la plus simple, et celle qui laisse le plus d'essor à la liberté de l'Esprit-Saint.
C'est pour cette raison que nos Pères n'ont jamais paru songer à tracer aux âmes religieuses une méthode humaine. Il leur suffisait d'user du mode hiérarchique et divinement établi selon lequel la vérité nous arrive. « Car, dit saint Denys, c'est une loi générale, établie par l'infinie sagesse, que les grâces divines ne sont communiquées aux êtres inférieurs que par le ministère des natures supérieures » (De cael. Hier, ch. VIII).
Aussi tout fidèle, aspirant à l'esprit de prière et à l'union avec Dieu, venait se mettre sous la conduite d'un maître ; les vétérans, devenus maîtres eux-mêmes, osaient seuls s'aventurer à marcher sans guide. La Règle de saint Benoît résume cette tradition quand elle traite des novices et les confie aux mains d'un ancien :
Et senior ei talis deputetur, qui aptus sit ad lucrandas animas, et qui super eum omnino curiose intendat et sollicitus sit... Praedicentur ei omnia dura et aspera, per quae itur ad Deum.
"He shall be entrusted to an older brother who is capable of winning souls, and who will watch over him with attention and solicitude... He should not be unaware of the difficulties and asperities of the path that leads to God" (Regul., Ch. LVIII). (Regul., Ch. LVIII)
Il est donc indispensable d'avoir un guide dans les voies de Dieu, et un guide éclairé.
Oportet eum esse doctum in lege divina.
"He must be learned in the divine law. (Ibid. Ch. LXIV)
Moreover, this teaching does not belong to Saint Benedict alone; it comes directly from the Master par excellence:
Sínite illos : cæci sunt, et duces cæcórum ; cæcus autem si cæco ducátum præstet, ambo in fóveam cadunt. -
Let them go: the blind lead the blind, and if the blind lead the blind, they both fall into the pit (Mt 15:14).
On connaît l'estime que sainte Thérèse faisait de la doctrine dans ceux qui conduisent les âmes ; et si à la doctrine se joignent l'action divine, le sens liturgique, et ce je ne sais quoi d'achevé que donne l'expérience personnelle, il se fait de ces éléments réunis une méthode vivante, au moyen de laquelle une âme ignorante et simple peut être conduite, à son insu même et sans péril, à la plus haute union avec Dieu, par une voie aussi parfaitement ordonnée que dégagée de tous systèmes humains.
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